Winwood's Mémorial, t. III
2. Eotre aatre9, le livre intitulé : Lie peo sive de Natura et attri' butii Dei.
luks^ de démons. On rappelait à leur occasion les exemples de grands châtiments exercés par l'ordre de Dieu, les exterminations ordonnées par le Seigneur à son peuple. Des multitudes de livres, de pamphlets, de satires, anonymes ou signés, remplis de personnalités, d'invectives, des plus grossières calomnies, se répandaient à flots; quelques ministres, accusant la tolérance des magistrats de tout le mal fait à l'Église par les impies, s'enhardissaient jusqu'à publier contre eux un jour de jeune.
Étourdi de tout ce bruit, ne comprenant rien au fond des choses, mais entendant incessamment résonner à ses oreilles les mots de papiste, d'Espagnols, de traîtres, appliqués aux arminiens, le peuple, que la trêve laissait mécontent, écrasé d'impôts, trompé, comme il arrive toujours, dans les espérances sans bornes que la révolution avait fait naître, et plein de défiance, se pressant de plus en plus autour des chaires où retentissaient, dans le langage le plus brutal, les plus violentes invectives, en vint à croire de trèsbonne foi que les États^ les magistrats, tous les esprits politiques, qui voulaient maintenir la paix en soumettant à Tautorité civile les querelles ecclésiastiques, étaient les ennemis de la religion et de la patrie, qu'ils correspondaient avec l'étranger, avec TEspagnol, avec le pape, et qu'ils conspiraient avec eux pour livrer la République. Les multitudes criaient avec les gomaristes que tout était perdu si l'on ne châtiait les ennemis
de Dieu ; et, répétant le mot d'ordre des prédicants orthodoxes , elles demandaient à grands cris le synode national.
Cependant les États , se flattant de ramener le calme, après avoir soutenu Vorstius pendant quelque temps, avaient fini par céder; et, tout en lui laissant ses appointements, ils avaient nommé pour le remplacer un homme d'opinions modérées, Simon Bischop ou Episcopius. Â peu de temps de là, Grotius, député par la Compagnie des Indes à Londres pour y traiter de quelques difficultés survenues entre elle et la Compagnie anglaise, profitait de la circonstance pour entretenir Tarchevéque de Cantorbéry et le roi lui-même des affaires ecclésiastiques dé son pays. Secondé par Casaubon, qui, depuis la mort de Henri IV, vivait à Londres dans les bonnes grâces du roi Jacques, Grotius rappelait à l'attention du roi un mémoire en faveur de Tarminianisme qu'Olden Barneveldt lui avait fait remettre naguère par l'ambassadeur des États-Généraux ; et peu à peu, tournant à son sens Tesprit infatué et mobile de ce prince théologien, il lui faisait écrire une lettre aux États de Hollande, non pour les menacer cette fois, mais pour les féliciter d'une Résolution qu'ils venaient de prendre \ et qui interdisait absolument aux professeurs et aux prédicants toute controverse sur le dogme. Dans cette lettre, écrite en quelque sorte sous la dictée
1. Cette Résolution, publiée en 1614 sous ce titre : Résolution pour la paix de V Église, avait été rédigée par Grotius.
de Grotius, Jacques 1" exhortait les États à faire usage désormais de leur suprême puissance pour imposer aux ministres de l'Église la tolérance mutuelle, <t ni Tune ni l'autre des opinions énoncées, disait-il, n'étant incompatible avec la vérité de la foi chrétienne et le salud de$ âmes, i Toutefois, ni la Résolution des États, ni un pèglement qu'ils promulguent sur l'avis d'Olden B^rqeveldt, pour établir définitivement l'autorité civile audessus de l'autorité ecclésiastique , ne produiseBt le moindre effet. Les pasteurs de Tune et de l'autre secte n'en tiennent nul compte ; on ne veut plus, ni de part ni d'autre, se tolérer ; on ne se reconnaît plus mutuellement comme membres de Jésus-Christ; on se refuse la cène. Dans les villes où les ministres sont soupçonnés d'arminianisme, le peuple déserte les églises. Gomme aux premiers temps de la Réforme, le jour, la nuit, ils s'assemblent dans les granges, dans les chantiers, dans les brasseries, dans les barques, en rase camrr pagne. L'autorité a beau sévir, prononcer les peines les plus dures, priver de leurs emplois, priver des droits civils, emprisonner, bannir, ruiner par des amendes et des confiscations les pasteurs qui tiennent ces oonven* tiouies et tous ceux qu'on suspecte de les favoriser, rien n'y fait. L'enthousiasme s'exalte par la persécution. Le peuple se croit en butte aux persécutions des papistes; en résistant aux magistrats, il croit lutter contre l'Espiagnol. Les prédicants le poussent à la rébellion. Des conflits répétés s'engagent entre les eonsis-
tojcfs, les conseilsf (les villes, les corps de piétiers, l^^ États. IjS^ prophéÛQ de Gonf^ar s'accomplit, (^p p^ys est en feu. Se)on (ju'ils se sentent pli^s ou moins soutepHs par les magistrats, par le stadhouder ou par le peuple, gofnairistes ou qrmipjens^ qrtliodoi^es pi} hétérodoxes, gueux des Etats ou gueux du princ0^ c'est ^jnsi qu'jls se nopiment, tour ^ tour persécuteurs ou persécutés, se rer}yoient avep l'accent d'une h^jpç furieuse 1^ me-? Pîjce et l'outrage.
