PRÉFACE
vérité. Par deux fois, à peine âgé de treize et de quinze ans , j’ai quitté l’Alsace pour chercher en France ma nourriture intellectuelle. En vain! Il eût fallu être riche : j’étais forcé, moi , pour gagner ma vie, de chanter dans les rues.
Celte nourriture, je l’ai trouvée en Allemagne, en échange de ma gaieté, de mes chants, de mes contes, et surtout de mes leçons de français.
Mais je n’ai jamais abandonné l’étude du français, et le premier, en Alsace, j’ai rompu en visière au langage allemand, pour conquérir, à la pointe de la plume, mes droits de citoyen dans la langue française.
Depuis, plusieurs Alsaciens, plus jeunes que moi, sont entrés vaillamment dans la carrière. Tels sont Ratisbonne, Neffzer, Erkman, Widal et Dollfus.
En imitant même avec succès les écrivains français, les meilleurs, nous ne sommes rien. Les Alsaciens n’apprendront jamais le français aux Parisiens. Pour exister dans l’art, il faut être soi-même, et l’être entièrement, par les défauts autant que par les qualités.
Oui, cela est vrai! Je me suis* créé une forme à part. Semblable à un musicien qui, pour jouer de la flûte, est forcé de tailler son instrument dans le