CoNTARiNi, Relazione di Savoya
244 HISTOIRE DES GdMMENGEMENtS
raêtëre de loyauté, il parut si âincère, même au défiant BàmeVeldt, tes raiâbns du roi étaient ai solidès> ai bien caleulées pour faite itiipression sur un homme d'Etat, Henri mettait tant de chaleur dans les assurances qu'il dènMit de ne jaitiàis abandonner ses alliés, que les en-^ toyés de la République renoncèrent à le combattre et prirent éôtigé de lui/ Ils se rendirent à Londres^ où ils avaient lieu d'espérer, non pas un meilleur accueil^ mais Un meilleur succès ; car si là reine d'Angleterre se montrait depuis quelque temps indécise et peu amièale pour lès Provificei»-tJiiies, l'opinion de son conseil éi de son peuple se prononçait de pHis en plus pour la ebotinua^ tlon de la guerre contre l'Espagne. Barneyeldt et Justin de Nassau trouvaient d'ailleurs les voies ouvertes et les négociations préparées par trois députés des États venus à Londres dans le même temps qu'ils s'étaient rendus à Vervins. L'amiral Warmond, Jean Vari de Werken, pensionnaire de Middelbourg, e( Hottinga, député de la FrisOi' s'étaient employés avec beaucoup d'habileté à pacifier les dissentiments élevés naguère entre la reine et les États, et à se rendre son conseil favorable. Cette double tache n'avait pas été facile. Elisabeth était de mauvaise humeur; Elle vieillissait et sentait avec dépit que sa volonté ne se jouait plus aussi librement à tra* vers le monde. Les hommes, et surtout les rois, dont la vie se prolonge, se trouvent inopinément^ au déclin dé leur carrière, en présence d'une génération nouvelle qu'ils n'ont pas vu se former^ oceupéa qu'ils étaient,
DE LA République: aïix p^ys-bas 3^
dans la pleine vigueur des 9in3, à Tactipi) ^vec leuf^ pc)Or tempprains, et qqi échappe, par la spontanéité ^t la fprpe de se$ instjnpts, à Tautorité^à rin^uence, à 1$ poo^prébensiqn ipéipe de çm% qui se croient pq drqit 4^ 1^ gouverner. C'est cp gue l'on ppmiqençait à voir i l^^ fln du %y\' siècle. De upuyeaux coprants d'opifiîofls religipuse^, fje qppvpaqx pi^rtis ppjjtjqpes gurgissajefjf pt se combinaient dj^ns le monde; ]a i^einp Élisqbe^)) §()-: bissait, daqs sps relations s^vpp les ppi|)ces ^\ dans sps rapports aypc ses spjets,le sorf commun, Si^^ fi'vip cptp, sop prgueil triomphai^ par Taffai^^ef^ept dp Phi)jppe l\ et 4p l£( ppissanpe pspagpojp, ellp ne vpyajt pas sans ipqujp^pdp la frop Cj3|mp}ète fprtqpp de Ilenfi ÏY, \^ prqspérjtp trop rapide ç^es PrqvJRçes-Upips^^ p( sur^pmf ce^tp intime alljaqce des deqx Ét^^fs qqi fppdait (}? mpipiir^ popséquençe pppr J'un pt ppur Tautrq le§ prpr fpesses ou les menaces ^q T^ngleterre» Ce p'ptait pa§ npn plus saps fiipprtqme qu'ÉljsabeJ}^ cpn^idpf^ij. l'ayppir procb^ji) de soq prpprp royaume : le sapg ^^ Stuar|, substitué au sang des Tudpr qu'ejlp avait laissé §g glappr 4^ns sps yejnes; le fijs de sia rjyaJe appelé par sa faute à régner en sa place, et destiné à gouverner de plus yasfes terrj^pirp^ SH^Çlle q*ep ayait juipai^ possédé elle-même. A diverses reprises et de diverses façons, Elisabeth trahissait depuis quelques années les déplaisirs que lui causait le train du monde. En* apprenant l'abjuration de Henri IV, elle avait versé d'abondantes
larmes ^ ; et lorsqu'elle avait vu ce sage et désormais puissant prince tendre une main forte et généreuse aux Provinces-Unies, elle était entrée en dépit et s'était jetée à la traverse par tous les moyens, exhortant le roi de France à ne pas traiter d'égal à égal avec ce petit peuple à peine échappé à la servitude, avec ces Etats factieux, qu'elle considérait ou affectait de considérer comme de turbulents démagogues ^. Elle avait fait plus : pour rappeler aux États-Généraux leur dépendance et la sujétion où elle prétendait les tenir, elle avait réclamé, elle réclamait encore impérieusement le payement de la dette qu'ils avaient contractée envers elle ; et comme l'acquittement immédiat et intégral d'une somme aussi considérable n'était pas chose possible, elle leur faisait sentir de la manière la plus offensante qu'il ne tiendrait qu'à elle de leur imposer la loi, au moyen des places fortes qu'elle occupait dans la Hollande et la Zeelande. Tout récemment encore (15 94), elle avait laissé éclater sa mauvaise humeur en voyant les États- Généraux choisis par le roi d*Écosse comme parrains de son fils premier-né, et elle avait tancé vertement les
1. Pour se distraire du chagrin que lui causa cette abjuration, cette reine, lettrée comme la plupartdes personnes de son sexe au xvi^ siècle, se mit à traduire du latin en anglais Fouvrage de Boëce : De Consolatione .
2. On voit dans un discours de lord Warmond à la reine comment il s'efforce de* détruire ses préventions et lui démontre que les Provinces-Unies sont une République, il est vrai, mais une République, amie des rois et qui a elle-même un prince à sa tôte. Cerisier, t. IV.
ambassadeurs de la République au sujet des présents qu'ils apportaient au petit prince, disant que de telles magniiScences ne convenaient guère à un État endetté, redevable de si grosses sommes aux alliés sans lesquels il n'aurait jamais pu se tirer de peine. Toutefois, malgré ces dépits et ces colères d'un caractère altier, aigri par rage, Elisabeth était trop grande reine pour ne pas examiner mûrement cette grave question de paix et de guerre que lui soumettaient les États. Depuis l'arrivée de lord Warmond, on en délibérait dans son conseil. Lord Burleigh, constant champion de la paix, et le comte d'Essex, passionné pour la guerre, débattaient avec vivacité les avantages et les dangers de Tun ou de l'autre parti, se plaçant, l'un au point de vue de l'épargne du trésor, de la politique intérieure et tout insulaire, l'autre au point de vue de l'honneur et de l'influence européenne de la jGrande-Bretegne. Le parti de Burleigh s'attachait surtout à exciter dans l'esprit d'Elisabeth, qui n'y était que trop disposée, les susceptibilités et les jalousies royales. Il montrait la Hollande s'enrichissant par la guerre, attirant à soi, au détriment des autres nations, tout le monopole du commerce ; il accusait les Provinces-Unies de s'être cantonnées à la façon des Suisses ; il reprochait enfin aux États-Généraux de détruire la vraie religion par leur tolérance à souffrir toutes les sectes ^ Le parti d'Essex, au contraire, in-
1- Cette accasatioQ était tout à fait dénuée de fondement, car on
sistaît sur l'impossibilité de se récpncilier avec m epnemi tel que Philippe, et de compter sjir ux\^ paix sûre avec un prince plein de duplicité que le pape fjéliait, quand il lui plaisait, de ses serments. Il disait que, si j'oq abandqnnait les Provjnces-Unies à la merci du roi d'Espagne, celui-ci deviendrait pour l'Angleterre un voisin formidable et que. au moyen de l'impiense puissance navale qu'il acquerrait en devenant maitre de la
marine hollandaise, et aussi par le concours des j^ujets catholiques de l'Irlande et de l'Angleterre, il ne jui serait pas difficile d'envahir le royaume. Des (Jeux côtés on s'animait. On en venait aux personnalités, aqx paroles offensantes ; de par et d'autre on publiait, çeloi) la mode du tepips, de3 Apologies. La reine écputajt et semblait indécise; mais bientôt la niort de Purleigtf (14 août 1598), la persuasion de Barneveldt et surtout la nouvelle de la sigpature du traité de Veryins. firent pencher ]^ balance vers le parti de la guerre; et, le 26 août 1S98, la reine signa à Westminster un traité d'alliance offensive et défensive ayec la République. Par ce traité, Élisal^eth abrogeait toutes les copditipnç incompatibles avec l'indépendance des États, qu'ils avaient acceptées au temps de Leicester: elle consentait à ce que les troupes anglaises fussent commandées paf de5 généraux de la République ; à ce qu'jl i^'y eût plq3 désormais de commissaire anglais présent aux séances
ne tolérait à ee moment, dans les Provinces-Unies, d'autres religions dissidentes que la religion luthérienne et là secte des Mennonitas.
