VI II
Les jeunes Condéens ne pouvaient échapper à ce banal esprit d'imitation. Voilà pourquoi dans leurs têtes, à l'idée de ressusciter l'ancien carnaval, avait succédé tout de suite le projet d'organiser une marche d'Incas.
La vanité avait, là comme ailleurs, détrôné la gaieté grossière, mais franche qui épanouissait les pères. On ne demandait plus à rire à panse déboutonnée, on tenait à paraître.
On se revit le lendemain soir au café. Il avait été convenu que chacun apporterait une idée, un plan, quelque chose d'original. Malgré le précepte de l'Evangile, nos chasseurs d'idées revinrent tous bredouille.
Ils prirent alors le parti de s'adresser à l'un d'eux' qui, rêvant la gloire littéraire, entassait sournoisement vers sur prose et drames sur romans.
Le poètç in partibus apporta, le soir même, au café Carillon, un plan qui ne ressemblait en rien à celui des fêtes valenciennoises.
Les Valenciennois s'étant emparés du sévère domaine de l'histoire, il établissait les Condéens dans la libre région de la fantaisie. Sans sortir du carnaval, il y faisait défiler les types de la comédie antique, de la comédie italienne, de la comédie française et couronnait le tout par l'apothéose de mademoiselle Clairon, l'illustre Condéenne,
Trois chars avec leurs cortèges suffisaient à l'exécution de ce plan :