‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 62 sur 71 · Garleton, III · texte numérisé non relu

Garleton, III

2. Jck beo en man, gekoomen tôt mijne âagen ende wete hoe Ick my sol trosten.

Laissez-moi. En ce moment, j'ai autre chose à faire. » Walœus répondit qu'il attendrait, et le prisonnier, sans s'émouvoir, acheva les lettres qu'il avait commencé d'écrire ; il les remit à Leuwen ; alors, se tournant vers le ministre, il se montra disposé à l'entendre. Walœus, bien que calviniste orthodoxe et membre du synode, était un esprit élevé, étendu. Son entretien fut pour le prisonnier, privé depuis longtemps de tout commerce d'idées, un soulagement véritable. L'àmedeBarneveldt avait toujours été d'ailleurs plus accessible aux douceurs de la piété humaine qu'aux aigres disputes de la théologie. Il retint Walœus jusqu'à l'heure de son repas qu'il partagea avec lui, et la nuit approchant, qui devait être pour lui la dernière, il le pria d'aller de sa part trouver le prince Maurice pour lui recommander ses enfants et le supplier de ne pas faire porter sur .eux le ressentiment qu'il avait contre leur père. « Assurez Son Excellence, dit le vieillard, que j'ai toujours été sincèrement affectionné à sa maison, à sa personne, et prêt à le servir en tout ce qui n'était pas contraire aux devoirs de ma charge. » Walœus très-ému, et que l'entretien qu'il venait d'avoir avec le condamné pénétrait de respect, lui demanda alors s'il ne l'autorisait point de prier le stadhouder d'user envers lui de son droit de grâce, Barneveldt, resté pensif un moment, s'y refusa. « Rapportez fidèlement au prince- d'Orange ce que je viens de vous dire, reprit-il, je ne souhaite rien autre chose. »

4M HISTOIftE DES COMMEfCCEllEKTS

L'enireiien de Walœus avec le stadhoadera été très^ diversement raconté par les historiens hollandais. Selon qu'ils appartiennent à l'un ou à Fautre des deux partis qui n'ont pas encore cessé de diviser les Pays-Bas, ils s'attachent à représenter Maurice implacable» froid, cruel en sa vengeance ; ou bien obéissant à regret à la raison d'Etat, agité, attendri jusqu'aux larmes et n'attendant du condamné qu'un signe pour lui faire grâce \ Il n'est pas difBcile d'admettre qu'en une telle circonstance plus d'une hésitation^ plus d'un souvenir troublèrent la résolution du fils de Guillaume ; que les paroles que lui porta Walœus arrachèrent à la violence de son tempérament quelques pleurs. On peut croire aisément que son orgueil eût été satisfait de Thumiliation de Barneveldt plus que de sa mort, dont il entrevoyait déjà, peut-être pour lui-même, pour sa popularité, pour sa gloire, les effets funestes. Mais il n'en est pas moins constant qu'il écarta toutes les représenta^ tions, toutes les prières, et que, tenant dans ses maios le sort de Barneveldt, il souffrit, il voulut que l'échafaud fui dressé sous ses fenêtres.

L'assurance rapportée par Walœus que le stadhouder aurait égard à sa recommandation et protégerait ses enfants s'ils ne se rendaient pas indignes de son intérêt, parut soulager Barneveldt d'une vive inquiétude, et le ministre ajoutant que Maurice, visiblement ému, lui avait exprimé son élonnement, son regret, de ce que

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