4u cop3ei] d'IËtat. ^lie réduisait enfin la dette au c)^iffre ^p ^OO,P0P liyres sterling, payables à d'assez longue? échéance^, ^.es ptats-Génpriapx, en revapcl^e, s'engar geajent à jpjfiflfe quarjamte navires, cinq rnijje fsfntfiS' 3ins et cinq pents cfievau^ à toutes les e:^péditiops que la reine entreprendrait contre F^spagne, et renopçaiept au subside anpuel 4e l^Q, 000 livrps sterling qu*ÉIisabjBth leur avait i^v^ym jusqu'alors. Ce traifé^ (rès-avantageux pour 1^ f^épublique^ et les assurances que le rçi Henri s'en^press^ 4® leur faijre porfpr par Çii^^pva) apfès la cpppl^sjop du traité de Vefyin^, achevèrent de rassurer les États, et ils se préparjèreqt ayec cpf^fiapcp à la continuatipp de la guerre.
JjSf pubjicatiop dP Ja paix de Yefvips fut sif jvje* j^e près p^r la déplaration dq rpî d'Espagne, qiji transféfjait à j'Infante Isabelle-Çlaire-Eqgppje, sa fille, à Tocc^sîpn de sqp mariage avpp Tarcliiduc Al})prt 4'A^" triche, la souverainejlé des fays-B^s et ^e la corp^ de Bourgogne. Nous ^vons vu que Pljjjippe II attepdqit de ce mariage et de cetfe renonciatipn de grands jBlfets. Il p'avait jamais considéré dar^s le soulèvement des provinces bataves et dans l^i fermentation constante des provinces wallonnes Tactiop profonde du génie pational; il n'y voyait encore, après qqarante années de lutte, que la puérile obstinatiop de ces peuples à vouloir être gouvernés par un prince qui fut à eux seuls et qui parût indépendant de la monarchie ÊiPïgnpl?- Çwnae péanippins i| ptait forcé df recpp-
naître que cette obstination ne se pouvait vaincre par les armes, et que, par suite des événements qui l'avaient servie et de ceux qui se préparaient encore, elle devenait de jour en jour plus menaçante, Philippe II avait délibéré de lui faire un sacrifice politique en aliénant pour un temps, de la monarchie espagnole, les Pays- Bas, afin de les conserver plus sûrement à la maison d'Autriche. Dans ces vues, ayant obtenu du pape, qui se flattait aussi de voir les provinces protestantes s'accommoder d'un prince autrichien et rentrer peu à peu^ par cette voie détournée dans l'Église romaine, les dispenses nécessaires au cardinal-archiduc, Philippe 11 fit dresser les articles du contrat. Ces articles portaient en substance que le roi d'Espagne renonçait, pour lui et ses successeurs, aux Pays-Bas et à la comté de Bourgogne; qu'il les donnait en dot à l'infante pour en jouir conjointement avec son mari, à titre de fief et d'arrièrefief, à la condition que les princes issus d'eux seraient admis à leur succession ; qu'ils jureraient de ne tolérer point d'autre religion dans leurs États que la religion catholique, apostolique et romaine, et qu'ils interdiraient absolument à leurs sujets la navigation dans les Indes. S'il ne venait point d'enfants de ce mariage, tous les droits cédés par Philippe II à sa fille devaient revenir à la couronne d'Espagne.
Aussitôt que ce contrat et les autres actes nécessaires à sa prise de possession furent arrivés à Bruxelles, l'archiduc Albert y convoqua un simulacre d'États-Géné-
raux (18 août 1598), qu'il eut soin de tenir en respect par Ja présence de six mille hommes de troupes, et se fit reconnaître par eux comme leur souverain. Ainsi que la cour de Madrid l'avait espéré, le peuple wallon témoigna beaucoup de joie en apprenant qu'il aurait désormais un prince particulier, sans songer que l'Infante, qui n'était pas de la première jeunesse, pourrait bien n'avoir pas d'enfants, et qu'en ce cas prévu les Pays-Bas retourneraient à la monarchie espagnole. Mais Teffet qu'on s'était promis de l'abdication de Philippe II sur les Provinces-Unies ne répondit pas à l'attente et fit voir qu'on ne connaissait pas encore en Espagne, après tant de signes manifestes et une évidence si prolongée, toute la profondeur des haines nationales, toute la force de l'esprit de liberté qui avait pénétré tous les rangs et tous les États de cette petite, mais indomptable Répubhque. Les lettres que l'archiduc écrivit aux États de Hollande et deZéelande (28 août 159 8), pour leur notifier son avènement et les engager à la soumission; les exhortations que le prince Philippe-Guillaume d'Orange, le duc d'Aerschoot et d'autres seigneurs wallons adressèrent dans les mêmes vues au prince Maurice, demeurèrent sans réponse. Des lettres privées de Philippe à l'archiduc, interceptées et publiées par les États-Généraux, de nouveaux attentats contre la vie du prince Maurice découverts et châtiés, firent connaître au peuple la perfidie cachée sous ces apparences de réconciliation. Elles raffermirent dans tous les cœurs la résolution de
i5S HISTOIRE DES COMMENCEMENTS
n^accepter ni paix ni trêve de TEspagnol et de continuer la gaerre jusqu'à la dernière extrémité plutôt que de rentrer jamais sous l'obéissance d'un tel maître.
