FIAMMA A AYMAR
« Quelle singulière chose que le cœur humain, cher Aymar I Quelle folie est la nôtre, quand nous comptons sur la stabilité et les serments queTamour lui fait faire ! Semblable à un miroir, tous les objets s'y reflètent pour s'en effacer aussitôt.
« Combien je regretterais aujourd'hui le coup que je vais vous porter si la mémoire et l'expérience ne me venaient en aidel l'expérience m'apprend que les chagrins d'amour ne sont point éternels, et la mémoire, en me rappelant avec quelle facilité vous m'avez sacrifié Alice d'Arcy, me prouve que vous ne sauriez m'en vouloir.
« A mon tour, je vous sacrifie à un autre. »
w Qui a pu vous dire? interrompit Fiamma.
— Je m'expliquerai plus tard. Écrivez. »
Fiamma reprit la plume.
274 LK TALION DE L'AMOUft.
« Je lie crois pas, mon cher Aymar, qu'il soit maintenant nécessaire que je m'explique davantage, si ce n'est pour vous dire que toutes relations doivent désormais cesser entre nous; mon cœur est fixé autant qu'un cœur peut l'être; toute tentative de rapprochement serait donc inutile; soyons libres, et Dieu vous garde! »
« Signez maintenant, ajouta Georges.
— Savez-vous, mon ami, que cette lettre est fort blessante?
— Ne serait-elle pas l'expression de votre pensée?
— Je ne dis pas ; mais vous auriez pu ménager un peu les expressions.
— Vous aimez encore Aymar, s'écria le jeune homme, dont les yeux devinrent brillants de colère et de jalousie. S'il en est ainsi, madame, déchirez cette lettre, et que tout soit fini entre nous. »
Pour toute réponse, elle cacheta la lettre et la remit a Georges.
Aymar, froidement insulté, ne vint pas demander à l'infidèle une explication désormais inutile. Tous les souvenirs de la France, qui, avait-il écrit à Olivier, semblaient être descendus dans la tombe, tous les souvenirs aimés s'éveîUèrent dans son cœur, et parmi eux, le fantôme d'Alice. . . En reprenant la mémoire do passé, il mesura l'abîme que sa folle passion avait creusé derrière lui, et il comprit que cet abîme serait infranchis^ sable.
Il avait trahi AlicCi Fiamma le ttahîssaiti C^était le talion de l'amour^
AYMAR A FIAMBU.
a Je vous dois le malheur de ma vie, madame; par voire coquetterie et vos perfides insinuations, vous m'avez fait oublier la seule femme qui fût digne de posséder mon amour; par vous, je vais être privé de toutes les félicités que le ciel m'avait réservées ; eh bien, je vous pardonne tous ces maux! Ils sont préférables au malheur de vous consacrer une existence que vos opinions trop philosophiques eussent empoisonnée.
« Ne craignez rien pour la sûreté de votre passion nouvelle ; le mépris a mis entre nous une barrière insurmontable.