La niilicç, seloQ }es circonstances, sert lesi {i^iaes^ dq Tun ou de )'*au triparti. À Rotter4afn, où les r^ri^piHraQ^ dppijneipt, ils îontf fsxpulser leurs adversaires. Anistefts dam^ pi| la majorité est ortbpdoxe, refuse de recevoir la Hésplutipn d^ États ; et, malgré les effort^ ^e QrotjuSy envoyé vers le conseil dei régence avep plueiei^rs qiutres personnpg fJ'RP gr^nd crédit et\ déput^tit^p golefineiU^» les magistrats dépjpreqt qu'ils if^aiotjendront la pvfki^ relisfion,^ jls déclinent absolument rin^mii^tion d^ £^(& d^qs le^ ja^ffaim ecclésiastiquesi pi font entendre qt^'i^ besoin i|s réclana^oal cpntrp eux l'appni du atadboti^Pf
Enfin, à La Haye, au siège mémei dm gwvirnenfMiat» le cop^flit,^ retardé jusque-là p^ \^ £i^giis3ç^ fi^ baïames pQ|itiqi^Sf, qui prisYQient et redoutent se^ eonséq^noes e^trèipes» éel^^i il ^'aggrave pas 1^ présence des deux chef3 de la République. L'interdiGtk)n d'un prêche ea esL roce^^loi^,
Un jeune ministre contre-remontrant, Henry ftoasens. aya^i^t vf^fsim (^et (e^Voit* la cène d€3 mains 4'Uyie(nJDo-
3n HISTOÏKË D£S COMMENCEMENTS
gaert, et, pour ce fait, interdit p$r les États, va tenir le prêche au village de Ryswick (1 2 février 1 6i 6), à vingt minutes de La Haye. La foule le suit. Elle grossit détour en jour autour de la chaire. Bientôt, fatigués de courir la campagne, par un hiver très-rude, pour ouïr la vraie parole de Dieu^ les fidèles, qui se comptent en nombre, demandent à grands cris une église dans la ville. A dessein, on élude de répondre ; ils insistent ; on fait traîner la chose en longueur ; les États se séparent sans prendre de résolution, en laissant, selon Tusage, une commission pour traiter, en leur absence, des affaires urgentes. Cette commission, pressée de se prononcer, rejette la demande des contre-remontrants. Ceux-ci, alors, louent dans la ville une salle de réunion ; l'autorité en fait fermer les portes. Un sectateur de Rosaeus, le libraire du prince Maurice, offre sa maison pour le prêche. On notifie aux contre-remontrants la défense formelle de s'y rendre. Leurs chefs déclarent qu'ils maintiendront leurs droits. L'emploi de la force va devenir indispensable : le Conseil s'adresse au stadhouder.
C'était un pas décisif. En appeler à Tépée du prince d'Orange pour trancher le nœud des complications religieuses, c'était les déclarer insolubles. S'en remettre au pouvoir militaire, c'était, dans la gravité des circonstances, la plus grande faute que le pouvoir civil pouvait commettre.
Du parti qu'allait prendre le stadhouder, des paroles
qu'il allait prononcer dans le conseil, en réponse à celte mise en demeure qui lui était faite de se déclarer pour ou contre l'orthodoxie, dépendait, on le sentait bien» le triomphe de l'une ou de l'autre faction, Tissue définitive de la lutte.