Pendant que le^ Proyinces-Unies s'afrernii834ient dans la résolution de périr plu^pt que de rien céder ^ la hauteur espagnole, le roi Philippe II, tombé malacjp, et qui sentait sa fin s'approcher? souhmlant d^ pouvoir assister encore à la célébration du mariage de sa fille, bâtait la venue de l'archiduc Albert. Celui-ci, relevé par le pape de ses voeux ecclésiastiques, avait solennellement déposé 1^ pourpre et le chapeaq de cardinal sur l'autel de Notre-Dame de Hall ; ij ays^jt résigné en faveur de don Garcia de Loaïsa, précepteur dp l'infaqt fils de Philippe II, l'arcbeyêché de fo]èdiG ; puis, ayapf repijs le gpHverneiflpnt provisoirp de §es États ? sqn cqusin le psjrflinal -^ndrp d'-^utricbe, évêque (le Çopstapce, la co|^d|iite des arméesi à François MeRdpz^, amiral d'Aragon, il ^vait prjs la foute ^\\ V\d\ ; iqai^ à peine élait-il arrivé à Ferrare, qu'il y ayait appris la mort du roi d'Espagne. Après un règne de quarante-trois ans, pendant lequel il p'av^it pas connu le repos, pjiiiippe II dprmait eufiq sous les yoùtes de rjlscurial, sfuprès de l'empereur Cbarlesrûuint, soi} père et son maitre. Il était n^prt comme il avai( vécu, dans des sentiments profpnçls de piété filiale et de piété cljrétjpnflp, ayec upp inaltérable cqnstance (J'âme, ayep
DE LA RÉPUBLIQUE AtJX PAtS-BAS ijé
une présence d'esprit, avec une solennité vraiment royales. Péii touché des souffrances de sa chait^ ifu'il voyait tombée en pourriture, sans fègrèt pbiït les grandeurs têi+estres t|d'il liii fallait quitte*^, lé foi catholique n'âyàit exprimé en mourslnt que dés fièriâêëâ dignes du mdtlde supérieur dont il touchait le àettU. Pai* un dernier respect pouf la thémoife de sdtt pêré, à laquelle il était resté toujours si fidèle, il ô'était fait apporter^ aux approches de Tâgonie, le crucifix qtle Charleâ-Quint avait tenu entre ses maiUs mourantes et la discipline do pénitent dé Yuste, teinté encore dti sang impérial. Il avait remis à Tinfant les instructions royales de saint Louis à son fils Philippe, qu*il avait copiées longtemps auparavant, à cette intention, de àsl propre main ; il avait passé lui-même au doigt de Tirifaute un diamant de grahd prix qiiMl tenait pour elle de sa mère^ Elisabeth de FrancjB ; il avait ordonné ses funérailles, reçu les sacrements selon le rite particulier en usage pour les princes d'Espagne, et rendu enfin le dernier soupir avec le calme que donnent une conscience pure et une fol véritable. Philippe II, en effets mourait plus assuré de son salut que ne Tavait été Charles-Quint. Bien qu'il eût plus d'une fois, comme Tempereur, assisté aux revers de ses armes et de sét politique, il n'avait pas, comme lui, transigé avec les ennemis de la foi, ni souffert dans ses États la moindre altération du règne de Dieu. S'il n'avait pas réussi dafis le dessein gigantesque de rétablir par toute TEq-
rope l'unité des croyances, du moins n'avait-il jamais pactisé avec l'hérésie, et laissait-il à son fils un royaume où l'intégrité de la foi n'avait plus rien à craindre. On a reproché à Philippe 11 le zèle aveugle et cruel de sa politique. Il n'a pas été difficile de montrer quel préjudice il s'était porté à lui-même et à TEspagne en s'acharnant, comme il l'avait fait, à détruire dans ses États, et s'il se pouvait dans l'humanité, la liberté de conscience ; en persécutant partout à la fois, d'une extrémité du monde à l'autre, avec une rigueur implacable, les musulmans, les juifs, les hérétiques et les idolâtres. Mais on n'a pas peut-être assez considéré, en condamnant par ses effets la politique de Philippe II, que cette politique, semblable à celle de Charles -Quint, n'était pas l'expression d'une volonté personnelle, variable selon l'événement, mais le génie même de toute une nation, le produit d'une longue suite de siècles, l'idée essentielle, invariable de la monarchie catholique, telle que l'Espagne l'avait conçue et devait la défendre jusqu'à la dernière goutte de son sang, comme un peuple défend sa nationaUté et son honneur. Avant que de porter un jugement trop sévère sur le roi Philippe, il faudrait se remettre devant l'esprit le tableau de ce grand champ de bataille, de cette immense action où fut engagé tout le xvi® siècle, qui devait finir, il est vrai, comme tous les combats, par un affaiblissement des passions et des forces en lutte dont profitent les esprits tempérés pour chercher
la conciliation et la paix, mais qui, à ses commencements, devait avoir ses champions obstinés et ses inébranlables martyrs. Philippe II combattit, dans cette vaste arène, pour le dogme ébranlé de Tunité catholique et monarchique, avec une sincérité et une ardeur de foi égales au dévouement du prince d*Orànge pour la liberté protestante et républicaine, et qui, s'ils ne peuvent plus exciter nos sympathies, ont droit du moins à nos respects. Si ce prince, fidèle représentant d'un dogme trop absolu pour triompher, ne nous paraît pas aujourd'hui un grand politique, c'est qu'il fut un croyant zélé; s'il manque de prudence humaine, c'est parce qu'il se tenait trop assuré en l'assistance divine ; s'il nous inspire d'insurmontables répulsions, ce n'est pas qu'il ait manqué de grandeur morale, c'est parce que le principe même où il puisait cette grandeur est aujourd'hui effacé, retranché du monde, par les lois mieux connues de la conscience humaine.
Philippe 111, âgé de vingt ans à peine lorsqu'il monta sur le trône, n'héritait ni de la hauteur d'âme, ni de la forte personnalité de son père ; mais les favoris qui gouvernèrent en son nom exagérèrent encore, s'il était possible, le zèle catholique et le ressentiment royal qui avaient inspiré toujours la politique de Philippe II dans les affaires des Pays-Bas. Croyant porter un coup mortel à la République, dont la prospérité provenait
25é ËiSTOIRE DES GOMlkËNGËMENTS
tout entière du commercé, et particulièrétaent du commerce avec l'Èspàgrie, le nouveau toi éë hâta d'ihtëMîré à ses sujets espagnols et flalmaftds lé trafic avec les Provihces-Uniës, que thilijiiié II avait toléré, ^àisàiit faire une rigotireuse recherche dé tdiis les hiai*chahds, patrons ei matelots hollandais qui se trouvaient dariS sèâ ports, il lés fit condamner, les unis à mort, les
autres à la prison jjerpétuelle ; un grand nombre, aptes avoir silbi là torture, fut envoyé sur les galères pour y faiiïer avec les esclàVes. Êans le même temps, on apprenait aux Pays-Bas qu'une flotte nombreuse s'éqûipiait eh Espagne, et Ton ignorait si elle était simplement destinée â escorter là flotte des Indes, ou si l'on né projetait pas, comme au temps de rArmàda, quelque invasion. Ces nouvelles et ces incertitudes causaient de vives appréhensions aux Ëtats-Gériéraux. Ils avaient toutes raisons de craindre que le peuple, parmi lequel se recrutaient en si grand nombre les mariniers, n'eût beaucoup à souffrir de la cessation du commerce avec l'Espagne et que les marchands aussi, privés de leur plus fructueux négoce, ne quittassent la Hollande pour aller s'étaWir dans un pays en paix avec Philippe. Mais dans ce gouvernement si profondément national, dans cette assemblée d'hommes simples et confiants dans leur droit, plus les craintes étaient grandes, plùâ aussi les résolutions devenaient intrépides ; plus les âmes étaient émues du commun danger, plus elles se livraient hardiment à la fortune de là République. Les
DE LA RÉPUBLIQUE AUX PAYS-BAS â5T
