‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 46 sur 71 · De V intér est det Princes. Paris · texte numérisé non relu

De V intér est det Princes. Paris

leur ester tout à fait l'envie de s'accotninoder avec Philippe, que de leur proposer de bonnes loîô pour les maintenir dans la paix. » Les pouvoirs très-mal dé6nis des ÉtatS) des régôAcèâ et àea dtadhoudérâ, du moment que l'ennemi commun ne leur fait plus dé la concorde une nécessité d'exlslènce, entrent en rivalité, en jalousie. Chacun dé ces vagues pouvoirs représente un élément el^entiel des libertés publiques ; il parle au nom d'intérêts véritables ; et, soit que Tun ou l'autre l'emporte, selon la circonstance et la fortune, toute une partie de la population se sent lésée^ se plaint ou proteste.

Le lien religieux n'avait pas été plus fortement noué dans l'acte d'Union que le lien civil. L'instinct fédéraliste dei peuples néerlandais U'était guère plus favorable à la ôonstitution de TÊglise qU*à la constitution de TÉtat. L'organisation de l'Église réformée dans les Provinces- Unies avait été très*lente, et restait encore très-indéterminée au temps de la trêve. Trouvant aux Pays-Bas des éléments préparés, agités déjà èo sens divers depuis plusieiirs siècles par lès wlcléflstes, les hussîtes et surtout par les anciens vaudôis, d'où sortaient la grande secte des anabaptistes et celle des mennonistes ou téléobaptistes, la prédication qui s'était faite au milieu des troubles, entre le fer et la flamme, avec plus d'enthousiasme que de doctrine, par des hommes accourus de tous les points de l'Europe protestante, de rAllemagnê, de l'Angle* terre, de la Suisse, de la France, et qui s'inspiraient tantôt de Luther et de Mélanchthon, tantôt de Zwingle,

tantôt de Calvin et de Théodore de Bèze| n'avait enseigné ni un dogme parfaitement rigoureux, ni une règle exacte de discipline pour la future Église nationale. A ces premiers commencements, lorsqu'il ne s agissait encore que d'abattre T idolâtrie papiste, le mouvement de la réforme aux Pays-Bas, principalement dans les provinces du nord, inclinait vers le luthéraranisme* C'était le catholique Erasme, « la lumière de la Hollande, » et bien avant lui la grande école de libres chrétiens fondée à Deventer dès le quatorzième siècle par Gérard le Grand (Geert Grœt)^ sous le nom de Frères de la vie commune, qui avait frayé les voies; des moines augustins, sortis du cloître à la voix de Luther, ayaient les premiers souffert le martyre^; les premières versions de la Bible en langue flamande qui s'étaient répandues dans le peuple, de 1 523 à 1K43, étaient faites sur la traduction de Luther. La majeure partie de la noblesse enfin, soit qu'elle voulût se ménager à la cour, où les opinions de Luther passaient pour moins factieuses que celles de Calvin^ soit qu'elle préférât véritablement la doctrine qui s'écartait le moins du catholicisme, auquel elle devait bientôt retourner, paraissait s'en tenir à la Confession d'Augsbourg; on sait combien le prince d'Orange eut de peine à se déclarer pour la doctrine calviniste* Théodore de Bè^e lui-même convenait que les opinions de

1. Ypeij ea Dennout, Geschiedenis der Nederlandsche Herwormde Kerk.

Mélanchlhon allaient mieux au naturel du peuple hollandais; en effet, les écrits de ce doux réformateur, ceux de BuUingeret d'AnastasinsVeluanus, semblables aux siens par la doctrine, furent d'abord seuls goûtés des laïques. Aussi longtemps que le protestantisme resta flottant, indécis, aussi longtemps que les classes riches et lettrées, les commerçants, les jurisconsultes, les professeurs y eurent la principale part, et que l'on prit généralement pour se désigner le nom de chrétiens non romains {onromsche chrislen)^ il demeura luthérien dans son esprit, et ne songea ni à se placer en dehors de la juridiction temporelle, ni à contester les droits du pouvoir civil*

Mais peu à peu de nouvelles influences prévalurent. Le zèle de quelques hommes considérables, tels que le comte Jean de Nassau, Marnix de Sainte-Aldegonde, l'électeur palatin, Frédéric III, qui, le premier, soutint la cause désespérée des Gueux \ un peu plus tard, l'ascendant de Guillaume Ludovic de Nassau, stadhouder de Frise; les rapports étroits avec les réformés des provinces flamandes et wallonnes, où la doctrine et l'organisation de l'Église étaient toutes calvinistes; l'éloquence plus vive des prédicants français qui entraînait les foules ; les psaumes rimes de Clément Marot et de Théodore de Bèze traduits en hollandais, et qu'on chantait en armes dans les bois ; les opinions que la jeunesse rapportait de l'université de Genève; par-dessus toutes choses, le penchant naturel des masses vers les idées extrêmes, plus conformes à l'énergie des ins-

