‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 66 sur 71 · So klaar als den'dag. Groen van Prinslerer, archiv · texte numérisé non relu

So klaar als den'dag. Groen van Prinslerer, archiv

2. a Nous ne pouvons, disait madame Barneveldt à la princesse Louise, consentir à celte démarche avilissante ; et, d&t-il perdre la vie, nous ne dirons pas une parole qui le déshonore, »

trecht dans un bain de sang, mais de jeter TEtat et la personne du stadhouderdans le plus grand péril ^ ; en conséquence de quoi il était condamné à être exécuté par le glaive dans le binnenhof^ et tous ses biens con- Osqués. »

A plusieurs reprises, pendant cette longue lecture, Olden Barneveldt se leva et voulut parler, mais on ne lui en laissa pas le temps. Quand le secrétaire du tribunal eut achevé : « Il y a bien des choses dans cette sentence, dit le vieillard, qui ne sont pas conformes à mes dépositions. — J'aurais cru, ajouta-t-il, en faisant allusion à la confiscation de ses biens, que messeîgneurs des États-Généraux auraient assez de mon sang, et

qu'on n'aurait pas dépouillé ma femme et mes enfants de tous mes biens. C'est donc là la récompense de quarante années de services rendus à la République ! »

L'un des juges l'interrompant brusquement : « Votre sentence est lue, lui dit-il; allez! allez! {Voort! voorl !) i> Barneveldt ne répondit pas ; il se leva tranquillement et sortit, appuyé sur le bras de Franken. Plus heureux que la famille, le bon serviteur avait obtenu la grâce de suivre son maître.

Il était dix heures environ. Dressé devant l'escalier

1. Condempneren hem, mit desen, gebracht te werden metten opU Binnenhof, ter plaelse daer tœ bereyt, ende aldaar geexecutert te werden metten sweerte, datter de dood nae volcht, ende verklaaren aile sijae gœderea geconfisqueert, Verbooren.

de la grande salle, à la hauteur des fenêtres, Téchafaud attendait. Une compagnie d'un régiment anglais et la garde du stadhouder étaient rangées autour. La foule que Ton avait laissée entrer dans le binnenhof commençait à s'impatienter d'une trop longue attente, « Le voici ! le voici ! > s'écria-t-elle en apercevant le condamné. Barneveldt s'avançait lentement et d'un air plein de noblesse. A ses côtés, se tenait Lamotius, derrière lui venait Nythof. Barneveldt portait une longue robe en damas couleur de feuille morte ; sa tête était découverte. Quelques soldats raillèrent cette tête blanchie. «Grand Dieu! qu'est-ce que de nous?» s'écria le vieillard voyant les apprêts du supplice ; puis, regardant autour de lui comme pour chercher la place où il devait s'agenouiller, il parut s'étonner de n'y pas voir un coussin; mais comme le prévôt se disposait à en faire chercher un, il le prévint en s' agenouillant sur le sable. Alors Lamotius commença de réciter les dernières prières : elles durèrent près d'un quart d'heure. Quand Barneveldt se releva, son visage avait une expression admirable de calme et de sérénité. Comme le bourreau s'approchait pour lui ôter un vêtement, il le repoussa doucement et se fit aider par Franken. Puis, s'avançant sur le bord de l'échafaud et s'adressant au peuple: « Mes amis, dit-il en élevant la voix, ne croyez pas que je suis un' traître à la patrie. J'ai agi loyalement, et je meurs en bon citoyen \ > Son serviteur lui mit alors sur la tête

i. Mannen, gelooft nit dat ik een landverrader ben; ik beb opregt

un bonnet de velours, qu'il abaissa lui-même sur ses yeux. Et s' agenouillant de nouveau : « Père céleste, s'écria-t-il en tendant vers le ciel ses deux mains jointes, reçois mon esprit! » Ce furent ses dernières parolea. Le bourreau trancha sa tête d'un seul coup.