États-Généraux répondirent à Tinterdiction lancée par Philippe III sur leur commerce par l'armement d'une flotte considérable, à laquelle ils commandèrent d'aller ravager les côtes d'Espagne et d'Afrique et d'assaillir, partout où elles les rencontreraient, les navires des Indes. L'entreprise était sans précédent, on s'y prépara avec diligence la: flotte espagnole mouillait encore dans le port de la Gorogne, quand l'amiral Van der Does y parut (H juin) avec soixante-treize beaux navires qui portaient huit mille hommes de guerre. La frayeur fut grande parmi les habitants, qui prirent aussitôt la fuite, mais les vaisseaux espagnols ne sortant point du port où ils étaient sous le couvert de la forteresse et protégés par une nombreuse artillerie, il fallut renoncer à les attaquer. Alors la flotte hollandaise fit voile vers le cap Vert, et, le 26 juin, elle mettait à l'ancre devant la grande île Ganarie. Après avoir inutilement tiré sur les châteaux- forts occupés par une garnison espagnole, Tamiral résolut de tenter le débarquement, et, comme ses chaloupes ne pouvaient approcher assez près du rivage. Van der Does, donnant l'exemple de l'audace, se jeta le premier à la mer ; malgré son excessive corpulence, il nagea vivement sous une pluie de balles et de flèches dont il reçut trois atteintes, et, suivi des plus intrépides entre les siens, il gagna le rivage, dispersa la multitude des indigènes qui cherchaient à lui en disputer l'abord et marcha contre le château. Sans attendre l'assaut, la garnison, surprise de la soudaineté
m HISTOIRE Df:S COMMENCEMENTS
de ces ennemis inattendus dont elle ne connaissait ni le nombre, ni la fo^^ce, ni les desseins, s^ rendit à eui^, et les Hollandais, avçc une joie ég^ile à la témérité et à la nouveauté de leur entreprise, plantèrent, au cri de Vive Maurice I à la placQ mêm^î PÙ la bannière de Castilla flottait sans être inquiétée depuis un siècle, le drapeau orange de la Hépublique. Le dimanche suivant, tout l'équipage, descendu à terre, entendit, dansTéglise catholique, le prêche calviniste d'un ministre frison ; puis, après avoir rendu grâces à Dieu, les Hollandais firent sauter en Vair les quatre châteaux-forts qui défendaient la place ; \h mirent le feu à la maison de l'Inquisition, d'fiù l'embrasement se communiqua à toute la ville, et, remontés à bord, ils se dirigèrent vers Pîle de flomera, où ils firent une descente qui eut également pour effet le ravage et l'incendie. Van der Does, cependant, qui n'estimait pas bien utile de conduire avec lui à grafrida frais une flotte immense pour dévaster quelques villages où l'on ne pouvait pas songer à s'établir, ayant délibéré d'aller attaquer les Portugais dans leurs possessions du Brésil, renvoya aux Pays- Bas la moitié de ses navires (21 juillet 1599); puis, naviguant vers le sud avec trente-six vaisseaux choisis entre les mieux armés, il longea les côtes de la Guinée jusqu'à la hauteur de Saint-Thomas. Là, tenté par les plages agréables de cette île qu'il découvrait pour la première fois, il fit prendre terre à son équipage, afin dQ te reposer et de te rafraîchir ; mais ce cepos lui
D£ LA RÉPUBLIQUE kV^ PATS-ffAS 9j||
devint faUl. Les Hollandais trouyèrenl- à la vérité spr ces riv^s ^es eaux doqcps, de beaiix ombr4g09, d^ afbrps chargés de (fuifs 4p|icieux, fie§ poissûn3, 4^? Qjse^lix de; mille espèces yarjpes, quj a'approcbaieq^ s^^s crainte de TboRîme, tpqtes le^ sédup^jpns ^'\\m nature primitiye sous \xj[\ printeipps étprn^L ||fai9 çp^ bpïïime^ du Nord, ravis, l}prs 4'ei}3^-fï}êpîes ^ {^ yu^ des splppdepfs tfopicalps, ne supent pqs Q^ jouir gypç tempérance. Jls savourèrent par fous jps spns ceg| 4éT lices ipconnups. L'ivressp de§ 3uc§ et les bruljiptpf épipes qui les excjtaient à des voluptés ^nxquel|e§ )p9 pf)œurp jnqppentes des indigèpps ne Ips conyiaient que trop, les ardeurs du ]Mi4ief jpsqu'qu somipeil auqqpf ils s'aj^andQpn^ient duran( ]^ fr^jcl^pur des nui^ ptoir Ipes» sur qo spl dont les exjisflai^pns §))btile8 les péné-^traient d'upe langueur mortellp^ tout se tou^qa biputpf pour pes enfants des b^urpes septen^iopales en poispn fpoffel. J^a cit^dellp portugaise Pavoasa s'étajt rBq4u3 suf la spmm^ipu de Van dpf Does, s^prps que sou gpu-. vprneur, don Francisco de l^puesè§, pu' ^'Ç fait prispnr nier. Les indigènes, qui avaieqj. voulu rpprendre la vjUe, avaient été repoussés ds^ns Ipurs montagnes; {uais }a maladie et Tépuispment difpipu^iiept les forces hollandaises avec une si effrayante rapidité qu'il fallut renoncer k prq^ter de pes av£|ptÉ|ges. La mor( de Van der Dpps, enlevé en 4eux jour^, ficheva d'?(l)2j}tre les esprits. t.'pquip8gp dpip^pda § grands cris qu'qu iHJ fU quitter ces rives fatales. Ce ne fut pas pourtant sans
avoir rendu, avec toute la pompe que permirent les circonstances, à la dépouille de son amiral les devoirs suprêmes. Craignant qu'après le départ de la flotte le corps de Van der Does ne fut livré aux outrages des indigènes, on descendit son cercueil dans la terre à des profondeurs presque inaccessibles, et, afin de conserver tout ensemble et de protéger contre la profanation cette dernière demeure d'un chef illustre, on amoncela sur le sol, fcomme un mausolé informe et vengeur, les débris de la ville incendiée. Puis les Hollandais se rembarquèrent. Mais ils n'échappèrent pas au mal qu'ils croyaient fuir. Les miasmes pestilentiels, portés sur les navires, s'y développèrent avec une intensité croissante et y causèrent les plus affreux ravages. Bientôt la flotte sans capitaines, sans matelots pour la conduire, devint lejouet des tempêtes. Les vaisseaux, désemparés, dispersés, voguèrent au hasard ; ils abordèrent à de longues distances, les uns sur les côtes d'Angleterre et d'Irlande, les autres sur celles de France; bien peu furent portés jusqu'en Hollande. Une escadre de sept vaisseaux, détachée de la flotte au départ de l'ile de Saint-Thomas, et qui avait fait voile vers le Brésil, n'eut pas un sort beaucoup meilleur. Elle ne rencontra pas la flotte des Indes, dont la capture avait été le but principal de l'expédition de Van der Does, et revint en l'an 1600, très-affaiblie par les maladies contractées dans les pays chauds, ayant porté assez de dommage à
rennemi, il est vrai, mais sans presque aucun profit pour elle-même.
Toutefois, malgré la malheureuse issue de cette expédition, malgré la ruine et le deuil qu'elle causa dans un grand nombre de familles des Provinces-Unies, elle ne laissa pas de produire un effet moral qui devint une force pour la République. Pour la première fois, l'Espagne s'était vue, non pas menacée encore, mais sérieusement troublée par une apparition ennemie sur ce lointain Océan dont elle avait traversé jusque-là, dans une sécurité parfaite, de l'orient à l'occident, les vastes solitudes. Elle sentait qu'elle allait avoir à défendre, contre les hommes, des trésors que la tempête lui avait seule disputés jusque-là. L'Espagne n'entrevoyait pas sans effroi ces Hollandais, si méprisés naguère, qui lui avaient arraché pied à pied, lambeau par lambeau, un coin de terre stérile, s'avancer maintenant avec audace, sur de superbes navires, vers les contrées mystérieuses d'où elle tirait depuis un siècle cet or qui faisait aujourd'hui toute sa puissance et avec lequel elle se flattait encore d'acheter la domination du monde.
Cependant les archiducs (c'est le nom que l'on donna dans les Pays-Bas à l'infante Isabelle et à son mari) avaient fait leur entrée à Bruxelles (6 septembre 1599). Ils trouvaient leurs États tout en détresse et en discordes. Le peuple des campagnes était horriblemen
162 HISTOIRB D£S COMMENCEMENTS
foulé par une armée dans laquelle, faute de paye^ il n'était plus possible de maintenir la moindre discipline; la noblesse^ plus irritée que jamais contre les insolences étrangères, ne cachait plus Tenvie qu'elle portait à l'indépendance des Provinces - Unies ; les chefs de l'armée se renvoyaient l'un à l'autre le blâme des échecs de la dernière campagne ; les garnisons wallonnes et allemandes se mutinaient^ réclamaient les armes à la main de longs arrérages^ et leur exemple paraissait si contagieux que l'on n'osait employer à les réduire les troupes espagnoles restées fidèles, dans la crainte de voir ces désordres partiels s'accroître et tourner en un soulèvement général. Déjà le prince Maurice, profitant des circonstances, s'était rendu maître des forts de Wachtendonk, de Crèvecœur et de Saint- André; moyennant la so\nme de 123,000 florinS) il avait engagé les garnisons de ces forts au service desProvinces^Unies\ Tout à coup, comme on le croyait en marche vers le Rhin, on apprenait que le Stadhouder entrait en Flandre et qu'il s'avançait vers Ostende à la tète d'une belle armée.
