‹ Histoires gaiesChapitre 3 sur 8 · UNE RUPTURE · texte numérisé non relu

UNE RUPTURE

« ... Le grand mot est lâché, mon ami, je ne vous aime plus et j'en aime un autre. Venez me dire adieu quand vous voudrez et restons amis. Soyez convaincu que je n'hésiterais pas, comme par le passé, à faire appel à votre délicatesse de gentilhomme à l'occasion.

" Celle qui fut votre fidèle amie,

» Estelle de Saint-Elzéar. »

En achevant cette missive, M. le comte de Serinville fit sur sa chaise un saut de trois pieds et laissa choir ses caries sur la table où le major macédonien Trombescu était en train de lui voler quelques louis avec infiniment d'adresse. Appelant un valet de pied, il lui parla à l'oreille

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et se prépara au départ, s'excusant sur une affaire urgente. Le valet, rapidement revenu, lui remit un paquet mystérieux, et M. le comte sauta dans une voiture du cercle. Tout en se rendant chez madame de Saint-Elzéar, il modifia quelque peu le faciès dont l'avait doué la nature. Une fausse barbe blonde, délicieusement frisée, était dans le paquet. Il en revêtit la nudité azurée de son menton, et la transformation était telle que, dans ce cadre d'or, son visage n'était plus reconnaissable, même à ses familiers. Aussi avait-il coutume de faire régulièrement ce bout de toilette quand il se rendait chez sa maîtresse, laquelle demeurait dans la même maison qu'une amie de sa femme. Cette addition équivalait à un déguisement impénétrable. Tel Jupiter se métamorphosait pour aller courir la prétentaine chez les mortelles. Ce rapprochement était d'ailleurs le seul possible entre le tout-puissant régent de l'Olympe et le ramolli dont nous parlons. Quand le véhicule atteignit le terme de sa course, M. de Serinville était en état de braver les plus fins limiers de la police conjugale.

— Que vous ai-je fait; Estelle, pour me briser le cœur?

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