Bederit mot significatif
2. Le jus de non evoeando a été appelé Vhaheas corput de la Hollande. (Motley, ihe Rise ofthe dutch republic)
A la vérité, le « grand privilège, > souvent contesté par les princes pour avoir été arraché à une princesse mineure, fut plus souvent encore négligé, volontairement oublié par eux. Et leurs empiétements, que favorisaient les factions perpétuelles aux Pays-Bas, les discordes entre les nobles, les bourgeois et les paysans, les querelles de ville à ville, et cet adoucissement insensible des mœurs qui naît des habitudes plus sédentaires et d'une certaine culture des sciences et des lettres, gagnaient de proche en proche, et sans qu'on y prît trop garde, sur les libertés.
Dans le même temps, la plus indépendante des provinces, la Frise, harassée, épuisée par les factions, s'était laissé persuader par l'empereur Maximilien d'appeler de l'étranger, à la façon des républiques italiennes, un podestat ou arbitre pacificateur des discordes civiles. Le duc de Saxe, nommé podestat, entra en Frise avec ses bandes saxonnes, et se fit bientôt proclamer protecteur héréditaire (1498). Pendant soixante et dix ans, ses descendants, les princes saxons, gouvernèrent la Frise ; puis, après lui avoir ôté une à une ses libertés, ils la vendirent à la maison d'Autriche.
Comme on en était là et que la souveraineté, passée des mains de l'archiduc Maximilien, époux de la princesse Marie, dans celles de leur fils, Philippe le Beau, ne paraissait plus contestée, un choc inattendu réveille comme en sursaut la fierté nationale, et ranime, au bruit
de son Océan courroucé, le vieil esprit des races germaniques.
Les Espagnols viennent aux Pays-Bas. lis n'y viennent point en conquérants, par la guerre, mais en alliés, sous les auspices et dans les fêtes d'une union heureuse. Ils suivent leur jeune princesse, bientôt reine d'Aragon et de Castille. Le mariage de Philippe le Beau avec Jeanne la Folle, fille de Ferdinand et d'Isabelle, en 1 4 9 6, qui va réunir sous le même sceptre l'Espagne, les Deux Siciles, la Bourgogne et le nouveau monde, met soudain en présence les hommes du Nord et les hommes du Midi, les Frisons et les Castillans, les Germains du lac Flevo et les Golhs des monts Asturiens : deux races de forte trempe mais opposée ; d'un sang généreux mais ennemi; qui se repoussent d'instinct avant de se connaître, et haïssent l'une chez l'autre jusqres aux vertus et aux fiertés qui les font semblables.
Il est au sein des peuples des instincts cachés, inconscients, impénétrables, qui les font être ce qu'ils sont, quoi qu'ils en aient, et vivre de leur vie propre en dépit des hasards de la fortune. Le soulèvement des Pays- Bas germaniques contre la domination espagnole fut l'effet d'un de ces instincts. On peut affirmer qu'il était inévitable autant qu'il parut héroïque. Ici encore , comme aux premiers temps de l'occupation du sol, ce fut d'une lutte acharnée, d'une étreinte tragique entre la force extérieure des choses et la force intérieure de rhomme que se dégagea la vie nationale de la Hollande.
Quand l'empereur Charles-Quint monta sur le trône, tout semblait présager aux Pays-Bas un règne heureux. Charles-Quint aimait ses sujets flamands. Il était né, il avait été élevé parmi eux ; il parlait leur langue ; il était accoutumé à leur humeur, se plaisait à leur « obéissance mêlée de liberté \ > et n'affectait point avec eux cette grave étiquette que le peuple espagnol voulait dans ses monarques.
A l'époque de son avènement, ses États du Nord communément appelés les Flandres et formés de dixsept provinces qui occupaient à peu de chose près tout le territoire des royaumes actuels de Belgique et de Hollande, faisaient envie à tous les autres. L'élan que les croisades avaient donné à l'esprit d'entreprise ne s'était plus arrêté aux Pays-Bas. Dans les provinces maritimes surtout, la nécessité qui poussait au dehors une population trop nombreuse pour son territoire était devenue une habitude, un goût, une passion. Les paysans hollandais, ceux des lies de la Zéelande, qui s'apprenaient tout enfants à lancer leurs petites barques le long des côtes périlleuses et dans les mers intérieures, à louvoyer, à serrer le vent, à éviter les écueils, à ramer contre la marée, étaient devenus les meilleurs marins du monde.