tincts, à la simplicité du sens populaire, et qui avaient, dans la circonstance présente, l'avantage de paraître plus irréconciliables avec le papisme ; la prépondérance inévitable enfin que le succès des Gueux donnait à la voix du peuple dans la réforme, en changèrent le caractère et la firent décidément calviniste. A mesure que l'Église réformée se recrutait d'hommes nouveaux, ardents, ombrageux comme le peuple dont ils sortaient presque tous, et de pasteurs réfugiés des provinces wallonnes, elle était plus entraînée vers la rigueur dogmatique. C'est alors aussi qu'on en vint à sentir le besoin des formulaires et des confessions de foi. L'infinie diversité des opinions, née de l'interprétation individuelle des livres sacrés, parut un mal. On commença à concevoir une certaine défiance de cette liberté d'examen, qu'il avait bien fallu invoquer contre Rome, mais qui n'était guère compatible avec la notion de vérité absolue sans laquelle il n'est point de religion. Les calvinistes, dès qu'ils se sentirent forts, voulurent être exclusifs. Dès la première confession de foi, rédigée en 1561 par le pasteur wallon Guy de Brès\ les Églises protestantes des Pays-Bas en prenant, à l'instar de l'Église de Genève, le nom d'Église réformée, se séparèrent de l'Église luthérienne qui gardait le nom d'évangélique, et s'engagèrent, sans en avoir peut-être entièrement conscience, dans l'orthodoxie de Calvin.

i. Cette confession de foi était très-pen différente de celle de rÉglise de France et fat approayée par Calvin.

A partir de ce moment, les ministres du culte réformé visèrent à prendre dans TÉtat républicain la place que le clergé catholique avait occupée naguère sous le gouvernement monarchique. Ils affichèrent hautement la prétention de ne souffrir point d'autre culte que le leur et d'affranchir leur Église de toute subordination au pouvoir civil.

L'exemple de Genève, où Calvin, en donnant à son Eglise une organisation démocratique, avait créé un consistoire tout-puissant, s'offrait de lui-même aux théologiens des Provinces-Unies. A peine reconnus et salariés par TÉtat, les ministres prétendirent au droit de s'assembler sans l'autorisation des magistrats et sans souffrir leur présence dans les consistoires ou les synodes; ils repoussèrent comme attentatoire à la dignité de rÉglise toute intervention du pouvoir civil dans la nomination des fonctionnaires ecclésiastiques. De leur côté, les magistrats des villes, se fondant assez singulièrement sur l'ancien droit de patronage, qui leur avait appartenu avant la réformation, invoquant aussi le principe que toute fonction salariée par l'État relève de l'État et qu'il ne doit point y avoir deux juridictions dans une république; s'autorisant, selon l'esprit du temps, des textes sacrés où Ton voyait que Dieu avait donné la loi à Moïse et non à Aaron, citant l'exemple de Constantin et de ses successeurs, s'efforçaient d'établir qu'eux seuls •avaient |e droit de convoquer les assemblées et de régler la discipline ecclésiastiques.

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A plusieurs reprises, de 1576 à 1591, les États provinciaux, qui souhaitaient de garder une sorte de tempérament entre les prétentions extrêmes des régences municipales et celles du clergé, tentèrent de donner à l'Église une forme de gouvernement mixte où les droits des deux pouvoirs, spirituel et temporel, seraient ménagés. Soutenus par un certain nombre de pasteufs^ les États auraient voulu substituer à Torganisation catvir? niste de l'Église l'organisation zwinglienne; ils promul-? guèrent dans ce sens plusieurs décrets; mais, dans quelques villes, les régences, dans quelques autres les ministres, ne tinrent nul compte de ces décrets; et, comme le peuple prenait parti pour ses pasteurs contre ses régents, et que les affaires politiques détournaient Tattention des États, qui auraient craint d'ailleurs de s'engager trop avant en des contestations dangereuses, les ministres de la Hollande et de la Zéelande continuèrent à s'assembler en consistoire, en classes et en synodes^ , quand il leur plut, tantôt sans autorisation, tantôt mêm^ malgré la défense expresse du gouverne^ ment.

Toutefois, comme les décisions de ces as^semblées, presque toujours incomplètes, restaient contestables,

i. La réunion de tous les ministres d'une seule. Église, diacres et anciens, formait le consistoire ; l'assemblée (|es députés de toptes IflB églises d'une yiile ou d'an district formait la classe ; la réunion des classes d'une province formait le synode provincial ; les députés des synodes des Sept-Provinces composaient Ip sypode f)^^^n^f

(oui demeura incertain, indéfini, aussi bien dans les faits que dans les consciences, aussi bien dans Tusage que dans le droit.

Les décisions du premier synode tenu à Dordrecht en 1578, décisions qui ne furent jamais approuvées par les États, et auxquelles un grand nombre d'ecclésiastiques refusèrent de souscrire, les trouvant < trop empreintes deTesprit du papisme \ » avaient été d'une extrême rigueur. Elles formulaient Texcommunication contre les hérétiques ; elles interdisaient la publication et la vente des mauvais livres ; ordonnaient des visites pastorales dans les maisons, des avertissements aux libraires, qui ne laissaient que trop voir, dans le clergé protestant, une tendance inquisitoriale aussi contraire aux principes de TÉtat républicain qu'à l'antique esprit d'indépendance des Provinces-Unies.

Un second synode, tenu à Middelbourg en 1581, avait cru devoir encore aggraver ces rigueurs en même temps qu'il séparait plus nettement aussi l'ÉgKse de rÉtat, ne laissant plus aux magistrats que le droit illusoire d'approuver l'élection des ministres après qu'elle était faite, et en leur ôtant entièrement la nomination des anciens et des diacres. Ce synode avait ordonné aussi plus explicitement qu'on n'avait osé le faire jusque-là que les ministres, anciens, diacres, professeurs de théologie et maîtres d'école seraient tenus de souscrire la Confession de foi des Pays-Bas avec

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