‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 59 sur 71 · Waerachtige historié · texte numérisé non relu

Waerachtige historié

3. Le capitaine Nythof et un lieutenant des gardes couchaient tout habillés sur le seuil de la porte, et deux gentilshommes de la maison du prince se relevaient nuit et jour dans la chambre du prisonnier.

< Les États-Généraux n'ont pas le droit de disposer de moi, dit-il. À tout ce qui sera fait sur le commandement de mes Seigneurs et Maîtres les Etats de Hollande, ou de son Excellence le prince d'Orange, en vertu de ses pouvoirs, j'obéirai ; mais je proteste contre un acte arbitraire et qui attente aux lois du pays. » En dépit de sa protestation, il fut conduit à la prison nouvelle que l'on avait préparée dans l'aile du château où se tenaient les séances de l'Assemblée. Cinq fois durant le trajet, le vieillard, qui marchait péniblement, fut obligé de s'asseoir. En entrant dans la chambre- disposée en prison d'État par des travaux que Maurice avait lui-même inspectés, Olden Barneveldtla reconnut pour celle où il avait, au temps de sa plus grande puissance, visité l'amiral Mendoza, captif.

Durant tout le temps qui s'écoula (du 31 août au 18 novembre) entre son arrestation et son premier interrogatoire , la patience , la résignation de Barneveldt ne se démentirent pas une minute. Mais ses forces déclinaient visiblement dans l'étroite réclusion où il se voyait confiné. Point de visites de ses proches ni de ses amis ; point de réponse à ses lettres ni à ses messages; point de livres, aucune communication, même par l'intermédiaire de ses gardiens, avec le dehors. <c Ces messieurs ne le veulent pas, > telle était la formule invariable qui accueillait les discrètes demandes du prisonnier. A diverses reprises, son linge et ses

effets furent brutalement fouillés. Ce fut ainsi, dans l'isolement le plus complet, dans l'ignorance la plus entière du sort qui lui était réservé, que Barneveldt, malade, privé de toute consolation du cœur ou de l'esprit , vit s'écouler le jour anniversaire qui ouvrait, la soixante-treizième année d'une vie consacrée tout entière au bien public ^ Sa plus vive anxiété, tant il avait confiance dans son bon droit, c'était de mourir sans avoir été interrogé. « Si l'on ne se hâte, répétait-il avec son inaltérable douceur, je serai surpris par la mort avant d'avoir pu répondre à ce que l'on veut de moi. »

Le 18 novembre, enfin, il fut mandé devant la commission d'enquête. Cette commission, qui se composait de treize personnes, était nommée par les États- Généraux ; l'assemblée des États de Hollande, par une Résolution secrète, ayant abandonné ses droits. La commission procéda à l'instruction avec une lenteur mystérieuse qui frappa les esprits de terreur. La fuite précipitée de trois des personnes les plus compromises avec Olden Barneveldt, Uy tenbogaert , de Haan, pensionnaire de Harlem , et Tresel , secrétaire des États-Généraux, avait, dès le début, fait pressentir que l'on devait s'attendre aux choses les plus graves.

1. Olden Barneveidt, dans l'espace de quarante années, avait été constamment membre des Élats de Hollande et des États-Généraux, pensionnaire de Rotterdam, avocat et garde des sceaux des provinces de Hollande et de West-Frise.

La mort de Ledenberg, qui se coupa la gorge dans sa prison, acheva de jeter sur la procédure une ombre sinistre.

