XXVII
Ils s'allaient mettre en furie^ La baronne vint au bruit ; Milord quitta la partie.
Fâché d'en avoir tant dit.
Le baron brusqua sa ûUe ; Même on dit qu'il la rossa.
Et que sa main trop agile Au visage la blessa.
Après cette catastrophé Il fallut encor partir.
La douleur du philosophe Ne saurait se définir.
A Paris, sans prendre haleine»
Dans un désespoir affreux, Edouard malgré lui l'entraîne.
Il prit le nom de Saint-Preux.
VOLTAIRE A LAUlARNEi if ^
Si mîlord» par imprudence.
Lui causait de noirs chagrins^ Pour adoucir sa souffrance Il employait tous ses soins ; Le consolait de Tabsence, Amusait sa passion»
Fournissait à la dépense.
Même avec profusion.
La malheureuse Julie Pleure le jour et lu Quit.
Elle est encore attendrie De la perte de son fruit.
Saint-Preux décrit son voyage.
Médit des femmes de bien»
Maudit son libertinage...
Cet amant ne cachait rien.
En cet état de misère^ Julie en proie aux douleurs Voit encor sa bonne mère Succomber à ses malheurs.
Enfin Glaire la console.
Surcroît de calamité :
Une petite vérole La met à l'extrémité !
Glaire, qui perdait la tète.
En écrit vite à Saint-Preux.
A ce coup, rien ne l'arrête :
Il arrive en furieui,
liQr VIE P9i\\tE D'AUTpErOIS.
Vient voir sa chère maîtresse ; Glaire en tremblant l'introfluiC Il baise sa m^in, la press(&, Suce ^e mal et 5'enfuît.
Cette affreuse maladie Dans le chemin Tarréta.
Bien plus tôt que sa Ji|He, Sans secours il s'en tira.
Une telle expéffence, Faite sans précaution, Nous prouve bien l'excellence De l'inoculation.
Qui n'aurait été sensible A celte pr^ve d'amour ?
Le cœur le nîoins accessible Se fût livré sans retour !
Aussi la convalescente Ecrivit au doux ami Qu'elle en était trop contente Pour prendre un autre mari.
Wolmar revient de Russie.
Le baron veut en finir.
Il ordottse, il jure,- il crie.
Mais ne peut rien obtenir.
Sa fille lui dit : « Mon père, J*ai pris un engagement.
Je ne puis.vot^s satisfaire, Sans consulter mon amant.
VOLTAIRE ^ 1<A4JSANMS, i^i
Elle écrit avec tendresse, Le bnroD, avec hauteur.
Saint-Preux, malgré sa tristesse, Toujours guidé par Thonneur, Lui renvoyé sa promesse, Immolant d'un bras vainqueur Au bonheur de sa maîtresse Jusqu'4 son propre bonheur.
XXJCVII.
Wolmar épouse Julie ; Elle voit clair dans son cœur, De Tamoureuse folie Condamne la douce erreur; D'un sermon sur l'adultère Régale son cher amant...
Contre sa douleur amére Le joli médicament I
Il pleure, il se désespère, N'écoute plus sa raison ; Il déteste la lumière, Veut avaler du poison.
Milord sensément le gronde ; Enfin le pauvre garçon Entreprend le tour du monde Âvecramiral Anson.
Pendant ce fameux voyage, Wolmar avec sa moitié Conduisait bien son ménage, Vivait en bonne amitié !
TiB ndttE d'autrefois.
Il gagnait sa confiance Aisément par la douceur.
Elle lui lit confidence Des faiblesses de son cœur.
Lui savait de cette affaire Jusqu'au moindre événement.
L'aveu» loin de lui déplaire»
Le mit dans renchantement :
Il trouvait un caractère Sans dissimulation.
Le passé ne troublait guère Son imagination.
Saint-Preux fut maintes années Errant d'Etat en Etat ; Le maître des destinées Le ramène en ces climats.
Toujours constant et fidèle, Il annonce son retour.
Glaire en reçoit la nouvelle Et la met bientôt au jour.