‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 10 sur 71 · Bentivoglio, Strada · texte numérisé non relu

Bentivoglio, Strada

â. On dit encore « la patience hollandaise », hoUandsche pa- Heniie.

3. Les paysans hollandais savaient généralement lire et écrire; la plupart des gens da peuple connaissaient les rudiments de la grammaire; et cela dans un temps, dit Prescott, où la lecture et récriture constituaient une éducation que ne possédaient pas toujours en

patibles avec aucun joug étranger. Mais de tous les jougs nul ne devait leur sembler pire que le joug espagnol. A la vue seule d'un Castillan et d'un Frison, Ton comprenait Tantipathie des races. L'homme du Nord a gardé la haute stature de ses ancêtres, les longs cheveux blonds, le teint blanc, cet œil à fleur de tète et d'un bleu vague où le feu des passions fait rarement jaillir l'étincelle, cet air lent et froid qui n'exclut chez lui ni la gaieté ni le goût des jeux publics et des plaisirs de la table. Les bouillonnements du sang méridional étonnent son flegme. Sa sincérité, sa simplicité s'indignent de la rodomontade et du faste espagnols. Il ne s'accoutume pas à ces Castillans à la mine chétive et altière, au parler superbe^ à Tàpre humeur. L'éclair sinistre de leurs yeux noirs, les penchants cruels qui se trahissent jusque dans leur sourire, lui inspirent une répulsion profonde. Jamais, le voulût-il, il ne pourra subir leur loi.

Ce fut la faute de Charles-Quint de méconnaître cette antipathie de race et de vouloir faire des Pays-Bas une province de la monarchie espagnole. Après la bataille de Pavie qui le rendait quasi maître de l'Europe, il s'essaya dans les Pays-Bas à changer le gouvernement des villes. Il y riiit des garnisons étrangères ; il subordonna le grand conseil de Malines et la cour suprême de Hollande, dans l'exercice de leurs fonctions législa-

d'antres pays les hommes du rang le plus élevé. (Hist. du règne de Philippe II,)

tives et judiciaires, aux décisions d'un conseil d'État qu'il établit à Bruxelles sous la présidence du souverain ; il leva incessamment des taxes nouvelles. Enfin, sentant TafGnité secrète de l'esprit républicain qui lui résistait avec le levain de la Réforme qui commençait à fermenter, il fit publier aux Pays-Bas la bulle du pape qui condamnait les opinions de Luther ; il rendit, sans l'assentiment des états, en septembre 1550, un édit rigoureux qui, résumant tous les édits précédents, condamnait à la confiscation des biens, à la mort € par le fer, la fosse ou le feu, tous les hérétiques. >

La Réforme, qui entra si vite et si avant dans les Pays-Bas, eut cela de particulier dans les provinces du Nord qu'elle s'y confondit aussitôt avec le patriotisme, dont elle reçut et à qui elle communiqua ensemble une ardeur nouvelle. Les peuples bataves étaient mieux préparés que beaucoup d'autres à recevoir ce que le catholicisme appela si faussement les nouveautés du protestantisme. Dès l'origine de la prédication chrétienne, on avait eu aux Pays-Bas très-peu de souci de la volonté des papes. Lesévêques d'Utrecht furent presque tous gibelins. De tout temps, l'esprit de secte^ qui n'est que l'esprit d'indépendance et d'individualité appliqué aux choses de l'Église, avait trouvé dans la Hollande un accès facile. La liberté de conscience y paraissait une suite nécessaire de la liberté du commerce ; la diversité des opinions religieuses n'y semblait pas plus étrange que la diversité des constitutions politiques. Dès