L'inquiétude était d'autant plus vive, que personne ne pouvait prévoir avec certitude quelle serait la décision de Maurice. Jusque-là, il s'était tenu à l'écart et comme indifférent à l'objet des controverses. Par la nature de son esprit et de son tempérament, Maurice de Nassau ne pouVait ni goûter ni même comprendre les subtilités de la métaphysique. La question du salut n'embarrassait guère son génie, qu'occupaient les sciences exactes et les progrès de l'art militaire. Il prenait son plaisir dans l'entretien des mathématiciens, des ingénieurs, des inventeurs de toutes sortes, dans les combinaisons du jeu d'échecs et dans l'exercice du cheval, délassements appropriés aux besoins de son esprit positif et de sa constitution robuste, et pendant très-longtemps il n'avait pas caché l'intérêt médiocre, Tennui que lui causaient les disputes scolastiques. Les calvinistes zélés, les hommes pieux lui reprochaient ses propos railleurs, ses méprises grossières en matière de dogme, la licence de ses mœurs, auxquelles il n'avait jamais consenti à opposer le frein salutaire du mariage. Sollicité à différentes reprises tantôt par Olden Barnevelt et Uytenbogaert, pour lequel il avait une estime particulière, tantôt par les contre-remontranls, de se
prononcer en leur faveur, Maurice avait décliné sa compétence : « Jé suis un soldat, disait-il avec son parfait bon sens ; ce sont des choses théologiques auxquelles je n'entends rien et dont je ne me soucie. » <* Suisje un pape? > répond-il une autre fois en refusant d'interdire, conlme on Ten requérait, un ministre prétendu hétérodoxe; et il demandait aux États de ne point mêler son nom à leurs débats sur ces questions épineuses. En réalité, Maurice souhaitait de rester neutre ei voulait protéger l'un et l autre parti contre l'oppression du plus fort. Néanmoins, comme il avait compris de bonne heure que de si aigres disputes pourraient bien ne se terminer que par les armes, il suivait avec attention les phases de la lutte, dont le caractère politique n'échappait pas à sa sagacité. Il voyait avec satisfaction les cbntre-remontrants contester partout l'autorité des régents, exciter le peuple contre cette bourgeoisie municipale dont les prérogatives, de tout temps opposées à l'agrandissement du stadhoudérat, devenaient de plus en plus insupportables à l'orgueil de Nassau. En plusieurs obcasîons on l'avait entendu dire que les contreremonlrants étaient les vrais réformés, les vrais amis de son père *. Leurs progrès d'ailleurs étaient sensibles : cinq provinces presque entières leur appartenaient déjà^ et, par leur union étroite avec le peuple, ils se
1, K Die Lieden di6 myn heôr Vader op den ^etei hebbëti gebragt. » Grœn van Prinsterer. Ha,adb, de» Gesçh, v. h. VaçlerUnd, D. ), p. 241.
montraient redoutables. D'autre part, les provinces arminiennes, à mesure qu*elles se sentaient plus isolées, s'irritaient davantage. On y repoussait violemment le synode national, sachant bien qUe Ton y serait en minorité; Ton exigeait comme un droit le synode provincial ; Ton s'emportait jusqu'à menaôer de rompre rUiiioii. La neutralité du stadhoUder ne se pouvait guère ptolonger; aussi son langage avait-il peu à |)eu changé dé ton. Un jour qu'il reprochait à Uytenbogaert sa prétentioii injuste de vouloir soutnettre à sa discipline Roseeus et ses sectateurs : « Ils sont bien assez forts pour avoir à eux des églises ! » dit-il. « Eh quoi, s'écrie-t-il un jour en s'associant plus complètement qu'il ne l'a fait encore à l'intérêt des contre-remontrants, nous faudra-t-il aller dans les gtanges el dans les maisons? Les églises nous appartiennent, 11 faudrk bien qu'on nous les ouvre M »
Indépendamment de son penchant naturel vers dés hommes qu'il considérait comme les vrais amis de soH père^ Maurice était poussé à se déclarer par dé fbrtes et actives influences. Son cousin, Guillâume-Ludovië, StadhoUder de Frise, lui en faisait un devoir patriotique. La trêve allait expirer; l'Espagnol, disait-il, faisait des levées menaçantes, il entretenait jusqu'au cœur du pays des partisans qui se cachaient sous le masque de Tarminianisme. Si l'on ne coupait court à des divisions funestes, si l'on ne retrempait l'Union aux ôour-