‹ Histoires fin de siècleChapitre 3 sur 12 · CHAMBRE D'HOTEL · texte numérisé non relu

CHAMBRE D'HOTEL

Quelques mots à peine, des interjections sans suite...

Puis la voix grêle, chevrotante un peu, du voisin, s'éleva plus distincte :

— ...Mets-toi dessus!

Lucien haussa les épaute§.^- autant que le lui permettait l'empilement des oreillers — et se rendormit avec un demi-sourire sur les lèvres.

Son somme dura peu .

Un quart d'heure ne s'était pas écoulé que de nouveau le bruit se reproduisait dans la chambre voisine, mais plus haletant, avec un acharnement plus passionné...

Puis ce fut, cette fois-ci, la voix de la femme qui s'éleva — avec quel accent de lassitude pâmée!

— Non, pas comme ça... Mets-toi dessus à ton tour!

Et, tout en pestant d'être réveillé pour la seconde fois à des heures aussi indues, Lucien s'attarda en quelques réflexions intenses sur les volcans ignorés du monde, et qui bouillonnent sous l'eau frigide et calme des lacs gelés.

Il songeait aussi que c'est fort bien que

les blondes fades de Zola aient fait rentrer dans l'ombre les pétulantes Andalouses de 1830, quand, après une accalmie, la voix du petit monsieur se fit entendre; il disait avec une impétuosité singulière :

— Maintenant, mettons-nous dessus tous deux I !

Lucien se dressa sur son séant, galvanisé de stupeur... Quelle scène se passait donc à côté de lui? Quelles affolantes et irréalisables fantaisies tenaillaient les nerfs exacerbés de ces bourgeois au paisible aspect?...

Il sauta à bas de son lit, écarta le cachepoussière qui masquait le trou ménagé dans la porte. Et il regarda.

Le mince bureaucrate et la fade blonde, montés tous deux sur le couvercle de leur malle trop pleine, s'épuisaient en vains et furieux efforts pour en fermer le couvercle récalcitrant I

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