Les États-Généraux de la République venaient de résoudre cette invasion. Lassée de frais en pure perte et des lenteurs interminables de la guerre défensive,
1. Il forma de ces troupes un régiment qu'il plaça sous les ordres dé son frère Frédéiric-henri. L'aspect sauvage et misérable de ces honàméft, Idirsqti'iU sortirent dé la plaéë î)oiir se ri^iAdte, frài)^a lés soldats hollandais, qui leur donnèrent le nom de Nouveaux Gueux,
poussée par la Zeelande surtout qui souffrait beaucoup plus que les autres provinces à cause du voisinage de Nieuport, de Dunkerque et de l'Écluse^ d'où les galères royales et les embarcations de pirates sortaient à l'im-^ proviste pour ravager ses côtes et poursuivre sa marine marchande^ et- qui demandait à grands cris que l'on éloignât le théâtre de la guerre^ l'assemblée de La Haye avait envoyé des députés au camp de Maurice^ afin de lui exprimer le vœu public et de l'engager à s'y conformer en frappant un coup inattendu, en livrant quelque grande ^bataille. Rien ne semblait plus simple aux députés des Etats. Les brillants faits d'armes de Maurice les avaient éblouis ; ils croyaient aveuglértieill au génie et à la fortune de leur jeune général; et c'était avec une assurance parfaite, sans trop s'inquiéter des moyens, qu'ils venaient lui commander de combattre et de vaincre. Maurice ne partageait guère cette assurance et ne s'abusait pas sur les risques de l'entreprise à laquelle on venait le pousser* Mieux que personne il avait le secret ie sa force et de sa gloire ) il savait de quelle rencontre capricieuse de calculs et d'accidents se compose la fortune guerrière. Dans là circonstance présente, il jugeait téméraire à l'excès d'aller provoquer chez elle l'armée royale et de lui offrir une bataille qu'elle pouvait perdre presque impu^ nément^ tandis que l'armée républicaine vaincue laisserait les Provinces-Unies sans défense, en proie à l'invasion étrangère. Mais le judicieux Stadbouder^ qui
reconnaissait dans les États-Généraux ses maîtres, et qui retenait encore sous le respect et Tobéissance ses volontés impatientes, ne résista qu'avec modération à la voix des députés. Fidèle en cela à la politique de son père, qui toujours s'appliquait à éviter la dispute, il laissa le comte Guillaume de Nassau soutenir une discussion très-vive pendant laquelle il sut paraître indifférent, se bornant à présenter aux députés une longue énumération des forces en hommes, en chevaux, en artillerie, en munitions et en argent, sans lesquelles il ne pouvait, disait-il, tenter, comme on le lui demandait, d'envahir la Flandre. Mais ni les raisons du comte Guillaume, auquel ses grands talents militaires donnaient une autorité incontestée, ni les exigences du prince Maurice, ni la pensée des sacriflces publics qu'elles allaient imposer n'arrêtèrent les États. Ils entendirent sans s'étonner le comte Guillaume vanter la valeur indomptable et l'ordonnance supérieure des troupes.espagnoles ; énumérer, sans en oublier aucune, toutes les chances contraires d'une bataille livrée hors de propos ; 'démontrer l'avantage qu'aurait la République à laisser les forces de Mendoza se consumer dans des sièges et à ne les attaquer qu'en des rencontres à peu près certaines. Ils ne s'émurent aucunement enTentendaùt conclure que les chefs qui auraient fait courir à la République et à l'armée un tel hasard, eussent-ils même un plein succès, seraient encore grandement répréhensibles. Le silence obstiné du prince Maurice ne dissuada
pas mieux les députés que l'éloquence de Guillaume. Les États s'empressèrent de fournir tout ce qu'on leur demandait en argent et en troupes, et Ton vit en cette occasion l'étrange spectacle d'une assemblée politique toute frémissante d'ardeur belliqueuse qui poussait en quelque sorte malgré eux au combat déjeunes et hardis capitaines.
Le 2 juin de Tannée 1600, Maurice réunissait à Rammekens une armée de douze mille hommes qu'il embarquait sur l'Escaut, dans le dessein d'aller par mer attaquer Nieuport. Les députés des États l'accompagnaient. Ils voulaient être témoins des opérations militaires dont ils avaient pris l'initiative ; ils se flattaient d'assister à la prise de Nieuport, de Dunkerque et de l'Écluse, but principal des opérations qui, une fois atteint, eût rendu la République maîtresse de la mer, et, par la mer, maîtresse de la Flandre. Le vent contraria ce premier dessein. Redoutant pour son armée une traversée trop longue et trop pénible, Maurice remonte l'Escaut et vient débarquer avec ses troupes vers le Sas ou havre de Gand (22 juin), prend le fort Philippine; puis, ayant donné ordre d'aller l'attendre devant Nieuport, il s'avance à marches forcées vers Bruges, passe sous le canon de la ville, pousse plus avant, dégage Ostende par la prise du fort Albert, y entre pour conférer avec les députés des Etats qui s'y étaient transportés par mer, et de là vient planter ses tentes devant Nieuport (!•' juillet). Dans le même temps,
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la flotte hollandaise, commandée parTËmiral Warmont, paraissait en mer ; elle venait de combattre les galères royales devant l'Écluse et entrait victorieuse dans le port d'Ostende, pour appuyer au besoin les mouvements de Tarmée de terre.
Assise à une demi-lieue de la mer, entre Ostendc et Dunkerque, dans un lieu bas et marécageux, coupé du levant au couchant par la rivière d'Yperlé qui formait un havre à son embouchure^ Nieuport était une ville de médiocre grandeur, bien fortifiée, et défendue alors par une garnison nombreuse. Maurice espérait, en l'attaquant vivement, pouvoir la réduire avant que Tennçmi eût appris qu'elle était assiégée. On n'entendait pas dire que l'archiduc eut rassemblé des troupes ; et, comme Maurice avait fait occuper par les siens tous les forts qui commandaient les passages entre Bruges et Nieuport, il se croyait certain de conduire les opérations du siège sans être inquiété. Il n'en fut pas ainsi. L'archiduc, averti de la marche de Maurice, avait aussitôt quitté Bruxelles ; il était venu à Gand, où, sans perdre une minute, il avait réuni un nombreux corps d'armée. Rien n'avait été épargné pour hâter l'arrivée des troupes et pour les exciter au combat. On avait persuadé les mutinés retirés à Diest, par des prières, des promesses et des gages de toute sorte, de se rendre encore une fois sous le drapeau royal, en tolérant que ce fut sous la conduite des chefs qu'ils s'étaient donnés eux-mêmes; l'archiduc déclarait qu'il irait en personne
à la rencontre de Tennemi ; Tinfante à cheval avait passé dans les t*angs ; elle avait .harangué la troupe d'une voix virile ; elle avait évoqué la mémoire de l'em*pereur Charles-Quint^ son aïeul^ exhorté les soldats qu'elle appelait c les siens » à marcher sous la bannière de la sainte Église rotnaine contre les hérétl-^ ques ^ ; et^ montrant du geste ses joyaux précieux, elle s'était écriée qu'elle engagerait tout^ qu'elle vendrait jusqu'à ses pendants d'oreille pour payer royalement la victoire. Ces paroles avaient enflammé les passionades soldats catholiques ; ils avaient juré de vaincre, d'exterminer l'armée rebelle sans faire aucun quartier, sinon aux deux Nassau^ réservés à l'avance pour le triomphe de l'archiduc, et que l'infatite se réjouissait déjà de voir entrer captifs dans Bruxelles ** Puis l'archiduc s'était rendu à Bruges^ où l'amiral d'Aragon, Don Luis de Velasco, le comte Frédéric de Berghes avaient de leur côté réuni des troupes ; et Tarmée royale, forte de 15,000 hommes, s'avançait rapidement vers Ostende. L'archiduc annonçait tout haut qu'il allait chercher Maurice pour lui livrer bataille en rase campagne s'il osait l'accepter ; sinon, qu'il le forcerait dans son camp, le jetterait avec les siens à la mer, le poursuivrait jusqu'au fond de ses bateaux, pour l'en re-
1. oc Souvenez-vous, s'écriait-elle, que les hommes valeureux sout plus obligés à ta vertu qu*à la vie, » (La Pîze.)
