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LES HONGROIS

assisté d'un sénat ou assemblée royale, dont font partie les évoques et les principaux fonctionnaire^. C'est sans doute aussi à cette époque que remonte l'institution du cornes paUitinus ou nador (du slave na dvor)^ chargé de rendre la justice à la place du roi. La population est divisée en libres et non-libres^ mais de nouvelles divisions commencent à apparaître, et le caractère féodal des institutions hongroises se marque bientôt

nettement. Les hauts fonctionnaires et les plus riches propriétaires formeront la haute noblesse, d'où sortiront plus tard les magnais et la table des seigneurs. Entre les libres et les nonlibres, les milites (servientes régales, milites castri, jobbagiones) sont l'origine de la petite noblesse, très nombreuse, dont le rôle a été si considérable dans l'histoire du royaume. Vaillants, jaloux de leurs prérogatives, turbulents, les hobeiçeaux magyars ont souvent troublé l'Etat par leurs révoltes, mais les libertés^liUques et l'indépendance nationjilcji'ont pas eu de plus constants et de ^lus héroïques défenseurs.

La véritable patrie du Magyar, alors comme aujourd'hui, c'est VAlfOld (basse-terre); sur cette « plaine unie comme la mer, dit le grand poète Petœfi, je me sens chez moi ».

Dans cette zone de la Theiss et du Danube, une des plus fertiles du monde, où depuis tant de siècles les rivières déposent des couches profondes de terre végétale, mais que ravagent aussi leurs inondations ou que dessèchent parfois des étés impitoyables, les descendants d'Arpad forment aujourd'hui une masse compacte de 4 500 000 hommes, îlot finnois battu de tous

^côtés par les Slaves. Dans les montagnes de Transylvanie, SOO 000 Székély ou Széklers, entourés par les Roumains, prétendent descendre des guerriers d'Attila, mais parlent depuis fort longtemps le magyar. C'est à l'époque d'Etienne que les Hongrois avaient commencé à pépétrer dans le pays « d'au delà la forêt », la Transylvanie, où fut établie la forteresse de Weissenbourg (Karlsbourg). Les Magyars, pendant la plus grande partie de leur histoire, traitèrent avec douceur les races étrangères, Slaves et Latins, qui partageaient avec eux le sol de la

.^[ongrie^ et leur politique généreuse et libérale fut une des causes de leurs progrès. Leur puissance n'a été contestée que

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depuis que leur autorité est devenue tyrannique et leur patriotisme intolérant. « Faible et débile est le royaume, disait Etienne, qui n a qu'une langue et des coutumes uniformes. » Les étrangers (hospiles) jouirent de libertés étendues; ils arrivèrent en foule, et les Allemands, en particulier, fondèrent de nombreuses colonies.

Après Etienne, la royauté eut à lutter contre diverses tentatives de réaction païenne, et fut affaiblie par des divisions intestines, mais, en somme, son œuvre ne fut pas sérieusement com^ promise : la Hongrie se développa dans la voie qu'il avait ouverte, et quand, en/ 1077, il trouva dans Ladislav le Saint un successeur digne de lui, une période de puissance et de progrès s'ouvrit pour l'État magyar.

Caractères généraux de Thistolre des Slaves du X* au XI" siècle. — Même après leur séparation définitive l'unité primitive des Slaves se traduit par un- certain parallélisme dans le dévclûppfuniiat deleur histoire. Le x* et le xi' siècle sont ainsi marqués, chez eux, par la réunion des tribus primitives en États. Plusieurs de ces monarchies nouvelles atteignent bientôt une réelle puissance. L'ancienne communauté se marque aussi par les projets grandioses de quelques princes qui rassemblent sous leur domination au moins une partie des divers groupes slaves ; ces' vastes empires, contraires à la géogi:aphie et à l'état général de la civilisalîônTTïe survivent ^giièrfî-4'ailleurs à leurs fondateurs, et ces ambitions usent dans des luttes intestines les forces de la race et facilitent le succès des ennemis héréditaires. Dans l'intérieur même des divers Etats, le souvenir des institutions premières se traduit par des révoltes et des rivalités dont profitent les étrangers.

Pendant cette période, tous les Slaves subissent presque également l'influence de leurs voisins, mais ces influences n'ont pas partout les mômes "effets. En général, le développement

des Slaves de l'Ouest est moins rapide, à la fois parce que, soumis aux effets de Tinfluence germano-romaine, ils subissent une transformation plus radicale, et parce qu'ils sont,en contact avec des peuples jeunes et encore en voie d'organisation. Les Slaves de l'Est atteignent de bonne heure un remarquable degré de développement matériel et intellectuel; mais l'action . de la civilisation byzantine altère profondément le caractère do ces peuples, et les progrès momentanés sont chèrement achetés par une désorganisation politique et sociale qui prépare les désastres de l'époque suivante.

Seules, les tribus de seconde ligne se constituent en États indépendants, tandis que celles qui sont à l'extrême frontière épuisent leurs forcés dans une lutte sans merci contre les peuples voisins, jusqu'au moment où elles succombent et disparaissent. Les Polabes> les Carinthiens et, dans une moindre mesure, les Croates et les Serbes, sont comme les postes avancés dont la résistance désespérée permet aux Polonais, aux Tchèques, aux Bulgares et aux Russes de poursuivre dans une sécurité relative leur travail et leur progrès.

