‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 48 sur 71 · Rés. St. Holl., lâ décembre · texte numérisé non relu

Rés. St. Holl., lâ décembre

à ne rien avancer dans la chaire qui ne soit conforme à la confession de foi deTÉglise nationale, a attendre en paix les décisions d'un concile.

Arminius, qui proteste toujours n'avoir pas attaque l'opinion générale de l'Église, mais seulement le sentiment particulier de quelques docteurs, et qui d'ailleurs fait profession de reconnaître l'autorité du pouvoir civil, se soumet ; il offre même de donner sa démission plutôt que de devenir l'occasion d'un schisme. Mais le violent Gomar, qui, tout en se défendant devant le Conseil, n'a jamais reconnu sa compétence, soutenant que a les choses de l'Église devaient être jugées par l'Église, » s'emporte hors de tous respects. Il déclare que les opinions d'Arminius sont à tel point pernicieuses, qu'il frémirait de paraître devant Dieu chargé de telles erreurs. Il ne rougit pas de se faire l'écho des plus vulgaires accusations en disant que, pendant son séjour à Rome, Arminius a baisé les pieds du pape, fréquenté Bellarmin ; qu'il recommande aux étudiants la lecture des livres des jésuites; qu'il parle avec mépris des écrits de Calvin; il le traite de nouvel Arius; il insinue que Uytenbogaert, son protecteur, joue devant les États le rôle de l'évéque Eusèbe\

Puis, s'adressant directement à Olden Barneveldt, il le menace des plus effroyables calamités. « Si la pureté de la foi et l'unité du dogme ne sont assurées au plus tôt

par le synode national, s'écrie-t-il , on verra s'élever

1. Ypeijen Derttioul, Oésch. d. Ned. tierv. K. II. D., p. 181

autel contre autel, province contre province, ville

contre ville, citoyen contre citoyen » EtGomar ne

disait que trop vrai.

La tenue d'un synode national avait été demandée dès Tannée 1606 par les gomaristes et résolue par rÂssemblée des États-Généraux ; mais les États de Hollande s'y opposaient. Se fondant sur l'article 13 de rUnion, où il était dit que les provinces de Hollande et de Zéelande en useraient en matière de religion comme bon leur semblerait^ ils contestaient le droit des États-Généraux et soutenaient que les affaires religieuses relevaient de l'autorité provinciale. Ils étaient fortement appuyés dans leur protestation par Barneveldt et le parti municipal. Maurice, au contraire, et ses partisans soutenaient que le synode national était l'unique moyen de prévenir le schisme, et, par suite du schisme, la guerre civile.

Les négociations de la trêve suspendirent pour un temps ces disputes.

Sur ces entrefaites, Arminius, fatigué d'une lutte sans issue, attristé par le spectacle des discordes auxquelles il servait de prétexte, abreuvé d'amertumes, calomnié, réduit à la plus grande détresse d'àme, était tombé en langueur. Il avait cessé de vivre le 19 octobre 1609, dans la quarante-neuvième année de sa carrière, en déclarant qu'il persistait dans ses sentiments, persuadé de n'avoir jamais rien enseigné qui ne fût conforme aux saintes Écritures. Sa mort laissait

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sans chef TÉglise qui avait pris son nom. Les arminiens, toutefois, ne perdirent point courage. Voyant le peuple se tourner contre eux de plus en plus et leurs adversaires multiplier leurs attaques, ils invoquèrent solennellement la protection des États de Hollande. Dans le même temps qu'ils publiaient à Gouda un catéchisme succinct, entièrement composé de termes tirés des Écritures, afin de rendre plus manifeste leur parfaite orthodoxie, ils présentaient, par l'entremise d'OIden Barneveldt, à l'assemblée des États une requête ou remontrance que Uytenbogaert avait rédigée et dans laquelle, se justifiant du reproche dHnnovation^ ils exposaient leur doctrine et réduisaient à cinq articles essentiels le sujet de la controverse \ Voyant cela, les gomaristes, à leur tour, bien qu'ils ne voulussent pas reconnaître l'autorité civile, présentèrent une autre remontrance, d'où vint le nom de remontrants et contre-remontrants qui se substitua, à dater de ce jour, à celui d'arminiens et de