2. « Il lui tardait beaucoup, écrivait l'infante à son mari, de voir avec quel visage Taborderait le prince Maurice. » (La Piz£.)
de8 HISTOIRE DES C0MJIE5CEME5TS
tirer couvert de bonté ; et ces rodomontades e^)agnoIes ayaieot été suivies i>ientôt de tels effets qae rarmée royale ne mettait pas en doate leor entier accompli^ement. Tous les forts sur lesquels Maurice comptait pour arrêter l'ennemi, surpris en moins de rien, ouvraient à Tannée royale un libre cbemin vers Nieuport, et Maurice apprenait qu'elle n'était plus qu'à quatre lieues de son camp avant même d'avoir connu qu'elle était rassemblée.
Ces nouvelles surprenantes, apportées au milieu de la nuit par un courrier d'Ostende, jetèrent l'alarme dans le camp. Maurice lui-même fut un moment en proie à de vives perplexités. Rien n'était prêt pour faire face à un ennemi que l'on s'attendait à voir paraître au plus tôt dans quelques semaines ; les retranchements étaient à peine commencés ; les deux tiers de l'armée étaient sur la rive gauche de l'Yperlé, entre Nieuport et Dunkerque, séparés du reste par le havre que Ton ne pouvait franchir qu'à la marée basse ; et si l'on prenait le parti, pour éviter un combat trop inégal, de faire rembarquer les troupes, il était indubitable qu'à la faveur du désordre de l'embarquement elles seraient attaquées par l'ennemi et taillées en pièces. Jamais Maurice ne s'était trouvé dans une position aussi critique ; il s'en rendit compte avec sang -froid, délibéra seul, se décida vite, et, résolu d'accepter le combat, il prit toutes les mesures capables de sauver du moins Thonneur, s'il n'était plus (oinps de sauver le reste. Une
chance restait, une seule, d^arrêter Tennemi assez de temps du moins pour se préparer à le recevoir en ordj'e de bataille. Bien avant le jour (2 juillet), Maurice fait partir le comte Ernest de Nassau avec deux régiments d'infanterie écossais et irlandais, quatre escadrons de cavalerie formant ensemble environ dix-neuf cents hommes et deux pièces de canon, pour tâcher de gagner Tarchiduc en vitesse, de rompre le pont de Leffinghe, dernière position qui se put encore défendre, et de retarder ainsi, ne fût-ce que de quelques heures, le passage de Tarmée royale. Dans le même temps, Maurice prenait ses dispositions pour que les troupes restées par delà la rivière profitassent de la marée basse pour traverser le havre. Aux premières lueurs du jour, le comte Ludovic de Nassau était passé avec Tavantgarde ; et comme le prince Maurice commandait que Ton essayât de jeter un pont de bateaux de l'une à l'autre rive, afin de faciliter le passage de Tarrièregarde pour laquelle le temps allait manquer, on lui signale, à rhorizon, vers Ostende, une masse noire qui ne peut être que l'armée royale. Presque aussitôt des fuyards échappés à la nage, qui viennent se jeter dans son camp, lui apprennent la déroute du comte de Nassau. Malgré sa diligence extrême, Ernest est arrivé trop tard ; il a trouvé le pont de Leffinghe au pouvoir de l'ennemi. Un moment il a hésité sur ce qu'il avait à faire. La retraite vers le fort Albert, occupé par les troupes confédérées, serait sûre et facile ; il aurait tout
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le temps da l'exécuter, car rarcbiduc, qui se croit aux prises avec toutes les forces de Maijrice, ne se presse pas d'epgager Taction. Mais par cette retraite qui sauverait iges bataillops, Ernest livrerait au hasard d'une surprise l'armée qu'il doit couvrir at pour laquelle q^e|q^es heqres de répit sont tout. Il comprend que son devoir est d'engager une jutte, même désespérée. l\ attepd de pied ferme l'attaque des Espagnols. Par quatre fois, il force leurs bataillons serrée ; il se défend à OHtrance, il n^ recule qqe pied à pied ; mais enfin le noqf)bre l'écrase; ses cavaliers, assaillis de (pus les côtés à la fois, n'entendent plus sa voix, ils se débandent et fuient y^rs les dunes ; l'infanterie est entraînée dans leur déroutp. Poursuivie par les Espagnols, aqr ' culée à la mer, elje est impitoyablement massacrée. Un tfès-petit nombre sepleiiqent de ceux qiij pnt obéi à leur chef, ralliés par lui, se retirent en bon ordfe et rentrent dans le fort Albert.
L'archiduc est transporté de joie ; il expédie en toute hâte des coijrfiers pour annoncer aux villes qu'il a mis en déroqfp l'avant-garde de Maurice. Et, tandis que les cloches de Bruges et de Gand s'ébranlent pour répandre au loin dans les airs le bruit de ses succès, il se remet en marphe vers Nieuport. L'afmée royale, exaltée par la victoire, n'a pas demandé de fepos. Sans prendre haleine, elle s'avance à grands pas, tète levée, le| cœ,^T \\^w\^ à Isi rencontre du princp Maurice. Il se fait \diV^ déjà, le comte ^rfiest a mis d^ fpmp3 à 9?
DE LÀ RÉPUBLIQUE AUX PAYS-BAS t31
laisser battre ; on ne peut plus compter que sur cinq heures de jour; mais n'importe, toute retraite étant coupée à l'armée républicaine, c'en est assez pour la surprendre et la tailler en pièces.
Nous avons laissé Maurice sous le coup de la nouvelle apportée par les fuyards. Il n'est plus temps pour lui de délibérer. C'est à peine si la plus extrême hâte va suffire pour ranger ses troupes en bataille ; il faut avant tout qu'il cache à l'armée la déroute de son avant^garde et qu'il exhalte l'esprit du soldat, car, dans iîette journée si malheureusement commencée, il y va du salut de la République.
Maurice défend spus peine de la vie aux fuyards de parler, et les fait jeter sur une chaloupe qui s'éloigne en mer; il annonce avec beaucoup de sang-froid que le comte Ernest vient d'opérer sur Ostende un mouvement favorable qui va permettre d'attaquer l'ennemi tout à la fois en tète et en queue ; et, comme il attend le succès moins encore de la savante préparation que de la ténacité de la lutte, il résout à part lui d'ôter à ses soldats tout moyen de retraite, fait rompre le pont de bateaux sur lequel les dernières compagnies de son arrière-garde viennent de franchir le havre; il envoie enfin aux navires mouillés dans le port l'ordre de lever l'ancre et de gagner la pleine mer. Tout est dit désormais, il n'est plus de chemin qu'à travers les masses ennemies ; nul choix ne reste entre vaincre ou mourir; Maurice a fait entrer dans ses combinaisons le déses-*
poir. A ce moment critique, que sa volonté vient de rendre suprême, Maurice, dont le visage n'a rien trahi jusque-là, se sent troublé. Il fait appeler son jeune frère, il s'enferme avec lui dans sa tente. Il lui dit toute sa pensée: la déroute du comte Ernest, la perte probable de la bataille qu'on va livrer, sa propre mort à peu près certaine ; il le conjure au nom de ses jeunes années de se conserver pour la République, qui va rester sans chef; il le supplie de sauver, avec le sang de Nassau, le dernier espoir de la patrie; il lui ordonne de monter sur la flotte. Mais Frédéric-Henri a dix-sept ans. Le sang des Nassau et des Coligny afflue dans sa première chaleur à son cœur intrépide. Il ne veut comprendre d'autre devoir que celui de suivre son frère ; il repousse toute autre fortune que la sienne. A rencontre d'une résolution si ferme, Maurice ne peut pas insister. Il presse dans ses bras, sur sa poitrine émue d'une dernière faiblesse, cet enfant héroïque ; puis les deux fils de Guillaume, fortifiés de leur amitié mutuelle, s'avancent ensemble à la tête de l'armée, et le Stadhouder dispose avec calme l'ordre de la bataille.
