‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 17 sur 71 · Richelieu, Mémoires · texte numérisé non relu

Richelieu, Mémoires

3. Le prince d'Orange, ayant tenté de secourir Mons, assiégé par le duc d'Albe, apprit, par de fréquentes décharges d'artillerie et d'autres signes de réjouissance dans le camp espagnol, le massacre de la Saint-Barthélemy.

verainelé de la Flandre occidentale et l'Artois, son seul fief français ^ ; ceux-ci, de leur côté, tournaient leurs regards vers la France, comme vers une alliée naturelle que le sang et la religion engageaient à les secourir. On connaissait à la cour les menées de Philippe II avec les Guises; on était irrité du massacre de plusieurs Français à la Floride ; la mort de madame Elisabeth de France, dont on accusait publiquement le roi d'Espagne, avait allumé dans les cœurs de vifs ressentiments. Dans ces dispositions, Charles IX, aussitôt la paix faile avec les huguenots, en 18 7 0, avait désiré voir Louis de Nassau, qui s'était extraordinairement signalé pendant la dernière campagne, et dont le mérite lui était connu. Le comte Louis de Nassau, régent pour son frère de la principauté d'Orange, était venu sous un déguisement à Limoges, puis à Fontainebleau, puis à Blois, ou il avait été comblé de caresses. Ses longs et intimes entretiens avec le roi avaient porté leurs fruits. Sachant bien qu'il n'avait rien à attendre des inclinations de

1. Estienne Pasqaier écriyait vers le même temps : « Si nous estions bien advisez, il y aurait maintenant matière de le réunir au nostre ( l'Estat de Flandre ) pendant ces divisions : mais la folie de ceux qui pensent estre les plus sages ne le permet pas. Nous le recognoissons estre de l'ancien estoc et domaine de nostre couronne : il est, si ainsi me permettez de le dire, aux portes de nostre yille de Paris, et, par manière de dire un faux-bourg. Toutefois, jamais ne s'est préparée occasion pour le recouvrer, que nous ne l'ayons laissée eschapper pendant que, par discours fantasque, nous amusons à la conqneste d'Italie que nature a séparée d'avec nous de mœurs, de langues et d'un haut entrejot de montaïgnes. » {Lei très d' Estienne PasquieVj livre v, lettre i.)

70 HISTOIRE DES GOMMENGEMENTS

Charles IX, Louis de Nassau avait fait valoir uniquement les intérêts de ce prince ; il avait flatté ses vues sur la couronne impériale^ tout en laissant entrevoir à lu reine Catherine le duché de Brabant pour son fils cadet, le duc d Alençon. L'amiral de Coligny appuyait ces négociations. En 1 57 1, il présentait au roi un Discours de Sainte-Aldegonde pour entreprendre la guerre contre les Espagnols es Pays-Bas ^ ; et il lui exposait si bien les avantages de cette guerre, que Charles IX en était venu à promettre par écrit au comte de Nassau qu'il l'assisterait de toutes les forces de son royaume^. Déjà d'ailleurs, il était question du mariage du duc d'Anjou, frère aîné du duc d'Alençon, avec la reine Elisabeth.

Le massacre de la Saint-Barthélémy suspendit brusquement ces négociations. 11 les suspendit, mais sans les rompre. A peine les premières fumées du sang dissipées, la cour de France renoua ses intrigues. Pendant qu'elle se faisait à Madrid un honneur et à Rome un mérite de cette œuvre de foi, elle s'excusait de son mieux auprès des princes protestants, et s'efforçait de les persuader que ce massacre, qu'elle représentait comme un mouvement tumultuaire suscité par les Guises, n'avait pas été fait en haine de la religion. Elle prenait surtout à tâche d'apaiser Elisabeth, et de rame-

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