Dès le temps de la comtesse Ada, au treizième siècle, la ville de Zierikzée avait construit les premiers gros
1. Un' ohbidienza quasi misia di Hhertà. BcntivogliO) Guerra di Fiandra.
vaisseaux propres aux expéditions lointaines; et, depuis lors, les chantiers de la Hollande fournissaient de navires tous les peuples de l'Europe \ La mer Noire avait revu ces hardis navigateurs, ramenés par le libre essor de leur génie vers ces contrées inconnues où la puissance de Rome n'avait pu fixer leurs sauvages ancêtres. Sous la conduite de tels matelots, les marchands hollandais s'aventuraient bravement et cherchaient dans les parages les plus éloignés, avec une ardeur étrangement mêlée de cupidité et de patriotisme, les denrées premières qui manquaient à leur pays. Bien qu'habiles et intéressés, leur probité native l'emportait et leur donnait partout un crédit qui doublait leurs ressources. La Ligue hanséatique, fondée vers le milieu du quatorzième siècle, avait reçu d'eux sa direction. Les premiers aussi, dans la Baltique, ils avaient proclamé la liberté des mers, en attachant à leurs mâts une image domestique de la piraterie balayée. Venise, si fameuse déjà par son commerce avec le Levant^ les accueillait avec amitié. La Pologne leur livrait ses grains, la Moscovie ses métaux, la Norvège ses bois de construction. En 12 9 6, les armateurs de la Zéelande avaient forcé Edouard d'Angleterre à permettre dans son royaume l'exportation des laines nécessaires aux fabriques des Pays-Bas, et la pêche libre du
i.On Yoity en 1414, les Hollandais et les Zéelandais loner anx Anglais des navires pour envahir la France.
hareng qui était devenue pour la Hollande l'occasion de grandes richesses.
Pour faciliter un négoce si varié et si étendu, les Hollandais, qui ont emprunté des Vénitiens la lettre de change, en répandent partout l'usage. Ils attirent chez eux leâ banques des Lombards. Les villes des bords de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin, Bruges et Gand d'abord, ensuite Anvers, puis Amsterdam ont des foires, des marchés, des halles, des entrepôts où se rencontrent les trafiquants de tous les pays du globe. Des efTorts heureux vers la perfection des arts mécaniques ont secondé l'activité de la navigation. Le pavillon hollandais a porté sur toutes les mers les beaux produits des fabriques nationales.
Au quatorzième siècle déjà, la simplicité primitive s'étonne de ces splendeurs; les magistrats décrètent des lois somptuaires. Mais les privilèges accordés aux corporations d'artisans, leur influence dans la cité où ils peuvent prétendre à tous les emplois, les soutiennent et les animent. Avec les laines de l'Angleterre, le lin et le chanvre du Nord, les soies du Midi, on tisse des étoffes admirables. Les princes décorent leurs palais des tapisseries que fabriquent la Flandre et les villes de la Hollande. Les plus grands seigneurs veulent pour leurs ajustements des draps de Frise aux vives couleurs, de fine toile de Hollande. La cour du roi Louis XI est éblouie par les magnifi'cences de la suite d'un duc de Bourgogne.
Enfin une pauvre peuplade de pêcheurs établie sur un marais à demi desséché où ne croissent ni blé, ni huile, ni vin, ni fruits, et qui, pour résister aux rigueurs de Thivcr, brûle, faute de bois, la tourbe séchée au vent, car son paie soleil n'y suffirait pas, est parvenue, par son activité, par son industrie, par les libertés qu'elle a fondées en de sages institution^, à nourrir dans Tabondance de tous les biens plus d'habitants, en proportion de son territoire, qu'aucun autre pays, et à se tenir en honneur chez les plus grandes"
nations du monde.
.A peine la boussole est-elle inventée, que les Hollandais, à l'exemple des Portugais et des Espagnols, se précipitent vers les Indes, où ils combattront et remplaceront un jour ces premiers favoris de la fortune. Dans le même temps qu'ils s'avancent vers l'un et l'autre pôle, ces hommes persévérants continuent de lutter chez eux contre l'envahissement des flot?, ci tracent à l'Océan des limites. Le rempart naturel des dunes si souvent submergées, les faibles digues formées de roseaux et de varechs que le vent emportait à chaque saison, ne suffisaient plus à la sécurité d'un peuple attaché au sol par la culture. Vers la fin du quinzième siècle, on a raffermi les sables mouvants par des plantations de genêts et d'osiers ; on a construit, avec des pieux rattachés par des crampons en fer, des digues épaisses, hautes et solides. Au moyen de moulins gigantesques, qui pompent les eaux pluviales, et d'écluses
qui régalarisent les écoulements, on a insensiblement exhaussé le sol argileux et assaini l'atmosphère. Les polders ont été créés ; et ainsi des champs d'une fertilité merveilleuse, tirés des eaux, sont donnés à une agriculture savante et patiente dont ils récompensent l'effort au centuple.
