‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos joursChapitre 8 sur 180 · L'EMPIRE ROMAIN JUSQU'AU IIP SIÈCLE · texte numérisé non relu

L'EMPIRE ROMAIN JUSQU'AU IIP SIÈCLE

formes vont s effaçant, laissant paraître le fond : la monarchie f absolue.

L'empereur a le pouvoir militaire; il est chef unique des armées, ce qui implique le pouvoir de faire des levées, de licencier les soldats, de nommer les chefs. Il a une autorité absolue sur les provinces, qui sont administrées par ses lieutenants, et s'il y a deux catégories de provinces, celles de César et celles du peuple *, les premières administrées par les légats de César, les secondes par les proconsuls du sénat, cette distinction n'a guère d'importance dans la pratique, car l'empereur a droit de commander aux proconsuls sénatoriaux. Il a le pouvoir judiciaire; à Rome il rend la justice en personne; dans les provinces il délègue son droit; il juge en appel. Il a tout le pouvoir législatif : présidence des comices tant qu'ils subsistèrent; présidence du sénat; droit de proposer; droit d'empêcher. S'il ne peut faire de véritables lois qu'avec le concours du sénat, il a le droit, comme les anciens magistrats de la République, de faire des édits ayant force de loi pendant toute la durée de sa magistrature. Il a le droit de faire le cens, de dresser la liste des sénateurs et des chevaliers, ce qui implique le droit de composer le sénat à son gré. Enfin il a la pleine et libre dis^ position des finances publiques.

Tout l'Etat était donc confondu dans l'empereur; il avait en lui la Majesté (Majestas) du peuple romain, qu'avaient eue avant lui les consuls et les dictateurs, et à laquelle il ne pouvait être porté atteinte sans péril de mort. Il était le chef de la religion romaine, ])ontifex maximus, c'est-à-dire souverain pontife. Sa personne était sacrée : il était parfois adoré de son vivant comme un dieu; il recevait après sa mort le titre de dious et les honneurs de Vapothéose,

Quels sont les moyens et les agents dont dispose le gouverment impérial? L'empereur a son prétoire {prœtorium) comme l'avaient les généraux de la république. Il est gardé par plusieurs cohortes formées de soldats d'élite. L'empereur en délègue le commandement à des préfets du prétoire dont chacun

1. Autrement dit : provinces impériales et provinces sénatoriales.

^ a tous les pouvoirs de Temploi. Ce préfet a le commandement des troupes cantonnées à Rome et en Italie; juridiction sur les soldats, juridiction criminelle en Italie, excepté à Rome et dans le rayon de cent milles autour, où la juridiction appartient au préfet de Rome. L'empereur a même délégué aux préfets du prétoire la connaissance des appels portés des décisions des gouverneurs. Voici un mode de procéder que nous retrouverons dans l'histoire des monarchies européennes : l'officier personnel du prince devient officier public.

De même que les magistrats de la république avaient autour d'eux un conseil de citoyens, l'empereur a son conseil (consilium). Au début, ce n'est pas une institution permanente; mais, à partir d'Hadrien, ce conseil est un rouage de l'État, ses membres sont des fonctionnaires. L'institution se consolidant et s'organisant, on distingue deux sortes de conseillers : sénatoriaux et équestres, avec des traitements divers. L'empereur préside ; à son défaut, le préfet du prétoire.

Le procédé est toujours le même : le conseil personnel tend à devenir conseil d'Etat.

De même que les anciens magistrats avaient des bureaux, composés de leurs serviteurs personnels, qui géraient lesaffaires sous leur responsabilité, l'empereur a ses bureaux (scrinia) qui sont devenus permanents, officiels, publics. Peu à peu ils ont reçu une organisation complète : c'est la première centralisation que notre monde ait connue.

A l'origine, le personnel de ces bureaux était formé d'esclaveset d'affranchis du prince; d'où le pouvoir de tant de misérablessous les Césars. Sous les Antonins, quand le caractère public est tout à fait marqué, le personnel est pris dans l'ordreéquestre.

Il ne reste plus à parler que des comités Augusti qui sont l'entourage habituel de l'empereur. De toutes les institutions c'est celle qui a le plus le caractère privé; ce sont les compagnons de l'empereur; mais naturellement il prend parmi eux des serviteurs publics, leur donne des missions. Ces comités sont l'origine des comtes de la période suivante.

En résumé, auprès de l'empereur apparaît déjà le gouver-

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