EMPEREURS DE LA MAISON D HËRAGLIUS
ment que Constantinople lui soit livrée. L'empereur met sur pied trois armées : Tune doit défendre Constantinople contre les Avars; Tautre, campée à Chalcédoine, fera face à Schahrbaraz; lui-même, avec la troisième, s'en va porter la guerre en Perse. La population même de Constantinople, d'ordinaire lâche et fainéante, est enfiévrée, prête à se défendre. Après un siège d'un peu plus d'un mois (29 juin-9 août), les Avars se retirent. Ce fut alors peut-être que, pour les combattre, Héraclius fit appel aux Croo/es, qu'il établit en Dalmatie et qui se convertirent bientôt au christianisme, aux Sei'bes, qu'il établit dans la Mésie supérieure, la Dacie inférieure et la Dardanie. A partir de cette date, en effet, les Avars n'inquiètent plus l'Empire. Cependant Héraclius a traversé la mer Noire et débarqué à Trébizonde. Bientôt après la Perse est envahie. Une armée réunie à la hâte par Khosroès, est battue près de Ninive (décembre 626) ; le splendide palais de Dastagerd, au nord de Bagdad, résidence préférée du grand roi, est incendié. Pour achever la ruine de Khosroès, Schahrbaraz, menacé d'une disgrâce, se révolte, traite avec le patriarche et le fils de l'empereur ; les soldats déclarent Khosroès déchu. Bientôt après, en Perse même, les grands se soulèvent. Khosroès est emprisonné dans son palais, et son fils Siroès, proclamé roi, le fait assassiner (février 628). La paix fut aussitôt conclue : les Perses abandonnaient toutes leurs conquêtes.
Le christianisme avait vaincu. Pour Héraclius, pour les soldats, pour le peuple, les images miraculeuses de la Vierge, portées en tête des armées, avaient assuré la victoire. Quand l'empereur revint, ce fut au chant des psaumes que les vainqueurs rentrèrent dans Constantinople (septembre 628). L'année suivante, il reportait à Jérusalem la vraie croix reconquise et la replaçait triomphalement dans l'église du Saint-Sépulcre.
Ainsi, pendant six ans, Héraclius avait été un héros, il avait sauvé le christianisme et l'Empire. Puis, alors qu'il est dans la vigueur de l'âge, que tout le favorise, son ardeur s'éteint et il retombe dans cette apathie où il avait traîné les premières années de son règne. Il semble que la fièvre religieuse dont il a quelque temps vécu ait épuisé ses forces; désormais le « lieutenant de
i98 L'EMPIRE ROMAIN D'ORIENT
Dieu 9 n'est plus qu*un empereur fainéant. Telle est sa conduite lorsque la conquête arabe se déchaîne sur TEmpire *. On ne le voit plus, comme jadis, à la tête des armées. Après la bataille d'Aïznadiii et la prise de Damas (juillet 634), il s'enfuit d'Antioche en s'écriant : « Adieu, Syrie, adieu pour la dernière fois! » Il rentre à Constantinople, cette fois en vaincu, et son esprit faible et mystique croit voir dans ces revers la punition de son mariage prohibé avec sa nièce Martina. Bientôt, tandis que la bataille de Kadésiah marque la ruine de la monarchie sassanide, les Grecs sont de nouveau battus sur les bords de TYermouk (août 636), Omar entre à Jérusalem (avril 637), toute la Syrie est rapidement conquise. L'Egypte est envahie par Amrou ; les dissensions religieuses y favorisent la conquête : dans les campagnes surtout, les populations étaient monophysites ou jacobites; persécutées par les orthodoxes, elles se soumirent facilement aux vainqueurs. Pour combattre Omar, les Grecs ont recours à de vaines tentatives d'assassinat.
Cet Empire qu'il ne savait plus défendre, Héraclius le troublait par de misérables querelles théologiques. Les patriarches de Constantinople et d'Alexandrie venaient d'imaginer le monO' thélismey qui n'admettait en Jésus-Christ qu'une volonté en deux natures et qui était une concession aux monophysites. Comme ceux-ci étaient nombreux en Egypte, Syrie et Arménie, préoccupé du danger que leur hostilité faisait courir à l'Empire menacé par les Arabes, se figurant ramener ainsi la paix dans l'Église, Héraclius veut imposer le monothélisme et, en 638, formule la doctrine hétérodoxe dans un édit impérial, intitulé Exposition de la foi (VEcthesis). Il ne réussit qu'à s'aliéner l'Italie et le pape *. Il dut, en mourant, désavouer VEcthesis, Ce règne, quelque temps si brillant, se termina dans la honte et dans la ruine (février 641).
L'anarchie. — Depuis la mort d'Héraclius jusqu'à l'avènement de la maison isaurienne (717), l'Empire byzantin présente le spectacle de la plus lamentable anarchie. Le pouvoir impérial se maintient d'abord dans la famille d'Héraclius, mais au
i. Pour riiistoire de celte conquête, voir, ci-dessous, le chapitre ix. 2. Voir ci-dessous, chapitre v.