Il s'y rencontrait de graves difficultés. La plage, rétrécie à mesure que la mer avançait, ne permettait pas un grand déploiement. Le sable mouvant des dunes amoncelées entre la plage et la plaine allait opposer à la promptitude des mouvements un genre d'obstacle presque impossible à calculer avec précision ; et Maurice n'avait d'autre appui sur ses flancs que la mer à
sa gauche, à sa droite la rivière d'Yperlé et des forts occupés par rennenii, tandis que, sur ses derrières, la garnison de Nieuport, une fois Faction engagée, pouvait, par des sorties inopinées, porter le trouble dans toutes ses opérations. Cependant, vers midi, les dispositions du Stadhouder étaient achevées. Il avait concentré son armée dans les dunes. L'avant-garde, composée principalement d'infanterie frisonne et anglaise, était commandée par sir Francis Vere et par Ludovic de Nassau ; le corps de bataille, formé en majeure partie de troupes françaises et suisses et de ces Wallons enrôlés au fort de Saint-André auxquels les Hollandais avaient donné le nom de Nouveaux Gueux, était sous les ordres du comte de Solms; le chevalier Olivier Temple avait le commandement de la réserve, composée presque entièrement de troupes allemandes. La cavalerie hollandaise, sous les ordres de Ludovic de Nassau, était distribuée, partie sur les flancs, partie en tète, partie en queue de Tarmée. Quant à Tartillerie, composée de six pièces de canon, Maurice l'avait fait hisser à force de bras sur des claies jusqu'à un point élevé des dunes, d'où elle devait protéger efficacement son avant-garde. Ses dispositions prises de la sorte, le Stadhouder veut connaître celles de l'ennemi. Monté seul sur une éminence, il considère longtemps le déploiement des troupes royales sur le rivage; puis il redescend parmi les siens, parcourt les rangs, et pour toute harangue: « Camarades! s'écrie-t-il, avec cette
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familiarité de geste et d'image qui plait au soldat, regardez l'armée qui s'avance; regardez la marée qui monte; ou bien nous allons passer tout à l'heure sur le ventre de Tennemi, ou bien nous aurons bu ce soir toute l'eau de la mer. »
Déjà quelques décharges, quelques escarmouches de cavalerie, annonçaient la bataille. Un moment cependant Tarchiduc avait hésité. [1 ne s'était pas attendu à trouver les forces ennemies en aussi bon ordre. Pendant le rapide trajet qu'il venait de faire pour les surprendre, on avait aperçu en pleine mer la flotte hollandaise qui cinglait vers Ostende, et comme on ne doutait pas qu'elle n'emportât à son bord une partie au moins de Tarmée de Maurice, Tarchiduc comptait qu'iî lui suffirait de paraître pour déconcerter le reste.
En voyant combien Ton s'était abusé, la plupart des chefs avaient ouvert Tavis de différer la bataille. Mais les soldats, exaltés par la victoire du matin, enivrés déjà par le sang répandu, s'étaient opposés au moindre délai. Les mutinés wallons voulaient regagner la faveur du souverain par de prompts exploits; quant aux fidèles Castillans, ils frémissaient à la vue des hérétiques et s'écriaient d'une voix farouche, comme leurs frères à la (Conquête de Grenade : « Quanto mas Moros^ tanto mas ganancia. » Il n'était plus possible de les retenir : il avait fallu donner le signal de l'attaque; il était environ trois heures.
Un premier choc a lieu sur la plage entre les deux
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avant-gardes. La cavalerie de Hendoza et les fantassins de Vere s'y combattent rudement. Mais bientôt la marée haute amenant quelques navires de la flotte hollandaise jusqu'à la portée du canon; ils secondent si bien de leur feu les batteries dressées par Maurice sur les dunes, qu'elles forcent les Espagnols à s'éloigner de la noer. L'archiduc change son ordre de bataille; il élargit son front, jette sa cavalerie au delà des dunes vers la plains, fait avancer son corps de bataille et le masse dans les dunes. Bientôt l'action devient générale. Tandis qu'à la droite de Maurice les mousquetaires français repoussent l'effort des troupes catholiques, le colonel Francis Vere, avec ses bataillons anglais, est vivement pressé par les {espagnols. Il a promis au Stadhouder qu'avant la fin de la journée, vivant ou mort, il aura mérité ses louanges ou ses regrets ; il tient parole. Blessé de deu^ balles à la fois, renversé à terre avec son cheval tué sous lui, il se relève, il retourne à la charge et ne se laisse emporter par ses gens qu'en voyant arriver son frère Horace, qui lui amène du renfort et prend à s^ place le commandement. Tant de valeur appelait une meilleure fortune. Mais les soldats anglais, démoralisés par la disparition de leur chef, pressés en flâne par la cavalerie espagnole, se laissent entourer; ils rompent leurs rangs, reculent; quelques-uns fuient vers la mer, dont le flot montant les saisit et les emporte. Ce désordre va se communiquer et s'étendre peut-être au rfiste d» l'armée, quan4 Maurice qui veille à tout, qui est pré-^
sent partout, détache le comte de Solms avec les cuirassiers français pour rétablir le combat. Lui-même y court, il rallie les fuyards; la lutte recommence. Aux décharges des mousquets et des carabines succède la mêlée des piques, des lances et des épées. Pendant trois longues heures, on se dispute avec acharnement, sans aucun avantage de part ni d'autre, un terrain qui fuit sous les pieds, des pentes raides et mobiles qui entraînent avec elles les plus fermes combattants, une arène brûlée qui boit le sang.
Mais soudain on s aperçoit dans les deux armées que l'artillerie de Maurice continue seule à jouer. La précaution qu'ont prise les marins hollandais, excellents artilleurs, de fixer leurs canons sur des assises en planches, leur a permis de les manœuvrer avec promptitude et de pointer avec précision, tandis que les canons de l'archiduc, enfoncés à chaque décharge dans le sable par l'effet de leur propre poids, sont bientôt absolument hors d'usage. Un autre avantage que le Stadhouder a pris dès le commencement de la journée et qu'il ne s'est plus laissé enlever, inaperçu d'abord, finit par se faire sentir d'une manière très-marquée. Les rayons obliques du soleil couchant, que l'armée hollandaise a dans le dos, aveuglent les soldats catholiques qui viennent du nord-est ; le vent d'ouest leur jette à la face des tourbillons de fumée et de sable embrasé qui les étouffent.
Mais l'archiduc, par sa présence et par son exem-
pie, ranime à tout coup ses troupes lassées. Il a ôté son casque afin de se faire mieux connaître, et toujours en avant, au plus chaud de l'affaire, s'il commande en capitaine, il s'expose en soldat. Aussi rien ne cède, nul ne faiblit; les heures s'écoulent; le sort ne prononce pas. Des deux côtés les pertes, à peu près égales, paraissent immenses ; mais on n'en tient pas compte, non plus que de la faim, de la soif, de répuisement des forces. La passion double la valeur; la religion, la patrie, Thonneur et la haine exaltent jusqu'à la rage les deux armées.
