‹ Histoires cousues de fil blancChapitre 8 sur 21 · HISTOIRE D'UNE GANACHE I · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UNE GANACHE I

Elle le regarda, tout en pleurant. Il avait l'air si affligé & si bon, qu'elle parla. D'ailleurs, on a toujours besoin de confier sa douleur à quelqu'un.

Elle dit tout au pauvre Claude, & Claude, devenu blême, pensa qu'il allait mourir. Son cœur se gonflait & l' étouffait.

— Ah! pauvre Catherine! s'écria-t-il en éclatant en sanglots. Pauvre Catherine!

Elle lui avait dit qu'elle allait être mère, et que son père, à elle, le vieux Bernard, le sergent Bernard, comme on l'appelait, un vieux qui avait fait les campagnes de l'Empire, allait tout savoir.

— Eh bien! non, dit Claude, il ne saura rien. Il alla trouver Placial & lui dit :

— Tu vas épouser Catherine !

Placial se mit à rire.

— Tu refuses ?

Placial riait toujours.

— Eh bien! dit Claude, tu es un lâche & un misérable. Ne me parle plus dans la rue, je te souffléterais.

Il sortit & courut droit au logis du père Bernard. Catherine était là.

— Monsieur Bernard, dit-il, je ne suis pas riche, mais j'ai de l'ordre, de bons bras & de l'ardeur au travail. J'aime votre fille Catherine. Voulez-vous me la donner pour femme ?

— Prends-là, dit le vieux Bernard.

Catherine était pâle, & ne disait rien — mais dans un coin de la chambre elle pleurait.

La noce eut lieu sans grand fracas, en famille. A la fin, Claude dit à sa femme.

— Ma bonne Catherine, tout le passé est passé, il est oublié, ^l'avenir esta nous. — Je t'aimerai toujours beaucoup. Aime-moi un peu & ce sera assez !

Au bout de six mois de ménage, Catherine mit au monde un fils. Ce fut un grand scandale. On en rit beaucoup à Sirian, et Placial plus que les autres. Mais, un jour, Claude, ce petit Claude, aux membres grêles, aux blonds cheveux, au regard doux, prit le grand gaillard par le milieu du corps & le réduisit au silence, à coups d'arguments solides. La scène avait lieu sur la grand'place. Le beau Placial , meurtri, se releva au milieu des huées, et, depuis lors, on ne se moqua de Claude que tout bas.

— J'ai eu tort de me fâcher, pensait Claude cependant ; il est vrai que ce n'était pas moi qu'ils insultaient, mais Catherine!

Catherine se montrait toujours une bonne &

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