GoUeclion Dupuy, Bibl. imp
4tt HISTOIRE- DBS COMMENGfillENTS
national. Par unç allusion ironique à la tnort du maré*chal d'Ancre^ les Etats insinuaient qu'ils étaient maîtres d'en user envers un sujet factieux de la manière qu'on avait fait en France, et ils finissaient en suppliant le roi d'autoriser ce qu'il n'avait pas fait jusqu'ici, les ministres protestants de son royaume à se rendre au synode de Dordrecht. Après quelques démarches encore, toutes aussi infructueusesi H. de Boissise fut rappelé et du Haurier resta seul, l'envoyé anglais Carleton refusant formellement de joindre ses efTorts aux siens, à lutter contre le courant de l'opinion et l'acharnement croiS'*' santdes ennemis de Barneveldt. Découragé par l'inuti^ lité des efforts qu'il avoit faits pour empêcher la tenue du synode et pour prévenir la procédure, soupçonnant de plus en plus les intentions secrètes du stadhouder, du Maurief espérait cependant encore que les prison** niers échapperaient à la sentence capitale ; mais cet espoir fut de courte durée.
La condamnation des Remontrants et de leur doc* trine, proclamée par le synode assemblé en présence de tout le peuple, dans l'Eglise de Dordrecht, ce triomphe éclatant du parti orthodoxe, hâta l'issue funeste du procès.
La cérémonie solennellq qui terminait l'œuvre du synode, avait eu lieu le 9 mai; le 12, la sentence qui condamnait à mort l'avocat de Hollande fut pro-
noncée \
1. Le rapport qui existait entre oes deUx éyénements eit exprimé
DE LA UËPUBLIQUE AUX PAYS-BAS 4ta
Vers les six heures du soir, c'était un dimanche^ Olden Barneveldt vit entrer dans sa prison les deuxpro*cureurs fiscaux Sylla et Leuwen. 11 se leva pour les recevoir ; leur attitude était grave ; ils ordonnèrent à Franken, qui était auprès de son maître, de s'éloigner. Puis, après un moment de silence, Barneveldt ayant refusé de se rasseoir :
c Nous venonS) lui dit Leuwen, au nom de MM. les Etats-Généraux, vous prévenir que demain matin vous aure» à paraître devant eux pour ouïr prononcer votre sentence de mort.
— Ma sentence de mort ! répéta par deux fois Barneveldt avec l'accent de la surprise* Je ne m'y attendais pas ; je croyais que l'on m'entendrait encore, t
Et comme Leuwen balbutiait quelques mots d'excuse:
€ Je ne vous en veux pas, lui dit le prisonnier. Que ceux qui ont porté un tel jugement en répondent au tribunal de Dieu!... Est-ce ainsi, ajouta-t-il, que l'on traite un bon citoyen ? Encore si je savais pour quelle cause ils vont m'ôter la vie ! » Puis il demanda de l'encre et du papier pour écrire ses dernières volontés, et Leuwen étant sorti pour en chercher: t Sylla, Sylla ! s'écria le vieillard d'un accent pénétrant en re-
par un jeu de mots resté célèbre : « Les canons du synode ont emporté la tète de fiarneveldt, » écrivait Diodati, l'un des théologiens qui se* signalèrent dans lo synode par l'emportement du zèle calviniste.
gardant ce jeune homnoe qu'il avait vu tout enfant dans sa famille, que dirait votre père, si, de là-haut, il vous
voyait ici ! » Ce fut son seul reproche. Sylla garda le silence.
I/encre et le papier apportés par Leuwen, Olden Barneveldt commença d'écrire une lettre à sa femme, c Prenez hien garde à ce que vous allez écrire, lui dit alors Sylla, de peur de donner aux juges un motif de ne pas faire remettre la lettre. > Le vieillard sourit, c Allez-vous me dicter à ce dernier moment ce que je dois écrire, Sylla ? > dit-il avec une douce ironie. Puis Leuwen l'engageant à écrire librement, attendu, lui ditil, qu'il n'avait reçu à cet égard aucun ordre,^ Olden Barneveldt reprit la plume et continua d'écrire sans laisser paraître sur son visage la moindre altération.^ Comme il écrivait encore, le ministre Walœus entra. Barneveldt ne le connaissait point. Impatienté qu'on l'interrompit : c Que venez-vous faire ici ? lui dit-il. >
c J'y viens parce que j'ai une fonction à remplir, répondit le prédicant, je suis envoyé vers vous par messeîgneurs les Etats pour vous assister et vous consoler, >
€ Je suis un homme , reprit Olden Barneveldt avec calme. Je ne suis pas arrivé à mon âge sans savoir comment je dois m' assister et me conduire moi-même. ^