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le Catéchisme de Heidelberg^ dont Tautoriié se trouvait ainsi substituée à celle des livres saints, qui avait été seule invoquée précédemment. On avait en outre enrichi le formulaire M* excommunication contre les hérétiques d'un paragraphe qui les vouait à Satan.
Le gouvernement du comte de Leîcester avait encouragé ces empiétements du pouvoir spirituel. Sans consulter les États-Généraux, ni les États provinciaux, le favori d'Elisabeth avait convoqué un synode national à La Haye en 1586. Se sentant appuyé par la force militaire, ce synode avait surpassé tous les autres en hardiesse, et il avait ordonné, en se séparant, que, pour veiller au maintien de la discipline ecclésiastique et à l'exécution des lois qu'il avait promulguées, un synode national s'assemblerait régulièrement de trois en trois années. Un an plus tard, une conférence de douze ministres, réunis sur' l'invitation des États de Hollande, sous la présidence du célèbre Saravîa, professeur à l'université de Leyde, afin de chercher des voies de conciliation entre les pouvoirs spirituel et temporel, loin de se conformer au programme qui lui était tracé, formulait des plaintes amères contre les magistrats qui ne fréquentaient pas la Cène, négligeaient l'avancement de l'Église, toléraient les papistes^ les anabaptistes, les luthériens, et souffraient qu'on imprimât les livres impies. C'est alors aussi que les théologiens réformés soutinrent dans leurs écrits l'opinion de Théodore de Bèze : « qu'on doit punir de mort les hé«
reliques \ » Le gouvernement de la République deVait, selon euX) à Tinstar des rois de Juda^ supprimer les fausses religions* Ils désignaient au mépris^ du peuple les magistrats et les pasteurs tolérants, qu'ils traitaient de libertins et d'athées; ils allaient enfin jusqu'à der mander qu'on fît des recherches contre certaines personnes accusées de faire revivre l'art diabolique et abominable de la divination et du sortilège ^.
De la sorte j^ par Tin tolérance exorbitante du dergé et par les teprèsailleë ifeins ménagetnetit des magistrats^ les ichoca allèienl se ttiullipliant d'année en année^ et l'on était plus éloigné que jamais de s'entendre, lorsqu'une querelle théologique, qui s'était élevée dans l'enceinte de Tunlvofèité de Leyde, vint à éclater au dehors et donna le signal d'une conflagration universellôi
Voici quels fUl*eht les comnienôemerits de Cette histoire éti'ahgé :
François- Juriius ou Du Jon, qui occupait t'une des chaires de l'université de Leyde, vint à mourir (octobre 1602). tl vait exercé sur la jeunesse une influence heureuse et s'était rendu agréable aux Élals en enseignant les doctrines les plus favorables à la liberté de
4: Lé livrfe de Théodore de Bèzë fut traduit en flataand par deux minisltes orthodoxes de la FrisOj Goswyn Geldorps et Jeaa Bogerman, appelé plus tard à présider le fameux synode de Dordrecht.
2. Mémoire présenté au conseil des magistrats d'Amsterdam, le 30 décembre 1598.
conscience, et en portant Tesprit de modération jusqu'à cette iiardiesse, presque incroyable alors, de soutenir que l'on pouvait êire sauvé dans toutes les Églises, même dans l'Église de Rome *.
Les curateurs de l'université, désirant perpétuer, dans la chaire laissée vacante par la mort de Junius, son esprit de tolérance, firent choix pour le remplacer (7 mai 1603) de Jacques Hermanszon oU Armitiius, qui, depuis quinze années pasteur de TÉglise d'Amsterdam, y prêchait une morale pleine de douceur où ne se trahissait nul esprit de secte. Mais, par cette raison même, les ministres rigoristes ressentirent un vif déplaisir de la nomination d'Arminius, et s*efforcèrent d'empêcher sa réception en le dénonçant aux curateurs comme suspect d'hétérodoxie. François Gomar, qui professait depuis dix années la théologie à l'université, appuya fortement celte opposition, qui cependant échoua. Après un examen subi devant les curateui*s, les- conseillers de la cour de Hollande, les pasteurs des églises de Delft et d'Amsterdam, et le fameux ministre de l'Église walloime à La Haye, Uyténboga'ert, dont le crédit était grand auprès de Maurice et d'Olden Barneveldt, Arminius, déclaré orthodoxe, monta dans la
1 . Junius ne se faisait pas faute, non plus que tous les autres théologiens réformés, de traiter l'Église de Rome de paiUarde et de prostituée ; « mais Jésus-Christ, disait-il, souffrait les déportements de cette épouse infidèle et ne l'avait point répudiée. » (Voir, entre autres, son Irenicon.)
chaire, et, dès ses premières leçons, il se rendit maitre de son auditoire par sa parole éloquente et par l'exposition lumineuse d'une doctrine qui devait plaire à la jeunesse, parce qu'elle relevait la condition humaine en donnant beaucoup à la liberté.