Gilliovan Ledenberg, secrétaire des États d'Dtrecht, •accusé d'avoir favorisé les desseins de Barneveldt, avait été saisi dans sa maison le jour même où Ton arrêtait, à La Haye, l'avocat de Hollande. On avait espéré, par l'intimidation , lui arracher de& aveux. Lef ton menaçant du premier interrogatoire lui fit appréhender la question. Ce fut par défiance de ses propres forces et pour échapper aux surprises de la douleur qu'il résolut de se donner la mort. Et pourtant, comme la plupart des hommes de son temps et de son pays, Ledenberg était un croyant sincère ; mais, avec ceux qui avaient reçu la culture des lettres païennes, son esprit, par une noble inconséquence, associait les vertus du stoïcisme antique à la foi de l'Église chrétienne. Sa conscience ne trembla pas plus que sa main dans l'accomplissement du suicide. La veille, il remettait à son fils une lettre écrite en langue française, que celui-ci n'entendait point, où, lui expliquant les motifs de sa mort, il disait : « Je vais à Dieu par le plus court chemin. > A l'entrée de la nuit où il allait se porter le coup mortel, on le vit s'agenouiller et prier avec ferveur. Pas une plainte, pas un gémissement ne lui échappa avec le dernier soupir. Son fils, qui dormait près de lui, ne fut réveillé que par le bruit sourd et continu du sang qui

ruisselait par trois larges blessures. A ses cris, les gardiens accourus ne trouvèrent plus qu'un corps inanimé.

Ledenberg était mort pour aller à Dieu, selon sa belle expression, par le plus court chemin, pour sauver son honneur et Thonneur de ses amis ; pour prévenir, il s'en flattait du moins, la peine de la confiscation des biens, et transmettre à son enfant l'héritage paternel ^ . Ses espérances furent déçues, La cruauté des passions politiques s'en fit un jeu. On lit dans la Résolution des États-Généraux que le prisonnier s'est tué avec la conscience de son crimCy sans avoir été aucunement menacé de . la question, ce qui implique la peine de la confiscation des biens ^. Plus tard, par un raffinement de l'esprit de vengeance et comme pour mieux frapper d'ignominie sa mémoire dans l'imagination populaire, le cercueil qui renfermait son corps fut pendu au gibet.

Cependant Texamen des prisonniers se poursuivait. Hoogerbeets, interrogé le premier, fit paraître beaucoup de fermeté. Il confessa la part qu'il avait prise à l'affaire des waertgelders, et soutint hautement le

1. oc Contre l'homme mort ne tombe confiscation de bien, » écrivait-il dans sa lettre à son fils.

2. Rés. St.- Gen., 29 septembre 1618, 3 septembre 1618. Dat Ledenberg, den voarleden nachlhem zelven hadde omgebracht cons-

cientia sceleris Zonder det hem eenige dreigementen von Scher-

fer examinie zijngedaan. Welh een delict is maritarende conficatie van gœdcren, etc., etc.

droit des villes de pourvoir à leur sûreté ; mais on ne put lui arracher aucun aveu compronieltant pour ses amis. Grotius, plus abattu par la prison, montra moins de fierté. Quant à Olden Barneveldt, vers qui se tournèrent les principaux efforts et toutes les ruses de l'esprit de procédure, son attitude et ses paroles exprimèrent constamment la parfaite tranquillité de son âme. La plupart des chefs d'accusation de l'enquête se rattachaient au projet criminel attribué à l'avocat de changer la religion et la constitution de l'État pour remettre les Provinces sous le joug espagnol. Ils portaient plus particulièrement sur des points relatifs au schisme et au synode, à l'affaire d'Utrecht, aux relations secrètes d'Olden Barneveldt avec les cours étrangères, et notamment à ses prétendues intelligences avec l'Espagne, On s'étonne en lisant l'interrogatoire de voir à quelles circonstances puériles s'arrêtaient les curiosités des commissaires, à quels détails infimes descendait une enquête qui avait pour objet le crime de lèse-majesté, où les plus hauts intérêts de l'État, la vie du plus grand citoyen de la République étaient en jeu.

« Pourquoi le prévenu a-t-ildità certaines personnes que les papistes étaient les meilleurs patriotes?

— Pourquoi a-t-il dit à certaines autres que, dans la question de la prédestination, ce n'est pas Uytenbogaert qui l'a converti, mais lui qui a converti Uytenbogaert?

DE LA RÉPUBLiaUE AUX PAYS-BAS 413

— Pourquoi, plus d'une fois, les Remonli^anls sontils sortis de ses audiences très-encouragés {wel getroost) et les Contre-Remônirants mal satisfaits ?

