‹ Histoires d'autrefois (volume 3)Chapitre 5 sur 13 · LE BRICK NORVÉGIEN. 2(M · texte numérisé non relu

LE BRICK NORVÉGIEN. 2(M

Sans-Quartier, regardant de quel côté venait le vent et les mains fans ses poches, en attendant qu'il pût les mettre dans celles de quelque autre.

Il brumassait ce jour-là comme si tous les anges du bon Dieu eussent fumé leur cigare en même temps, si bien que l'on ne voyait l'horizon qu'assez vaguement. Tout à coup, pourtant, au milieu du brouillard, le capitaine croit apercevoir comme qui dirait l'ombre d'un brick serrant le vent et courant sa bordée obliquement sur le Sans-Quartier.

Il regardait encore quand la vigie cria : — Navire à tribord. Kerkof ne s'était pas trompé.

— Quel est leb... de marsouin qui s'avise de venir nager dans les eaux du Sans-Quartier? Il faut qu'il soit plus aveugle qu'un bigorneau pour ne pas nous avoir aperçus. Si je ne me trompe, c'est un insulaire qui veut faire un tour en France pour sa santé. Allons, mes lurons, branle-bas de combat; toutes voiles dehors, et envoyez votre carte de visite au voisin; car ce n'est pas tout d'être corsaire, il faut encore être poli.

Kerkof finissait à peine de parler, lorsqu'un boulet partit, s'enfonça dans le brouillard et se perdit au milieu des voitures du brick mystérieux.

Il y eut un moment d'attente; mais Finvitation à hisser son pavillon, quoique faite par le corsaire français d'une manière brutale et peu usitée, fut comprise : car, à l'instant, un petit pavillon anglais glissa le long d'une drise et scintilla au pic du navire.

— Bon, dit Kerkof, et il chargea sa pipe... Maintenant, mes fils, à vos pièces et ne tirez qu'à bout portant.

Le Sans-Quartier manœuvra légèrement et s'élança vers sa proie, les ailes étendues comme un cormoran. La position du brick paraissait, évidemment désespérée, car le point vers lequel il courait devait être atteint par le Sans-Quartier aussitôt qu'il s'y trouverait lui-même, et sa marche le conduisait littéralement sous les canons de son terrible adversaire. Cependant il ne changea rien à sa manœuvre. Les deux navires formaient dans leur course les deux côtés d'un angle, dont le sommet devait être le point de rencontre ; ils s'approchaient de plus en plus, et il était alors facile , malgré le brouillard toujours plus épais, d'apercevoir toutes les manœuvres du brick. Mais à mesure que ce navire devenait plus distinct, une surprise étrange se manifestait sur les traits de Kerkof et de tout l'équipage.

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