Walsingham, Mémoires
les princes. C'est à peine si les gouvernements pressentaient la solidarité des États protestants et la connexion intime, des intérêts religieux avec les intérêts politiques. On est surpris de voir par quels efforts d'éloquence, par quelle suite et par quel art dans les négociations le prince d'Orange arrachait quelques promesses aux souverains ^ ; on a peine à comprendre la froideur que rencontre un si grand homme dans une entreprise où il sert évidemment la cause de tous. Le roi de Danemark, qui avait introduit la Réforme dans ses États, la Suède, d'où devait sortir au siècle suivant son plus héroïque défenseur, refusent à Guillaume tout secours. Les princes d'Allemagne lui fournissent, à la vérité, quelques troupes, mais sans les payer, et qui font échouer ses premières campagnes par leurs continuelles mutineries. L'empereur Maximilien, tout en approuvant le refus qu'avait fait Guillaume de comparaître devant le Conseil des troubles^ défendait qu'on fît dans ses États des levées contre le roi d'Espagne; la harangue de Sainte-Aldegonde à la diète de Worms émouvait l'Allemagne, mais ne l'arrachait pas à ses
1 . Il faut lire, pour s'en former une idée, la correspondance suivie que Guillaume entretient ayec les princes ; les lettres innombrables que lui et ses deux frères, Jean et Ludovic, adressent sans se lasser à la reine d'Angleterre, au roi de France, aux rois de Suède et de Danemark, au régent d'Ecosse, aux commissaires de l'empereur, aux personnes influentes de tous les pays, traitant chacun diversement, selon son caractère et ses passions, avec une politique coDSommée. Groen van Prinsterer, Archives de la maison de Nassau.
lenteurs ^ ; la reine Elisabeth exhortait, encourageait; mais, parcimonieuse, circonspecte, ne voulant se brouiller définitivement ni avec la France ni avec l'Espagne, dlepomsait le temps avec F épaule ^, ne donnait que des secours insuffisants, des conseils dérisoires et de fausses espérances^.
En 1878, le prince d'Orange, qui dès Torigine du soulèvement n'avait pas estimé que la Hollande, réduite à ses propres forces, pût tenir au delà de deux ans, qui avait déjà perdu trois de ses frères sur le champ de bataille, engagé tous ses biens, vendu tous ses objets précieux, et qui, pour se procurer l'argent indispensable à la continuation de la guerre, avait poussé l'esprit de sacrifice jusqu'à offrir sa personne en otage, écrivait à son frère : <c Ce petit coin de pays résiste à d'effroyables armées venues de tous les bouts du monde, sans qu'aucun autre pays ou prince, par l'espace de cinq
1. « Les lenteurs de TAIlemagne nous tuent », écrivait le prince d'Orange à Jean de Nassau. (Groen van Prinsterer.)
â. La Pise, Histoire des Princes et Principautés de la maison d* Orange, iv» partie, p. 426.
3. En 1.576, Élisa))eth prêtait à grand'peiae aux états généraux la somme de vingt mille livres sterling, à la condition que les Provinces ne changeraient ni de roi ni de religion. Elle conseillait, entre autres choses, de se réconcilier avec le roi d'Espagne <& sous des conditions gracieuses et raisonnables. » La Pise, iv^ partie, p. 424. Une autre fois, comme les ambassadeurs des états la pressaient de donner une réponse définitive , elle leur disait en riant : « Pauvre gens que vous êtes ! ne vaudrait-il pas mieux aller à la messe, que de vous exposer à tant de maux? Si vous n'y croyez pas, que n'y allez-vous comme à un jeu de marionnettes? » (Brandt, Histoire de la Ré formation des Pays-Bas ^ livre xi.)
ans, lui ait tendu la main, hormis rélecteur palatin, vous et mes trois autres frères \ >
Longtemps Guillaume avait fondé son principal espoir sur les huguenots de France, pour lesquels lui et ses frères avaient combattu. Il espérait en Coligny surtouf, dont il suivait les conseils, et qu'il chérissait d'une tendresse filiale. Il avait cru possible un rapprochement avec les catholiques, qui tournerait à l'avantage des Pays-Bas; il avait souhaité les Noces de Paris, Mais ces noces funestes, c où le vin du festin fut le sang des massacrés ^ », lui portèrent un coup terrible; les feux et les cris de joie des soldats du duc d'Albe, que le vent et la nuit poussèrent jusque dans son camp, mirent à néant ses espérances ^. Désormais les huguenots ne pouvaient plus rien ; Guillaume le sentit, mais, comme il ne se laissait jamais abattre, il dirigea aussitôt tous ses efforts vers la cour de France. Depuis bien des années déjà, le prince d'Orange, secondé par l'amiral de Coligny, avait entamé avec le roi Charles IX des négociations secrètes pour tâcher d'entraîner ce prince à la guerre contre l'Espagne. Il y avait à cette guerre plus d'un motif. Ce n'était pas sans regret que la France avait vu lui échapper, par le traité de Madrid, la sou-