— Quelle tolérance a-t-il pu croire possible entre deux partis dont Tun estime les sentiments de l'autre abominables {gruwelijck), conformes à ceux des Turcs et des serviteurs du diable {by Turken en duivelsdienaars gelijet) ?

— Pourquoi a-t-il voulu persuader {wijs maken) à diverses personnes que la guerre contre TEspagne n'a pas été faite pour la défense de la religion, mais seulement pour la défense des privilèges et des libertés du pays?

— Pourquoi a-t-il ditdansles réunions privées, et à plusieurs députés, que Son Excellence le prince Maurice aspirait à la souveraineté ?

— Pourquoi a-t-il dit que ceux de Bourgogne et d'Autriche « die van Bourgoengien en Oostenrijk » ont toujours bien gouverné le pays ?

— Pourquoi a-t-il dit et écrit que la tenue du synode accroîtrait la confusion dans le pays et qu'elle serait préjudiciable à l'autorité des magistrats ^ ?

Tel est l'esprit, telle est à peu près la forme des questions adressées à OldenBarneveld par la commission d'enquête; et l'on ne sait de quoi s'étonner davantage, ou de la persistance avec laquelle on s'acharne à le

1. Verhooren van Johan van Oldenbarneveldt uitgegeben daar het historisch genoolschap geveslisgt te Utrecht. 1850.

414 HISTOIRh: DES GOltlMENCiEMENTS

prendre en défaut, ou de Ja fermeté d'esprit qui préside è ses réponses. Et pourtant on ne lui permettait pas d'aider sa mémoire par des notes écrites -, on lui avait refusé l'assistance d'un conseil, on ne le mit pas une seule fois en présence de ses accusateurs. En prolongeant, en multipliant les interrogatoires (il n'y en eut pas moins de treize dans l'espace de quinze jours), d'où il sortait épuisé, on n'eut égard ni à son grand âge

ni à la maladie qui le minait. Jamais procédure plus brutale ne s'était attaquée à une plus noble existence.

L'enquête terminée (20 février 16 4 9), la commission n'ayant pas de pouvoirs judiciaires, les États-Généraux nommèrent un tribunal extraordinaire, tfnô cour suprême pour juger en dernier ressort les accusés.

Tous trois déclinèrent la compétence de cette cour * qui, dans le doute où elle était vraisemblablement ellemême à cet égard, se crut obligée de réserver pour l'avenir les droits de la province de Hollande. Après quoi, l'inutilité de toute protestation bien démontrée, les accusés consentirent à se défendre.

La défense d'OIden Barneveldt, simple, grave, prédse, est un des beaux monuments do l'histoire du droit. Elle repose tout entière sur les maximes d'État et sur les traditions anciennes de la République.

L'avocat de Hollande y soutient le double principe

i. Elle se composait de vingt-quatre joges, doQze de )a province de Hollande et deux de ebacane des auires provinces*

de la souveraineté provinciale et de la tolérance religieuse, qu'il considère comme la base •même de l'Union d'Utrecht. Loin de chercher à nier la part qui lui revient dans l'affaire des waertgelders, ou d'en atténuer rimportance,' il la revendique hautement. « Dès Tannée 1583, dit-il^ après la tentative d'usurpation du duc d'Anjou, il a conseillé aux régences de Hollande et de We&t-Frise de pourvoir à leur sûreté en entretenant à leur solde un certain nombre de soldats; plus récemment, dans rassemblée des États de Hollande, il s'est prononcé pour la levée d'un corps de quatre mille waertgelders ; cinquante années d'une constante pratique des affaires lui ayant appris, dit-il, que la chose la plus nuisible au gouvernement de l'Etat^ c'est de rester à la merci des tumultes populaires, et que mieux vaut encore subir le despotisme des maîtres que h despotisme des valels (dut beter is verheert als verknegl te zijn ^), attendu que les maîtres usent du moins de quelque discrétion dans l'exercice du pouvoir, tandis que les valets n'en gardent aucune 2. En ce qui concerne l'autoriié légale du stadhouder et du Capitaine Général, Barneveldt nie avoir travaillé à la diminuer; il nie également avoir cherché à rendre le prince Maurice suspect de visera la souveraineté; mais il avoue avoir

1. l\ est impossible de rendre en français Ténergique et originale précision de ces deux expressions verheert et verknegt.