Tout en repoussant la mer sur les points où elle menace, on lui a ouvert un accès plus facile à l'em- bouchure des fleuves qu'obstruaient les ilôts et les basfonds. Ici, l'on défend à l'Océan de passer outre; ailleurs, on lui trace un chemin ; on lui commande en quelcjue sorte d'avancer jusques au sein des terres, où il amène lentement, sur ses flots contenus, les navires qui viennent promener leurs voiles et leurs mâts parmi les arbres, les tours et les clochers des villes. Sorties peu à peu du sein des eaux et fertilisées par elles, les terres se couvrent de .gras pâturages où paissent librement, sous des horizons que ne limitent ni murs ni haies, ces chevaux de grande taille que l'on recherche dans toute l'Europe et ces troupeaux sans nombre, ce bétail d'une extrême douceur, dont le pinceau hollandais reproduira bientôt, dans son art tout national, les harmonies tranquilles.
Pendant que l'industrie populaire imagine pour s'enrichir des procédés nouveaux dans la fabrication du beurre et des fromages, de larges filets pour la pèche du hareng, des manières nouvelles de le préparer et de le conserver, des perfectionnements dans
le raffinage du sel, qui donnent lieu à un trafic considérable, les sciences qui servent plus directenaent la pensée, les lettres qui l'expriment, commencent à fleurir. Des écoles s'ouvrent à Deventer, à Utrecht, à Zwoll, où se distinguent une longue suite d'hommes doctes. La théologie, la médecine, l'astronomie sont en honneur. Haarlèm dispute à Mayence la gloire d'avoir imprimé les premiers livres. Du mélange de l'ancien tudesque dont Charlemagne avait fait réunir les règles dans une grammaire, et de ce latin grossier que parlaient les scolastiques, se sont formés des dialectes nationaux. Au treizième siècle, sous le règne du comte Florent Y, que Ton a surnommé le troubadour de la Hollande, on a commencé d'écrire et de rimer les histoires nationales, on a composé quelques poëmes didactiques. La vie mystique aussi, Tascétisme des cloîtres, s'est épanché en poésies lyriques qui chantent l'absorption en Dieu, de ontwordenheytj racontent la vie du ChriJ, les visions et les miracles des saints. Peu à peu le dialecte hollandais remplace le frison; au quinzième siècle, il devient dominant et se parle simultanément avec le brabançon et le flamand dans les diverses provinces soumises à Charles-Quint. Le désir de connaître qui s'est éveillé a poussé la jeunesse en de longs voyages. Elle est allée vers la Grèce ; elle s'est arrêtée dans les écoles de' Tltalie, d'où elle a rapporté, avec le goût des lettres, la science du droit romain et je ne sais quelle fecmentation de l'esprit qui de loin prépare
la Réforme. Au plus fort des discordes civiles qui déchirent le treizièmo. siècle, on a vu paraître, à la suite d'une princesse de la maison d'Anjou, les rederykers, ces gaies confréries d'improvisateurs, poètes et comédiens ambulants, dont les chambres ou réunions donnent naissance aux théâtres et aux ncadémies.
Les libertés nationales et l'activité du commerce favorisent la circulation des idées, comme les fleuves et les canaux favorisent la circulation des richesses. Cependant, en dépit de ce mouvement général des sciences, des lettres, de Tindustrie, les mœurs et les coutumes anciennes se maintiennent ; l'accentuation germanique du type hollandais se marque de plus en plus en se différenciant du caractère des Belges, soumis aux influences du génie latin et du voisinage de la France. Le milieu, le sol, le climat, la nature et Taspect des terres, la manière d'y vivre, exercent une action puissante sur les hommes des nations étrangères que la guerre, la colonisation, le trafic et l'attrait des libertés amenaient en Hollande. Une assimilation plus rapide que sur aucun point du globe s'y produisait : Belges, Allemands, Polonais, Vénitiens, Juifs, se pénétraient au bout de très-peu de temps de ce que l'on pourraU appeler la sève hollandaise, et la vertu nationale n'était nullement altérée par ces mélanges de races.
A l'époque où nous voici parvenus, le caractère hollandais était en estime chez toutes les nations. Au
rapport même des historiens les moins favorables ^ , les Hollandais étaient un peuple né pour l'indépendance, Gdèle à la foi jurée, porté même à l'amour pour ses souverains, lent à vouloir les choses nouvelles , patient 2, plein d'abnégation, mais aussi d'une volonté inflexible et, comme devait l'exprimer plus tard la devise de son grand stadhouder, inébranlable à maintenir ce qu'une longue tradition lui fait considérer comme son droit. Le caractère indépendant des femmes hollandaises, leur forte constitution, leur loyauté, leur activité dans les affaires, où elles excellent, leur autorité au foyer où elles régnent sans partage, leur chaste fécondité perpétuent dans la race les vertus et les fiertés premières, c Ces peuples , disait Charles-Quint, font des sujets excellents, mais de détestables esclaves. » Et le grand empereur, parlant ainsi, les jugeait avec plus d'équité qu'il n'en mit par la suite à les gouverner. L'habitude des affaires et des armes civiques , le respect de la loi au-dessus de la crainte des grands, un amour inné de la patrie qu'^ntreteùaient des institutions particulières, une instruction généreusement répandue^, rendaient les peuples de la Hollande incom-