‹ Histoires cousues de fil blancChapitre 7 sur 21 · HISTOIRE D'UNE GANACHE · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UNE GANACHE

Il se nommait Jean-Claude Meunier, et demeurait au bourg de Sirian, où son père avait une ferme. C'était un grand garçon déjà, mais un peu frêle & très-timide. Il avait vingt ans, & plus, et c'est à peine s'il osait parler à Catherine Bernard, qu'il adorait.

Catherine était une petite brune, accorte & rieuse, un franc cœur. Elle aimait bien Claude Meunier, mais seulement d'amitié. Ce n'était point cela que demandait Claude. Pourtant, je me trompe. Il ne demandait rien.

Il aimait Catherine, voilà tout. Il l'aimait, parce qu'elle était jolie, & parce qu'elle était bonne, parce qu'elle l'appelait : « Mon ami Claude » & qu'elle ne se moquait point de lui,

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comme la plupart des fillettes du village. Il l'aimait parce qu'il l'aimait, quoil

On parlait beaucoup, alors, par tout le canton, du grand Placial, le beau fermier qui ne trouvait point de cruelles.

Placial était un faraud, beau parleur, beau danseur, bruyant chanteur; il n'y en avait pas un comme lui pour animer une frairie. Aussi bien, l'appelait-on la clef des cœurs. Il souriait de ce surnom & n'en était pas moins fier pour cela.

Voilà qu'un jour le beau Placial s'aperçut que Catherine Bernard était jolie. Il résolut de s'en faire aimer, & comme la pauvre fille avait la tête folle & le cœur croyant, elle l'aima bien vite, — & s'en repentit plus promptement encore.

Placial l'abandonna bientôt, & elle devint toute triste & toute pâle. On eût dit une fleur sans soleil. Elle languissait comme pour mourir.

— Or ça, Catherine, lui dit un jour Claude Meunier, vous êtes vraiment affligée & vous gardez pour vous seule le secret de vos peines. Suis -je pas votre ami & ne pouvez- vous point m'en donner au moins la moitié à porter?

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