Aussitôt, rompant la haie des gardes, la foule envahit réchafaud. Elle se précipite vers le tronc décapité. On trempe des mouchoirs dans le sang qui coule encore. Quelques-uns arrachent de petits morceaux de planche, d'autres ramassaient à poignée du sable imbibé de sang; plusieurs autres, assure-t-on, recueillent de ce sang pour le mêler au vin et le boire. Est-ce vénération,

remords, haine insatiable, goût pervers des choses horribles ? Qui le dira î Tout spectacle violent qui frappe les multitudes y suscite à la fois les meilleurs et les pires instincts de l'homme. Ce n'est pas tout: un trafic de ces reliques sinistres s'improvise au pied de réchafaud. Quelques-uns s'en indignent, et l'on rapporte qu'un paysan, un arminien sans doute, tendant vers les vendeurs son mouchoir, s'écria d'un air sombre : < Vendez-moi pour un demi-ryxdaler de sable bien trempé de sang de Barneveldt ; que je le garde jusqu'au jour des vengeances ! »

Les obsèques de l'avocat de Hollande se firent sans aucune pompe. Un cercueil grossier, commandé pour un malfaiteur auquel le prince Maurice avait fait grâce,

en yroom gehandolt, als een goed patriot, en die sterf ik. Gr. v. P. archives.

reçut le corps du premier magistrat de la République. On interdit à sa famille de suspendre, selon l'usage, au-dessus dé la porte de sa maison, l'écusson de ses armes. L'échafaud, qu'en d'autres circonstances on aurait fait enlever en toute hâte, resta pendant plusieurs jours debout dans la cour d'honneur du palais, comme pour prolonger l'effet de terreur qu'avait produit le supplice. Cependant, par un de ces retours subits de la conscience humaine, sur qui la mort semble avoir des prises que n'a point la vie, les Etats de Hollande, restés sourds à la voix de Barneveldt aussi longtemps qu'il leur avait été possible de le sauver, s'empressèrent, aussitôt qu'il eût cessé de vivre, d'inscrire dans le registre de leurs Résolutions ces paroles mémorables, qui témoignent, autant que de ses vertus, de leur faiblesse et de leur ingratitude :

« Aujourd'hui a été exécuté monseigneur van 01den Barneveldt, etc., avocat de Hollande et de West- Frise, etc, etc., après avoir servi cet Etat pendant trente-deux ans, deux mois et cinq jours, etc. C'était un homme de grand zèle, activité, mémoire et prudence ; oui, extraordinaire en toutes choses. Que le fort songe à ne pas tomber ! Et que Dieu fasse grâce à son âme ! Amen M ■

Quant à Maurice, sans admettre, avec les écrivains hostiles à la maison de Nassau, qu'il vit de sa fenêtre,

1. Een man van grootem bedrijve, besogne, memorie en dircctie; ja singulier in ailes. Rés St. Holl., 53 mai 1616.

qu'il /egarda avec une lorgnette Texécution, et qu'au moment où s'agenouillait le condamné, il laissa échapper une exclamation cynique \ il est impossible d'excuser la dureté opiniâtre avec laquelle il repoussa toutes les prières qui lui demandaient la vie de Barneveldt et souffrit, lui tout-puissant, lui présent, que le bourreau portât la main sur cette noble tète que tant de souvenirs et de liens lui devaient rendre sacrée.

La lettre qu'il écrit, peu d'heures après l'événement, au comte Guillaume Ludovic, étonne par la sécheresse du récit que n'accompagne aucune réflexion, si ce n'est une sorte de plainte sur l'impertinence de la famille, « laquelle, dit le stadhouder, au lieu de s'humilier, de supplier pour tâcher d'obtenir grâce, n'a parlé jusqu'à latin quede droit et de justice^...», tant l'acharnement de la lutte et l'irritation de l'amour-propre avaient fini par fausser le jugement de Maurice! C'est ainsi que le peuple hollandais, au lendemain de sa glorieuse indépendance, vit mourir de la mort des malfaiteurs le grand citoyen que l'Europe considérait et honorait à bon droit comme le second fondateur de la république, le magistrat qui, depuis la mort du Taciturne, gouvernait seul l'état par l'irrésistible ascendant de son génie et de sa vertu politique.

Le mystère qui enveloppait les causes de cette mort en augmentait l'impression lugubre. Ses circonstances

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