‹ Histoires et contes de la grand'mèreChapitre 19 sur 25 · LES VISITES · texte numérisé non relu

LES VISITES

Le lendemain matin, au point dn jour, toute la famille était sur pied; les enfants s’aidaient mutuellement à s’habiller, tandis que leur mère, oubliant sa colère de la veille, ou cherchant peut-être à la faire oublier, apprêtait le déjeuner

de son mari. Elle posa devant lui un grand bol de lait.

PERSÉVÉRANCE

— Il n’y a que juste de quoi payer le boucher et l’épicier, qui ont eu tant de peine à nous faire crédit ces huit derniers jours, dit-elle, en recomptant la petite somme que son mari lui avait remise la veille au soir.

— Voilà encore deux écus d’or que je gardais par devers moi, reprit Palissy avec un soupir. Prends-les, femme, mais tâche d’économiser là-dessus de quoi acheter un livre à notre Bernard. Il est l’ainé, et il est juste que nous lui donnions la sagesse qui passe richesse. L’enfant a le cœur tourné au savoir; il écoute et regarde attentivement toutes choses, et qui sait ce qu’avec l’aide de Dieu il pourra devenir un jour ?

— Dieu le garde de devenir un songe-creux, comme il n’advient que trop souvent à ceux qui en savent si long ! murmura entre ses dents la femme de Palissy. Qu’il apprenne un honnête métier et qu’il s’y tienne, et ni lui ni les siens ne manqueront de pain.

Elle prit les pièces d’or que son mari lui tendait.

— Encore huit jours de vie, dit-elle, et après?

— Après, Dieu y pourvoira, femme, dit Palissy.

PERSÉVÉRANCE

Il se dirigea vers son cabinet; mais, comme il allait y entrer, on frappa rudement à la porte de la maison.

— Qui peut donc venir si matin? dit la femme ; depuis plus de deux mois personne ne nous a fait visite.

— Quelque créancier qui a besoin d’argent, reprit Palissy.

Un des enfants avait couru ouvrir : l’épicier entra.

— C’est vous, maître Claude? dit la femme, j’allais justement vous porter les vingt deniers que nous vous devons.

— Ne vous en mettez point en peine, ma chère dame ; à votre aise, et usez-en comme il vous plaira. Notre boutique est à votre service. Ce n’est pas cette bagatelle qui m’amène. J’aurais seulement un petit mot à dire à votre mari, à maître Palissy que voilà; et si vous avez besoin de quelque chose, passez chez nous, vous trouverez ma femme toute prête à vous servir.

Resté seul avec Palissy, qui ne savait à quoi attribuer cette obligeance inaccoutumée, l’épicier toussa, se moucha, toussa encore, et finit par dire :

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