2. Gebruijhende de heeren ait ijd eenige discn lie maar de knechlen geen. Verhooren, etc.

craint que, sous couvert des différends religieux, le bas peuple et» d'autres personnes ( 'l gemeene volk ofandere) ne voulussent amener des changements dans l'État ; c'est pourquoi, à diverses reprises, depuis Tannée 1616, il a, par écrit et dans ses entreliens, exhorté MM. du Conseil de la noblesse à résoudre ce qu'il convenaitt de faire pour le plus grand bien dupais.» En répondant aux diverses interrogations qui se rapportent aux affaires religieuses, Olden Barneveldt s'élève à la plus grande hauteur de sentiments et d'idées. Sa parole est d'un homme d'État, d'un chrétien, d'un sage. En butte à la fureur des sectaires, aux ombrages farouches des théologiens ; à deux pas de ce synode impatient, qui le menace du glaive derorthodoxie,01den Barneveldt, avec une sécurité digne des temps antiques, confesse audessus de tous les autres le principe sacré de la liberté de conscience. Ce principe, selon lui, a été celui des fondateurs de la République, Le prince d'Orange l'a constamment pratiqué. Dans les articles de l'Union et dans les traités passés depuis, les États de chaque province se sont soigneusement réservé le droit de statuer chez eux sur les choses de la religion ; ils ont toujours entendu veiller à la paix religieuse, non pas en décidant entre les opinions particulières de tel ou tel docteur, maison maintenant dans TÉtat la vraie religion chiùtienne, aussi bien celle de Mélanchihon que celle de Calvin ou de Bèze, et sans souffrir qu'aucune contrainte en matière de foi soit jamais exercée sur personne.

L'avocat de Hollande ose déclarer que la guerre de l'indépendance a été faite avant tout pour la conservation des libertés et des droits du pays% entre lesquels il estime que l'un des plus sacrés est la liberté de conscience. En raison des difficultés qui se sont élevées dès le commencement touchant la doctrine de la prédestination, le mieux serait, selon son opinion, de s'en tenir à la tolérance mutuelle qui ne nuirait pas plus à Tunité de l'Eglise réformée que ne nuisent à l'unité de l'Eglise romaine les différends des docteurs catholiques touchant la conception de la Vierge Marie. Quant à lui, il n'a jamais favorisé ni les Remontrants, ni les Contre- Remontrants ; il reconnaît que même parmi les papistes il y a eu et il y a encore d'excellents patriotes; il pense que la religion doit être maintenue dans la République {dat de religie most wesen in republica)^ mais il a cherché à éviter le schisme, et, conformément aux devoirs de sa charge, il a tenu la main à ce que les Ré* solutions de l'Etat fussent respectées. Les sentiments personnels sur le point en question {de qtieslieme point van predestinalie), il ne les a enipruntés ni d'Ârminius ni de Uytenbogaert ; dès le temps de ses études à l'université de Heidelberg, en 1368, et pendant cinquante années de sa vie, il a été d'opinion qu'un bon chrétien doit se croire en toute simplicité {simpel en eenvoudig) prédestiné à la béatitude éternelle, attendu que

1 . Voralde tôt consorvalie der vrij-en geregtiglieden der landoii , steeden, dorpenendeiiigezeetenen. Verhooren.

la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ a plus d'efficace pour le salul que la colère de Dieu et le péché d'Adam n'en saurait avoir pour la damnation. Il avoue sans difficulté qu'il- a concilié un synode provincial ; les principales dissidences religieuses s'étant élevées en Hollande, elles devaient, selon lui, se résoudre en Hol* lande, A l'absurde, à l'ignominieuse accusation d'avoir vendu à l'étranger les intérêts de la patrie, Olden Barneveldt, indigné, oppose un démenti formel.