Les Slaves de TElbe : causes de leur défaite. — Dans la lutte contre l'Allemagne, les Polabes ont été complètement exterminés, en dépit de leur longue et héroïque résistance. Deux causes expliquent leur désastre. D'abord, ils refusèrent d'accepter le christianisme — moins par leur faute que par celle des Allemands. La Germanie propre n'a pas produit un seul grand apôtre ; elle n'a aucun nom qui mérite d'être cité à côté de ceux de Méthode, de Cyrille ou de Boniface. Les missionnaires aile» mands, avides, ignorants, songeaient moins à gagner les ândl^s qu'à asservir le pays pour l'exploiter. Chez les Slaves de l'Elbe» la religion et la nationalité se confondirent; chez eux seul» aussi, le paganisme slave prit un réel développement, eut de» temples, un culte, un clergé, et inspira à ses adeptes un dévouement fanatique. Ainsi s'expliquent l'énergie et la durée de la lutte. Toute l'ardeur des dévots de Radegast et de Sva« tovit ne pouvait servir qu'à retarder la défaite et à en rendre les résultats plus terribles, en exaspérant les haines do races, qui devinrent irréconciliables. La lutte engagée ainsi entre le

paganisme et le christianisme, Tissue était fatale. La (Idélité aux anciens dieux eut aussi pour conséquence un attachement passionné aux vieilles traditions, qui se traduisit par une sorte de stagnation sociale et politique; l'esprit de conservation, qui est un des traits de la race slave, arrêta tout progrès; le péril imminent ne triompha pas des résistances particularistes. Non seulement les groupes ne se fondirent pas dans une confédération permanente; mais, dans Tintérieur même des diverses tribus, les pouvoirs restèrent faibles et mal déterminés, et les institutions démocratiques et anarchiques énervèrent la défense. Enfln, dans leur lutte contre l'Allemagne, les Polabes ne trouvèrent à peu près aucun appui chez les Slaves voisins, et souvent même ils furent pris à revers par les Tchèques ou les Polonais, pendant qu'ils faisaient face aux Germains. Dans ces conditions, s'il y a lieu de s'étonner, c'est non pas qu'ils aient fini par être vaincus, mais qu'ils aient si longtemps balancé la fortune, et ils n'y auraient sans doute pas réussi sans les divisions qui, à diverses reprises, arrêtèrent les progrès des Allemands, et les lointaines ambitions qui détournèrent longtemps de la frontière orientale la pensée des empereurs germaniques.

Soumission des tribus de l'Elbe. — Charlemagne, vainqueur des Saxons, avait fondé sur la frontière nord-est de son empire cinq marches destinées à poursuivre la propagande chrétienne chez les Slaves de l'Est. Un moment arrêtée par les troubles qui remplirent le ix" siècle, la conquête germanique recommence sous Henri le Fondateur, qui établit sur la rive gauche de l'Elbe le margraviat de Misnie; l'archevêché de Magdebourg est créé, et de lui relèvent les évêchés de Morsebourg, Meissen et Zeitz, qui inondent de leurs missionnaires les pays de la Saale, de la Mulde et de l'Elbe.

Les Serbes^ (entre la Saale et la Muldè) avaient été soumis sous Henri I*', les Miltchanes et les Louzitchanes furent écrasés par Otto P% et depuis lors, malgré diverses tentatives de soulèvement, l'histoire de ces tribus slaves se confond avec celle de la Misnie, de la Saxe et de la Lusace. L'animosité des deux races était telle que le uir^^^'r de Saxe défend de recevoir

LES ÉTATS SLAVES DU X* AU Xr SIÈCLE 72a

le témoignage d'un Allemand contre un Slave et réciproquement. Malgré de nombreux retours offensifs de la Bohême et de la Pologne dans le bassin de l'Elbe, la race slave perdit rapidement du terrain dans ces régions, et, dans la plus grande partie du pays jadis habité par ces Serbes, quelques noms géographiques rappellent seuls leur ancienne domination.

Les Viltzes et les Obotrites maintinrent plus longtemps leur indépendance; mais divisés, menacés au nord par les Danois, débordés au sud par les Allemands, abandonnés par les Polonais convertis au christianisme, ils étaient, vers la fin du XI'' siècle, dans la situation la plus périlleuse. Ils succombèrent lorsque, à l'avènement d'Albert l'Ours et de la dynastie ascanienne, en Lusace et Brandebourg, l'attaque germanique, longtemps languissante, reprit avec une nouvelle vigueur.

Les Polonais; conversion; Boleslav le Vaillant. — Quelques chefs polonais eurent le pressentiment du danger dont les succès des Allemands sur l'Elbe menaçaient la race slave tout entière; mais la plupart se désintéressèrent de ces luttes ou même s'unirent aux Germains contre leurs alliés naturels.

Toutes les recherches des historiens sur les premiers temps de l'histoire de la Pologne n'ont abouti à aucun résultat certain. Quelques-unes de ses plus anciennes légendes rappellent les légendes Scandinaves, et certains écrivains en ont conclu que les Normands auraient été, en Pologne, comme les Yarègues en Russie, les créateurs de l'Etat. D'après d'autres écrivains, une famille originaire de Croatie, qu'une tradition postérieure rattacha au légendaire Piast, aurait soumis les Slaves de la Vistule et de l'Oder. Leur nom de Polonais, qui a remplacé celui de Lèches dont se sert encore Nestor, rappelle la nature de leur pays {polé, le champ, la plaine).

Miéchko * est le premier chef polonais sur lequel nous ayons des renseignements précis. Mais il n'est pas douteux que le pays avait atteint déjà avant lui une certaine prospérité. C'était le moment où la Germanie, gouvernée par Otto et guidée par le margrave Gero, s'élançait à la conquête de l'Est

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