Cependant, voyant le jour qui baisse et la nuit qui peu à peu enveloppe les combattants, Maurice fait un suprême effort pour arracher la victoire; une dernière fois les trompettes sonnent la charge générale. Depuis le commencement de la bataille, sa cavalerie s'est brillamment montrée ; elle a battu sur tous les points la cavalerie espagnole. Le Stadhouder, toutefois, s'est ménagé une réserve de trois cents cavaliers hollandais, qui n'a pas donné encore. C'est sur elle qu'il corfipte pour décider du sort de la journée.
11 ne s'est pas trompé ; à la vue de ces troupes fraîches, l'armée catholique s'étonne ; les cavaliers hollandais, apercevant quelque hésitation dans ses rangs, s'élancent au cri de Victoire! A ce cri prodigieux, qui vibre au loin dans l'obscurité, les cavaliers de l'archi-. duc se croient vaincus en effet et ne songent qu'à fuir. Leur fuite jette le désordre dans un carré d'infanterie
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qni a lenu ferine jasqde^là. Maarice saisit l'instaDt. Il fait prendre en flanc ce carré par l'infanterie hollandaise; le cheTalier Yere avec ses Anglais, Dommerville avec les Français, l'attaquent furieusement. Maurice lui-même, le pistolet au poing, éntôai^é d'un groupe de jeunes seigneurs et de princes étrangers, qui se disputent l'honneur de le suitre et la gloire de se signaler sous ses yeux, livre au hasard sa vie. Frédéric-Henri combat comme un lion à ses côtés. Rien ne résiste à leui*s eoups. Tout ce qui reste endore de l'armée catholique est terrassé, culbuté. L'archiduc, blessé au visage d'un coup de hallebarde et sur le point d'être fait prisonnier^ sent qu'il faut céder à la fortune; il s'éloigne de toute la vitesse de ses chevaux, il prend la route de Bruges. Poursuivi par deux cents cavaliers hollandais, atteint à ce même pont de Leffinghe où le matin il a remporté une victoire trompeuse, il s'en faut de peu qu'il Ue soit ratnené prisonnier à Maurice; mais le conseil d'un officier espagnol, qui le décide à faire tête à l'ennemi, et la défense expresse qu'avaient les llollafldais de réengager une action, le saUvent. Il geigtlè Bruges dans la nùit^ puisGand, où l'infante le reçoit avec une contenance assurée, en Vraie fîllé de Philippe II, et relève, par sa fîeHé royale^ les esprits àbattuâ de l'armée catholique;
• Cependant Maurice^ maître d(i champ dô bàtsiillë, ënmnHi pressé^ félicité j^at* lès glehS, reste silencieux, tl est dcécendu de chëVal ; il gétit couler ded larttieS sar
ses joues. Alors, ployant le genoux : < Seigneur^ mon » Dieu, s'écrie-t-il d'une voix émue qui monte vers le » ciel dans le silence de la nuit^ que sommes-nous de-* > vant toi pour que tu aies béni nos efforts et donné la » victoire à nos armes! Gloire à toi ! à toi seul ! aujour- 3 d'hui et dans toute la suite des siècles ! >
Elle était grande, en effet, et digne d'être offerte au Dieu des armées^ cette victoire de Nieuport, qui sauvait la liberté d*un peuple. L'ennemi n'y laissait pas moins de cinq mille hommes \ Il avait perdu toute sou ar-^ tillerie, ses bagages, ses munitions, ses drapeaux, et jusqu'au coursier blanc que montait Tarchiduc et sur lequel il avait fait naguère à Bruxelles sa joyeuse entrée. Parmi leû prisonniers, on comptait un grand nombre d'officiers de marque : Velasco, Davila, Montréal, Za* pena, et enfin l'amiral d'Aragon, Mendoza lui-même. Maurice fit traiter ce captif illustre, dont la maison était alliée à la sienne, avec dô particuliers égards. Rentré dans sa tente, il Tenvoya prier à souper et s'efforça, par la simplicité de son accueil et la vivacité de son entretien, d'égayer le repas, d'en bannir la gêne; il réussit à dérider le front de Mendoza. Gomme, un siècle plus tard, Vauban voulut connaître l'opinion de Gohorn, vaincu, sur les opérations du siège de Namur, Maurice
1. Nons avons quelque peine aujourd'hui à nous figurer une grande butaillB dans laquelle trente mille homines tout au plus en viennent aux mains ; où six canons d'un côté, huit de l'autre foudroient II faut lire, pour entrer dans les idées que l'on avait alors de la guerre, lès réciU cohtémi^oraiiis, teUA db Girdiiuë pàt ékétnple.
280 HISTOIHE DES COMMENCEMENTS
interrogea l'amiral d'Aragon sur les mouvements stratégiques de Tarmée républicaine : « Que vous semble, monsieur, lui dit-il de ce ton un peu railleur qui lui était familier, et faisant allusion à quelques paroles dédaigneuses de Tamiral lors du siège de Bommel, que vous semble de ces apprentis soldats, qui n'étaient bons tout au plus qu'à gagner des villes et ne devaient jamais risquer de paraître en rase campagne? » Mendoza donna de sincères louanges à la valeur des soldats formés par le Stadhouder; il vanta surtout Tordre qu'ils avaient gardé durant la bataille, Texcellence des artilleurs hollandais, la valeur des cuirassiers français, l'intrépidité des Nouveaux Gueux^ et les sages dispositions par lesquelles Maurice avait partagé son armée en petits bataillons, de telle sorte que, s'il se trouvait que l'un d'eux fût mis en désordre et forcé de reculer, un autre arrivait aussitôt pour soutenir l'effort de l'ennemi et donner aux troupes dispersées le temps de se rallier. En6n, dans cet entretien longtemps prolongé, le prince Maurice put savourer à loisir cette satisfaction insigne, rarement accordée à Torgueil, d'entendre son adversaire vaincu reconnaître qu'il l'était, non par le hasard, mais par le génie, et lui exposer à lui-même, en des discours d'une généreuse sagacité, tous les titres nouveaux qu'il venait d'acquérir à la gloire.
Le lendemain, le Stadhouder, s'élant fait rendre compte des pertes de son armée, qui ne montaient pas à moins de mille hommes tués, sans compter les huit
cents qu'avait perdus le comte Ernest à Leffinghe, décida de la ramener dans Ostende pour lui faire prendre un repos qu'elle avait si bien gagné. Les députés des États vinrent à sa rencontre et se jetèrent dans ses bras en fondant en larmes.
Pendant toute la journée de la veille, ils étaient restés réunis dans la salle du conseil, maudissant leur folle témérité, et priant 'Dieu pour les armes de ce vaillant Maurice dont ils avaient méprisé la sagesse. Ils le conjuraient maintenant d'oublier une faute qui avait failli perdre lui et la République. Ils juraient « de ne jamais plus le pousser là où il ne serait pas porté de sa volonté. » Ils s'opposaient enfin à ce qu'il poursuivît sa victoire et le ramenaient avec eux à La Haye, où Maurice allait goûter, pendant le reste de la saison,, des plaisirs auxquels il n'était guère moins sensible qu'à la gloire, et s'abandonner aux amours t qui ne font guère languir un jeune et beau capitaine se prévalant à loisir, dit l'historien de la maison d'Orange, du privilège accordé par Platon au victorieux ^ . »
Les suites matérielles de la bataille de Nieuport ou des Dunes furent à peu près nulles, car la Flandre ne fut pas entraînée, et l'archiduc put bientôt mettre le siège devant Ostende bloquée ; mais l'effet moral de cette victoire inespérée fut immense. Non-seulement elle porta au comble le renom de Maurice et l'enthou-