Jeannin, Négoeiations
Tout paraissait ainsi concilié. L*œuvre de Guillaume semblait accomplie. Le droit triomphait. La République, entrée en possession de sa vie propre, de ses lois constitutives et de son Dieu, allait, on devait le penser du moins, vivre tranquille et prospère, en paix avec l'Europe et avec elle-même.
Mais bien peu de temps s*écoule dans cette confiance. Les passions religieuses et patriotiques que la guerre et la victoire avaient exaltées, arrêtées tout à coup dans leur élan d'expansion et refoulées avant d*avoir usé leur vigueur, se heurtent brusquement. La liberté et la foi, d'accord sur les champs de bataille pour repousser Tennemi commun, ne s'entendent plus dès qu'il s'agit de se constituer dans l'État. En se reconnaissant, en se mesurant dans les étroites limites que la paix leur assigne, elles se sentent incompatibles. Le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique entrent en lutte. Un schisme violent déchire TÉglise* L'État se divise contre lui-même. Le faible nœud de l'Union menace de se rompre. La République est entraînée à sa ruine.
Pour mieux comprendre les. étranges conflits que nous allons voir s'élever, se multiplier tout à coup sur tous les points de la République, il faut se remettre en mémoire le caractère essentiel de l'acte qui l'institue.
Cet acte, improvisé en quelque sorte dans le plus pressant péril, au bruit des armes, était bi^n moins une constitution, dans le sens précis qu'aujour-^ d'hui nous donnerions à ce mot, qu'une convention,
un pacte mutuel tendant à concentrer les efforts d'une résistance désespérée. L'Union d'Utrecht établissak sur des provinces et des villes depuis longtemps en relations étroites, il est vrai, mais entièrement distinctes, indépendantes Tune de l'autre, sous un régime particulier, soumises à des influences locales, un droit commun, un pouvoir central. Elle dégageait, ou du moins elle tentait de dégager Tidée générale de TÉlat d'une agglomération de petites souverainetés provinciales et municipales, tout hérissées .d'antiques privilèges* Mais la faiblesse de cet État nouveau, superposé plutôt que substitué à des législations, à des coutumes qui se perdaient dans la nuit des temps, n'était^ que trop apparente. Laissons parler un contemporain : < Guillaume de Nassau^ dit le duc de Rohan\ qui le seul en ce siècle a eu Thonneur de fonder un Estât, a esté contraint d'en assembler les pièces pour en composer le corps avec telle condition que chaque province et ville a désiré : car, ayant rencontré des peuples qui en tous siècles ont affecté plus leur liberté que leurs propres vies, il n'a pu changer les conditions auxquelles ils se ioignoient à luy. Ce qui a causé en cet Estât autant de républiques que de villes, entre lesquelles, en une résolution générale, la pluralité de voix n'a point de lieu : pour ce que, si une ville ne l'approuve, elle n'est pas obligée de la suivre. Tellement qu'il a plustost songé à les flatter en leur liberté, pour