Il défie, le front levé, tout homme impartial et sensé ^ d^oser soutenir contre lui cette double et contradictoire accusation d'intelligence avec la France et l'Espagne qui se détruit d'elle-même. Il montre avec évidence, par le simple exposé des faits, comment, dès l'origine du soulèvement (1573), à partir du jour où, l'un des premiers en Hollande, il a reconnu l'autorité légale du prince d'Orange et repoussé, comme tyrannique, la domination du duc d'Albe, jusqu'à la signature de la trêve d'Anvers, où les Provinces-Unies traitent d'égal à égal avec le roi d'Espagne, il n'a pas cessé de rendre lui et le pays, par des actes notoires et multiples, irréconciliables avec l'Espagnol. Il fait tomber enfin pièce à pièce tout l'échafaudage de suspicions, d'insinuations, d'interprétations perfides, au moyen duquel on se flatte d'atteindre jusqu'à son honneur ; il porterait la conviction dans toutes les (y)nscier1ces, si toutes les con-

i . Eenig ongepassionoonl vorlandig man . —

sciences n'étaient prévenues et faussées par la plus aveugle et la plus fanatique partialité.

Pendant que l'accusé se défendait avec tant de no* blesse et supportait d'une àme si résignée les longs ennuis de la captivité, ses amis et ses proches n'étaient pas demeurés inactifs. De concert avec ses enfants, madame Barneveldt multipliait auprès des deux assemblées toutes les démarches compatibles avec' la fierté républicaine. Durant tout le cours de la procédure, dès le lendemain de l'arrestation de son marijusqu'au jouroù la sentence est prononcée, elle ne se rebute ni ne s'hu-* milie. Incessamment, elle présente aux Etats de Hollande et aux Etats-Généraux des requêtes ou, parlant toujours au nom du droit, elle réclame pour l'accusé prompte et bonne justice. Elle évoque en sa faveur les témoignages de l'histoire. Le tribunal exceptionnel, la procédure secrète auxquels Olden Barneveldt est soumis, elle les flétrit en les comparant aux tribunaux institués par le duc d'Albe. Elle rappelle le privilège de 7ion eva^ candoy cet habeas corpus de la Hollande. Alors même que l'avocat de Hollande eût attenté, dit-elle, à l'union d'Utrecht et commis le crime de lèse-majesté dont on le charge, il ne relèverait pas des Etats-Généraux, n'étant point à leur service, mais uniquement de ses justiciers et souverains naturels, les Etats de Hollande. Les exemples viennent à l'appui des principes.

En 1583, Cornélius de Hooge, accusé du crime de lèse-majesté, fut traduit devant la cour provinciale ;

Balthasard Gérard a pour juges les échevins et le tribunal de Delft; Tattentat deLeyde, en 4587, est jugé par Leyde; Pierre Panne comparaît devant les juges ordinaires. Mais pas plus les exemples que les principes évoqués ne paraissent exercer la moindre action ni sur Tune ni sur l'autre assemblée. Les supplications en faveur d'un vieillard, les protestations en faveur d'un citoyen illustre vont se perdre dans le silence. Pour toute réponse à la requête de madame Barneveldt, les Etats-Généraux font écrire en marge une dérisoire exhortation à la patience, signée de l'adversaire le plus acharné de Barneveldt, François Aerssen ^ . Et lorsque enfin, n'espérant plus soustraire son mari à la juridiction du tribunal extraordinaire, madame Barneveldt essaie de le rendre moins défavorable en récusant comme ennemis personnels de l'accusé trois des membres de la Cour, Aerssen, Buys et Régnier Pauw, bourgmestre d'Amsterdam, une résolution des Etats, conçue dans les termes les plus durs, déclare que ses paroles sont attenloires à Thonneur des trois membres désignés et les prend tous trois sous la protection spéciale de l'assemblée.

L'intervention des envoyés de France ne devait pas obtenir un meilleur succès.

L'arrestation de Tavocat de Hollande avait produit dans les cours étrangères une sensation très-grande ; mais nulle part elle n'avait excité autant d'indignation

Page 1