‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 54 sur 71 · Rés. St.-Gen., 7 octobre · texte numérisé non relu

Rés. St.-Gen., 7 octobre

depuis la trêve, il a la force. La garnison de Nimègue est toute à lui.

Aussi le stadhouder change-t-il à son gré la régence et, cotirant aussitôt à Arnheim, puis à Deventer^ où les États de Gueldre et d'Over-Yssel sont assemblés, il se fait approuver, remercier par un vote , et, pour achever son ouvrage, il persuade aux deux assemblées la demande du synode.

De la sorte, la ligue arminienne se trouve rompue. Les villes de Hollande et Utrecht vont rester seules à soutenir contre la volonté du stadhouder, contre l'autorité des Etats, contre les passions populaires, une lutte de plus en plus inégalé et dangereuse.

La faiblesse du parti arminien se trahit tout à la fois par l'insuccès de la mesure sur laquelle il a le plus compté pour sa défense, et par le discrédit où tombe son chef. La levée des waertgelders se fait mal, elle n'a pas donné jusqu'à cette heure plus de dix-huit cents hommes. C'est un bien grave échec pour l'autorité de l'avocat de Hollande, que ses ennemis enhardis osent maintenant attaquer dans son honneur par les libelles remplis d'outrages, où l'on va jusqu'à préciser le chiffre de la somme qu'il a reçue d'Espagne pour livrer son pays. En voyant le facile accès que trouvent ces calomnies dans la crédulité populaire, Barneveldt croit devoir se défendre. Il adresse au prince d'Orange, sous le titre d'apologie, une justification de sa vie politique; dans le même temps et dans le même but, il présente une re-

môntrance aux États de Hollande ; et ceux-ci, le voyant poursuivi, traqué par des ennemis redoutables, passent une résolution par laquelle ils approuvent l'avocat et le prennent sous leur protection spéciale. Mais cette mesure révèle le danger bien plutôt qu'elle n'y porte remède.

De leur côté, les États-Généraux, assurés qu'ils n'ont plus rien à craindre d,e la levée des waertgelders, la déclarent contraire à Tordre (12 juillet). Ils chargent le . prince d'Orange de se rendre, accompagné de huit commissaires, dans la ville d'Utrecht, ce dernier boulevard de l'opposition arminienne, afin d'y opérer, par persuasion ou par tout autre moyen % le licenciement des troupes municipales.

A cette nouvelle, les États de Hollande s'indignent. Ils envoient aux États d'Utrecht une députation de trente membres pour concerter ensemble la résistance et pour s'assurer, par un nouveau serment, la garnison, Grotius porte le premier la parole dans rassemblée. Il expose le droit ancien des villes et des provinces, atteint déjà par les usurpations criminelles d'une assemblée tyrannique, et menacé, si on ne le défend avec énergie en cette occasion décisive, d'une ruine totale. Appuyée par Ledenberg, secrétaire des États d'Utrechl, esprit véhément et intrépide, il exhorte l'assemblée à veiller à la sûreté de la ville en empêchant à tout prix l'entrée

1. a Met inductie of anders mefde bekwaamste middelen. x> Rés. Sl.Gen., 23 juillet 1618.

dans son enceinte des troupes étrangères. Mais à Utrecht, comme partout, les esprits sont divisés. Les waertgelders, la seule force de l'autorité municipale, sont mal vues par les bourgeois, qui se plaignent de leur entretien trop onéreux. Leur capitaine fait observer que des compagnies nouvellement formées ne tiendront pas tête aux troupes aguerries du stadhouder. Interrogé à son tour, le commandant de la garnison, sir John Ogle, ami de Barnevedlt, se montre disposé à une résistance rigoureuse, mais ses officiers lui déclarent qu'ils ne tireront pas répée contre le capitaine général de TUnion,

Pendant ceg pourparlers, Maurice arrive. Les magistrats se rendent près de lui. Son accueil est brusque, familier ; c'est le temps de la kermesse. « Vous n'attendiez guère un tel convive {Kermisgast.) » dit-il en raillant aux députés. Puis, comme ils lui proposent, un peu déconcertés, de s'entendre sur les moyens de rétablir la paix publique. « J'y pourvoirai, répond-il avec hauteur. Je saurai protéger les magistrats, mais auparavant je veux savoir comment ils gouvernent. Us ont voulu introduire cinq erreurs {vyf valshe punten) dans la religion.^ Us complotent de me déposer, de me chasser du pays... > Sur quelques observations timides^ relatives aux waertgelders : « Les waertgelders, reprend Maurice, sont plus dangereuses que les troupes espagnoles! » Et rejetant tout le mal sur Olden Barheveldt : « U veut

tout dominer ; il veut faire des États de Hollande les

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