‹ Histoires cousues de fil blancChapitre 17 sur 21 · LA LUCIOLE · texte numérisé non relu

LA LUCIOLE

Il faisait nuit depuis longtemps, une nuit d'été claire & sereine.

La nature s'était doucement assoupie, après une chaude journée où le soleil avait brillé. — Tapis dans les feuilles, les oiseaux cachaient leur tête sous leurs ailes et dormaient. — Les choristes des prés, cigales & sauterelles, les choristes des bois , fauvettes & pinsons, avaient achevé leurs positions. — Seuls les symphonistes nocturnes, s'éveillant avec l'ombre, préludaient — chacun selon son goût — à l'étemel concert de la nuit.

Etendu sur son lit d'herbe molle, le scarabée se retournait sans cesse, et, bien en vain, essayait de luter contre l'insomnie. — Cette nuit-

là, à n'en pas douter, le scarabée avait la fièvre. — Eh ! quoi, s'était-il donc, durant le jour, trop exposé aux rayons du soleil? — Son petit système d'insecte avait-il subi quelque atteinte? — Des enfants acharnés l'avaient-ils blessé méchamment?

Non, rien de tout cela. — C'était vraiment bien autre chose qui enlevait le sommeil au pauvre scarabée!...

Ce scarabée était un rêveur, — peut-être un fou, un poëte, — un peu parent de ce triste grillon dont Mûrger nous a dit l'histoire.

En vain cherchait-il, à ses côtés, une compagne bien-aimée qui réalisât ses songes poétiques. — La réalité crue lui semblait trop laide — et, l'ange de ses rêves était trop loin, était trop haut, pour qu'il pût jamais espérer l'atteindre.

Aussi, vivait-il retiré, presque seul — dans un petit réduit, qu'il eût pu nommer sa tanière. — Il s'essayait, pour s'occuper, à pénétrer certains mystères de la science , problèmes arides. — Mais s'il parvenait quelquefois à absorber dans ces études son esprit actif, jamais, jamais il ne pouvait faire taire la voix de son cœur qui lui

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