On assure que le dépit des succès d'Arminius ne fut pas étranger à la hâte et à Tacharnement que Gomar mit à le combattre. Ces deux hommes, rapprochés par leurs fonctions, étaient incompatibles d'esprit el de caractère. Profondément croyants Tun et l'autre, chacun d'eux avait, comme il arrive, accommodé sa foi à sa nature et s'était fait un Dieu à sa propre image. Tous deux ils avaient voulu savoir. L'intelligence d'Arminius plus ouverte, son âme plus enthousiaste et plus délicate, ses instincts plus spontanés avaient tiré d'éléments plus variés une culture supérieure. L'Italie l'avait attiré, enlevé aux rudes enseignements de Genève et aux souvenirs terribles d'une persécution dont sa famille entière était tombée victime \ L'éloquente philosophie de Padoue ^, les grandeurs historiques de Rome, les arts, la musique surtout, peut-être même cette belle religion qui ne repoussait pas les grâces, avaient exercé sur lui un charme puissant. L'examen
1. Pendant qu'Àrminius étudiait à Marbourg, il apprit que les Espagnols étaient entrés dans Oudewater, sa ville natale. 11 y courut. Il trouva la ville détruite. Sa famille entière, ses frères, sa mère, ses sœurs, avaient été égorgés par la soldatesque catholique.
2. Arminius suivait, dit-on, à Padoue, les leçons du fameux professeur en philosophie Jacques Zabarella.
plus attentif des doctrines absolues du calvinisme, qu'il fit à Toccasion d'un livre qui les attaquait et qu'on l'avait chargé de réfuter*, acheva de le convertir aux sentiments modérés. Resté seul au monde, pauvre, sans asile, atteint déjà du mal dont il devait mourir, il n*en devint pas moins, par le grand don do piété qui était en lui, le plus éloquent interprète de la tendresse évangélique; tandis que Gomar, au contraire, né rude, impérieux, jaloux, étroitement renfermé dans l'érudition de l'école, bien qu'il n'eût jamais éprouvé les rigueurs de la fortune, ne vit l'humanité qu'à travers le dogme sombre institué par Calvin, se fit zélateur des doctrines implacables et persécuteur de tous ceux qui n'entendaient pas à son sens les textes sacrés.
Le choc entre de tels esprits était inévitable. L'occasion ne s'en fit pas attendre. Arminius ayant abordé dans sa chaire la question de la grâce et du libre arbitre, qu'il résolvait dans le sens le plus favorable à la liberté, Gomar, impatient d'entrer en lice avec son rival, s'empare de la même question et la tranche dans le sens contraire. Le débat s'engage avec vivacité; la jeunesse prend parti pour et contre les deux professeurs ; on s'échauffe ; Gomar accuse Arminius d'avancer des propositions contraires aux décisions de l'Église et le cite devant les classes; Arminius décline leur juridic-
1. Martin Lydius, professeur en théologie à l'Université de Franker, avait prié Arminius de réfuter un écrit où la doctrine de Théodore de Bèze sur la prédestination était attaquée par quelques ministres.
36â HISTOIRE DES COMMENCEMENTS
lion. Le synode d'Amsterdam appelle à lui l'examen des doctrines controversées ; les États de Hollande refusent de sanctionner le décret du synode. Les curateurs interviennent pour pacifier la querelle, mais en vain. De Tenceinle de Técole et des obscurités de la langue latine où elle était restée d'abord enfermée, elle était passée déjà dans la chaire. Par Timprudence ou le mauvais vouloir des prédicants, la question s'agitait maintenant en langue vulgaire; les deux professeurs et les deux opinions étaient traduits devant le tribunal passionné du peuple. Pressentant le danger de l'émotion produite par ces prédications, les magistrats mettent tout en œuvre pour y couper court. Les États de Hollande mandent, à diverses reprises, Gomar et Arminius ; ils les font interroger devant le grand conseil*; celui-ci, après un long examen, déclare que les deux professeurs ne diffèrent sur aucun article fondamental, mais seulement sur des questions subtiles, incompréhensibles pour des laïques. Uytenbogaert, en justifiant les arminiens et en se justifiant lui-même du reproche d'arianisme , montre que la foi n'est pas en danger et qu'il est absolument nécessaire que les deux partis se soumettent à la décision des États. Olden Barneveldt emploie son éloquence à leur persuader la tolérance mutuelle. Rendant grâces à Dieu de ce que ces controverses ne concernent pas les doctrines essentielles de la religion, il exhorte les deux adversaires à se contenir,