1. Voici quels étaient ces cinq articles : !<> Dien a résolu de tonte éternité d'élire pour la vie éternelle le petit nombre de ceux qui croient en Jésus-Christ, et qui persévèrent jusqu'à la mort dans l'obéissance et dans la foi. 2o Dieu est mort pour tous les bommes; cependant aucun ne peut être sauvé immédiatement par les mérites du sang de Jésus-Christ, sans la foi et le secours de la grâce. 3» Il ne dépend pas de la volonté de l'homme de posséder cette foi sanctifiante. Elle dépend de la grâce de Dieu en Jésus-Cbrist. 4» Cette grâce est le commencement, le progrès et la fin du salut. On doit lui rapporter les bonnes œuvres, mais elle n'agit pas irrésistiblement. 50 La grâce donne aux vrais croyants des forces suffisantes pour vaincre le mal ; mais le croyant peut s'écarter de Dieu et perdre la foi par sa propre faute.

gomaristes par lesquels on avait désigné jusque-là les partisans de la grâce et ceux de la liberté.

Plus embarrassés que janiais, plus désireux d'assoupir ces dangereuses querelles qui compromettaient leur autorité, les États exhortèrent une fois encore les classes à suspendre jusqu'à la convocation du synode les controverses dogmatiques et à n'enseigner au peuple que la morale de l'Évangile. Mais ils ne furent pas plus écoutés que la première fois. Loin de là. L'entrée en scène d'un personnage nouveau et l'intervention d'un souverain vint ranimer le débat et le porta aux extrémités dernières. A la recommandation d'Uytenbogaerl, Conrad Vorstius venait d'être désigné par les curateurs de l'université de Leyde pour remplacer Arminius. Cette nominî^tion déplut aux orthodoxes. On savait Vorstius ennemi des formulaires; on le supposait favorable aux remontrants. Gomar, blessé de ce succès remporté par ses adversaires, peu soucieux de compromettre sa renpmi^ée dans les hasards d'une lutte nouvelle, renonça à ses fonctions. Un théologien modéré dans ses opjpions, Jeap Polyaqder, le remplaça. Celui-ci n'eut pas demandé mieux que de seconder les États dans l'intention où ils étaient de garder la neutralité entre les deux partis; mais cela ne fut pas en son pouvoir. Les contre-remontrants avaient ^éjà protesté contre Tipstallation de Vorstiqs en l'accusant de socinianisme ; et l'ambassadeur du roi de la Grande- Bretagne, Winwood, venait de présenter aux États-Géné-

raux une lettre officielle (6 octobre 1611) dans laquelle Jacques I" leur dénonçait les erreurs de Vorstius, dont il leur envoyait une liste qu'il avait dressée de sa propre main. Dans des termes d'une violence incroyable, il les sommait non-seulement de ne pas admettre Vorstius dans l'université, de ne pas commettre celte énorme indignité envers V Eglise de Dieu^ mais de le chasser du pays; menaçant, en cas de refus, les Provinces-Unies de sa plume et de son épée^ et déclarant qu'il interdirait à tous ses sujets de hanter une place aussi infectée d'hérésie comme Vêtait ^université de

Leyde^

On apprenait dans le même temps que le roi de la Grande-Bretagne, en sa qualité de défenseur de la foi, faisait brûler, sur la place publique à Londres, à Oxford et à Cambridge, les livres de ce méchant athée^.

Un tel appui porta au plus haut degré l'arrogance des contre-remontrants. Ils pratiquèrent plus ouvertement qu'ils ne l'avaient fait encore le système de l'exclusion et de la persécution. Tous les ecclésiastiques suspects furent écartés des moindres emplois par le consistoire. On recommença à fulminer dans les églises contre l'arianisme, le socinianisme, le pélagianisme. Les remontrants furent désignés aux colères du peuple, traités de prophètes de Baal, de cananéens^ de mame-

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