‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos joursChapitre 73 sur 180 · I. Proprium, allodium, alleu · texte numérisé non relu

I. Proprium, allodium, alleu

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de danger public, tous doivent s'armer sans exception (édils de 847 et 864).

On comprend, dans cette organisation, l'importance de l'hériban. On a vu quelles dispositions Charlemagne prit une fois pour réduire Tamende ; elles ne furent probablement que transitoires; quand on eut allégé le service pour les propriétaires de moins de trois manses, Thériban dut reprendre sa rigueur primitive. Charlemagne ordonne qu'il soit levé strictement, que nul comte ne soit assez présomptueux pour exempter qui que ce soit pour raison de parenté ou pour avoir reçu un cadeau. Si le coupable ne peut payer, un article de 810 ordonne qu'il soit en servage jusqu'à ce qu'il se soit acquitté. Les comtes, les mUsiy quelquefois un envoyé spécial {hef*ibannitor) sont chaînés des rentrées. Le comte perçoit un tiers de Thériban. Mais tout cela n'a pas suffi. Les capitulaires des dernières années sont remplis de plaintes. Les difficultés proviennent de la lourdeur de ce service militaire. Elles expliquent à l'avance l'épuisement de la nation et ce dégoût des guerres qu'on verra au temps de l'invasion normande. Les peines étaient terribles. L'hériban peut ruiner d'un coup. En cas de refus de service lors d'une levée générale, la peine est la mort, d'après un capitulaire de Lothaire de 823. Pour la désertion, la mort. Naturellement le bénéficiaire royal désobéissant perdait son bénéfice. La vieillesse n'est pas une excuse complète; le fils doit remplacer le père; le tuteur, le mineur. L'infirme devait se faire remplacer; les malades, s'excuser par serment. On accorde quelques exemptions : aux hommes qui ont servi plusieurs années de suite; à certaines catégories, comme les louvetiers.

Quand il s'agit d'ecclésiastiques, il faut entrer dans des considérations particulières. C'est la loi d'Eglise, reconnue par l'Etat, que les prêtres ne peuvent porter les armes. Mais les rois ont fait leurs réserves. Charlemagne défend aux hommes libres d'entrer dans l'Église sans son consentement. Pépin, dans sa période de réconciliation avec l'Eglise ("42 ou 744), avait exempté les abbés: mais, sou^ Charlemagne, évoques et abbés sont parfaitement astreints au service militaire. Ils vont à la guerre et la font; en tout cas, ils .sont présents avec leurs

hommes. C'est par faveur seulement que Tévôque ou abbé obtient de se faire représenter. L'obligation de servir lui incombe comme propriétaire; Hincmar la reconnaît légitime. Quand les rois donnaient les biens de TEglise à des laïques, c'était afin d'assurer ce service. Les évoques, donnant clos bénéfices, devaient avoir soin de les donner à qui pouvait faire le service à César.

Mais, évidemment, évêchés et monastères ont cherché a se procurer la dispense. On en a parlé à propos de l'immunité. Au temps mérovingien, ces dispenses existent déjà, mais tr<*s rares (pour Spire, Wisscmbourg, Murbach). Il y a deux exemples de confirmation par Charlemagne, un exemple de privilège donné pour la première fois. Ce n'était pas l'exemption totale, mais cela y menait. Louis le Débonnaire a tantôt soumis à des restrictions, tantôt formellement accordé la dispense du service. Dans le relevé des monastères royaux, fait en 817, il y en a qui ne doivent que des prières : ceux-ci sont au nombre de 45; les deux autres classes ensemble n'en comptent que 30. Les abbés prétendaient à l'exemption totale; les rois ne sont jamais allés jusque-là.

Voici maintenant qui doit attirer l'attention : l'antique constitution n'existe plus ; l'armée n'est plus la réunion des hommes libres propriétaires; une grande partie de cette armée, le roi ne l'atteint plus directement. Il faut expliquer le changement intervenu. Assurément, le désir d'échapper au service militaire a décide beaucoup de petits propriétaires a abandonner leur bien (proprium) à l'Eglise ou à de plus puissants qu'eux. Une fois rangé sous un seigneur (senior), entré dans son service particulier, on croyait, d'après l'idée ancienne, échapper au service public. C'est pour cela que Charlçmagne a mis la main sur les terres d'église et fait peser le service militaire sur le bénéfice comme sur la propriété libre. Cependant, il ne pouvait ainsi, sans restriction, prendre pour l'armée tous les libres tombés dans une condition dépendante. C'eût été priver le seigneur de services qui lui étaient, dus. L'Etat partage, pour ainsi dire, avec le seigneur. L'empereur lui-même dispense du service militaire des fidèles qu'il a réservés pour' son ser-

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vice *. Il permet au comte de garder, parmi ses hommes (homines casati), deux pour la protection de sa famille, deux pour son office {pro ministerium ejus cusiodiendum) ; mais les autres doivent pairtir. Un abbé ou un évoque n'en peut garder que deux. Ces dispenses sont répétées, étendues, par les successeurs de Charlemagne.

De plus, et c'est encore une reconnaissance des droits du seigneur, il est substitué au comte dans la surveillance des levées. C'est à lui que le roi s'adresse. C'est lui qui surveille l'armement de ses hommes, les conduit ou les fait conduire. Le comte n'intervient que si le seigneur manque à ses devoirs. Ces contingents seigneuriaux, spécialement ceux qui étaient fournis par les seigneuries ecclésiastiques, étaient fort nombreux.

Au temps de Charlemagne, tous ceux qui ser\'ent servent en vertu d'une obligation publique. La propriété libre, n'existant presque plus, ne peut plus être la base du recrutement; mais c'est l'ancienne propriété libre, que Charlemagne a poursuivie à travers ces transformations pour en faire la base de l'obligation militaire. On se trompe de date quand on croit que Charlemagne commande une armée de vassaux, lesquels amènent leurs vassaux avec eux. Ici encore nous retrouvons le- double caractère de son gouvernement. Il maintient les droits de l'Etat, mais il reconnaît la force des choses en laissant s'interposer, entre l'armée et lui, les seigneurs.

Civilisation carolingienne : écoles, littérature, beauxarts. — Un des titres éclatants de Charlemagne à l'admiration de la postérité, c'est la renaissance intellectuelle dont il fut l'instigateur. Il est très beau de trouver ce souci des choses de l'esprit, chez un homme qui n'avait reçu qu'une éducation gymnastique, n'avait pas appris le latin, ne sut lire qu'assez lard et jamais bien écrire.

Dans l'ordre politique, Charlemagne ne fit guère que continuer l'œuvre de ses prédécesseurs, conquêtes et alliance avec l'église romaine; il recueillit les fruits de leurs eCForls. Pour l'administration intérieure et la législation, il ne fît preuve que

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