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le onzième âiècl&, un laïque nommé Tanchelyn avait fail trembler le clergé pai' lu Violence de ses attaques. Parcourant le pays d'Otrecht, les Flandres et la Zéelande, somplneusemenl vêtu, servi comme un roi, ce sectaire attirait à sa suite des multitudes auxquelles il prêchait le mépris des sacrements, le refus de la dime, la désobùiasanceaux évèques. Le fanatisme qu'il inspirait paraîtrait incroyable si on ne l'avait vu renouvelé, à cinq âècles dedistanee, chez les disciples de Jean de Leyde. Les hommes buvaient comme un breuvage sanc^fiant l'eau dans laquelle Tanchelyn s'était baigné. Les femmes se prostituaient à lui en présence de leurs époux et de leure mères, dans la persuasion où il les avait mises d'accomplir un ordre de Dieu. Au quatorzième siècle les opinions de Wiclef s'étaient glissées en Hollande. Les hérésies de Jean Huas et de Jérôme de Prague, rapportées aux Pays-Bas par quelques soldats qui avaient suivi l'expédition de l'empereur Maximilien en 1420, y avaient trouvé crédit. Quand la doctrine de Luther y fut enseignée , la secte des anabaptistes, fondée au commencement du siècle par le Saxon Nicolas Stork, et celle des mennonites ou téléobaptistes qui prenait son nom du Frison Menno Siraonsz, avaient déjà jeté dans la Hollande et dans la Frise de profondes racines.

A côté de ces mouvements hétérodoxes, il s'était aussi produit dans l'Église des Paya-Bas, comme dans toute la catholicité, une tendance à la réforme régulière des abus, q'ti, sans attaquer le dogme, voulait son épura-

lion et le retour à la discipline primitive. Au temps de Philippe I*% duc de Bourgogne, on s'était occupé, dans la Hollande et la Zéelande surtout, où le pouvoir des évéques d'Utrecht, quelquefois soutenu, plus souvent combattu par les comtes, avait pesé d'un poids insupportable, à réprimer la licence ecclésiastique. Entre les personnes qui se signalèrent dans cette voie des réformes encore orthodoxes, on cite Gérard le Grand, Gérard Groote, qui institua à Deventer, vers le milieu du quatorzième siècle, les « Frères de la vie commune », Broederen des gemeenen levens, consacrés à la prédication et à l'instruction du peuple. Après lui, pendant le quinzième siècle, on voit paraître l'ascète A-Kempis, Wessel Gansfort, de Groningue, appelé « la Lumière du monde, .» Rodolphe Agricola , etc. Enfin le savant Nicolas de Cusa, envoyé par le pape Nicolas V dans les Pays-Bas, où il avait fait ses études, s'élève avec une véhémence inattendue contre le relâchement des mœurs cléricales, contre Tabus du culte des images, contre la pompe excessive des cérémonies. Il voulait fermer la chaire aux ordres mendiants ; il allait jusqu'à défendre l'exposition des hosties sanglantes et de tous les objets réputés miraculeux qui entretenaient dans le peuple l'idolâtrie. Un peu plus tard, l'évêque d'Utrecht, Philippe de Bourgogne, fils naturel de Philippe le Bon, ne cachait à personne qu'il préférait la Bible à la Vie des saints, qu'il estimait être un tissu de fables . et qu'il regardait le célibat des

* prêtres comme une loi trop dure. EoGn le précepteur même de Charles-Quint, Adrien d'Utrecht, élevé au pontificat en 1522, soutenait avec vivacité les opinions d*Érasme de Rotterdam contre les théologiens scolastiques et souhaitait ardemment une réforme. Dans le même temps, par la connaissance plus répandue des langues grecque et hébraïque et par de nombreuses traductions des Écritures en langue vulgaire, Texamen, la science interprétative des textes sacrés, faisait de

grands progrès.

Ainsi préparées dans les esprits, les nouveautés de Luther et de Calvin, que les marchands protestants de la France, de la Suisse, de rAllemagne et du Danemark apportaient à Anvers et à Amsterdam, et que les soldats étrangers, à qui l'empereur confiait imprudemment la garde de ses sujets, communiquaient au peuple, se propagèrent très-vite. La jeune noblesse qui allait étudier à Genève en revenait moins soumise. « Le Rhin et la Meuse ne portent point tant d'eau dans les Pays-Bas , dit un écrivain contemporain^ , que ces fleuves d'Allemagne n'y portaient de contagion. »

A la vérité, la Réforme, à ses débuts, n'avait pas l'aspect menaçant qu'elle prit plus tard. Ce fut d'abord une fermentation sourde et qui s'ignorait en quelque sorte elle-même. Nul ne croyait se rendre hérétique en lisant les pamphlets contre les prêtres que l'impri-

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