‹ Histoires incertainesChapitre 9 sur 13 · A MADAME PAUL BARBIER · texte numérisé non relu

A MADAME PAUL BARBIER

Ce furent quelques lignes d’un écho mondain, à rticle des « Déplacements et Villégiatures », qui ‘apprirent que le marquis de Lauturières avait itté son château de Naïlly et s'était rendu à Ney- I-les-Bains pour y prendre les eaux. Cette noule, que relatait la plus aristocratique de nos gattes, n'avait pas, par elle-même, une importance en générale et elle n’aurait probablement pas at- ‘é mon attention si elle eût concerné tout autre 1e le marquis de Laulurières et si, se rapportant lui, elle n’eût pris une signification assez particure. N’était-elle pas, en effet, l'indice d’une promde et insolite perturbation dans les habitudes existences de M. de Lauturières ? Depuis de lonues années M. de Lauturières passait à Nailly les uatre saisons de l'an, sans s’absenter jamais. our qu'il eût rompu avec cet usage, il avait dû iloir des circonstances tout à fait exceptionnelles

dont je conjecturais d’ailleurs assez aisément caractère : M. de Lauturières devait être fort mal de, sans quoi il n’eût pas consenti à changer séjour de son château de Nailly contre celui Neyrol-les-Bains. Les exigences de sa santé po vaient, seules, lui imposer ce déplacement et avait dû le retarder au point de le rendre prob blement inutile, d’où je conclus, avec une indifi rence bien humaine, que la France compter:

bientôt, non seulement un grand seigneur etn véritable savant de moins, mais aussi un fama original.

Car c'en était un que M. le marquis de Laut rières !

Veuf et sans enfants, après avoir été le marit Mie Varades, la fille du grand industriel, qui } avait apporté avec elle et laissé après elle une it posante fortune, il avait, dès lors, renoncé à la x mondaine et sportive qu’il menait, soit dans si somptueux hôtel de avenue Matignon, soit da son magnifique château de Naïlly où la dot Me Varadeslui permettait un train digne du mar chal de Nailly, le vainqueur de Nassingen et : Heïlkirch, qui, à la fin du xvr® siècle, avait cor truit cette opulente demeure et de qui descendi

de Lauturières, par sa mère, la dernière des illy, comme :1l serait lui-même le dernier des ns...

l'est assez d'usage cependant, dans le monde quel appartenait le Marquis, de faire passer les érêts de famille avant les préférences du cœur. ssi les remariages y sont-ils fréquents. Le devoir ne pas laisser s’éteindre un nom illustre fait *e souvent les obscures objections du sentiment. de Lauturières ne se conforma pas à cette couae et n’obéit pas à ce devoir. Sa femme morte, tel de Paris vendu, Naïlly retombé au silence ses vastes appartements et deses jardins déserts, artit pour un long voyage en Asie, au cours dulil parcourut la Perse et les Indes, visita le Ja- 1, et surtout la Chine, minutieusement, en ses erses parties jusqu'aux hautes régions du Thi- , d'où il revint, non point consolé de son veu-

e et disposé à contracter une nouvelle union, is versé dans les langues chinoise et thibétaine imateur passionné de linguistique extrème-orien- : et d’antiquités asiatiques.

zette passion, M. de Lauturières n’avait dès lors sé de s’y adonner, non point avec le dilettanae d’un homme du monde, mais avec la con-

science d'un savant. Des études fort approfond et fort sérieuses, menées dans laustère et compl solitude de Nailly, firent de lui un sinologue émin: à qui l’Académie des Inscriptions eût été heure d'ouvrir ses portes, mais M. de Lauturières n’ax pas répondu aux avances de la savante compagrt à laquel'eil se bornait à communiquer les nombra travaux et mémoires qu'il publiait. Ces publicatit et ces communications étaient à peu près ses se rapports avec le monde des vivants. Jlavait renoi progressivement à toutes relations de parentés d’amitiés et demeurait strictement confiné ens château de Nailly, d'où il ne s’absentait jam comme je l'ai dit, sous aucun prétexte. Il y ax réuni une importante bibliothèque et une riche € lection de manuscrits dont il ne refusait pas l’ac à ses confrères en sinologie, quand ïls désirai les consulter, car, si M. de Lauturières ne fr pait à aucune porte, on ne se privait pas de ve heurter à Ja sienne. Elle ne s’entre-bâillait, d’ leurs, que pour de courtes visites, qui, si court sement qu’elles fussent faites ct reçues,ne mena à aucune intimité avec le maître du lieu.

. Tel qu'était M. de Lauturières, de par son ractère et ses préoccupations, il y avait dt

1 de chances que les circonstances me missent

ais en contact avec lui. Mes études sur la vie ante et secrète du xvrr° siècle eussent bien peu Sressé quelqu'un qui préférait, sans nul doute, roi Louis Quinzième les empereurs de lointaidynasties chinoises dont je ne savais pas même om. Et cependant,quelque différents que fussent travaux, ils ne laissaient pas de se ressembler un point. N'avions-nous pas, l’un et lautre, : égale curiosité du passé ? Ne cherchions-nous chacun à notre facon, à en déchiffrer les énig- 3 et à en percer le mystère ? N’éprouvions-nous tous deux un mème attrait pour l'inconnu ? Seutnt le voile que s’appliquait à déchirer M. de turières était brodé de caractères bizarres et fravagants, d’antiques figures hiératiques, tandis : celui que je tentais de soulever était fait d’une e légère et souple derrière laquelle apparaissait drâce frivole et souriante de l’époque où j'aurais lus voulu vivre et où je me plaisais le mieux fuaginer d’avoir vécu. Néanmoins, j'aurais fort nné M. de Lauturières si j'avais assimilé les tes chinois et thibétains, sur lesquels il exerçait science, aux petits papiers d’archives où Je Ouvrais un peu de la vie et des mœurs d’aulois.

Ce fut pourtant à ces humbles recherches que) dus l’occasion d’avoir recours à la complaisan de M. le Marquis de Lauturières et voici de que façon l’événemernt se produisit. Un Jour, un me chand d’autographes, sachant que les historié de la « petite histoire » ne dédaignent pas ce gen de documents, vint me proposer l'achat d’une ass curieuse correspondance datant du xvin® siècle:

Ecrites par un homme de la Cour'à une fem de qualité, ces lettres, d’ailleurs spirituelles galamment tournées, relataient certains épisod] de la vie de Versailles et, notamment, l’histoire“ cette belle comtesse de Nailly dont le roi Louis 2 fut amourvux et que son mari, averti par elle-n me de la passion qu’elle inspirait, emmena, sa délais et à tous relais, en son château de Nailly; il s'enferma avec elle jalousement sans qu'ils sortissent jamais plus jusqu’à leur mort. De ce anecdote, dont on trouve trace dans les mémoï du temps, l’auteur semblait particulièrement inf mé. Il donnait des détails assez circonstanciés & la belle recluse et sur sa vie en ce château st taire et rapportait, entre autres choses, que la ca tesse Sabine, — car elle portait ce nom d’enlè ment, — avait fait construire au bout des iard

1 pavillon où elle aimait à se retirer dans le miu du jour pour y «rêver et faire de la musique » où elle avait fait placer son portrait, peint au stel par La Tour quelque temps avant son enlè- ‘ment, « comme si elle eût voulu, ajoutait l’auur des lettres, conserver devant elle ce visage qui fait excité le caprice d’un roi et qui lui avait valu, 1r sa beauté, le sévère exil où s’en consumerait squ'à la fin linutile et périssable merveille ». Telles qu'elles étaient, ces lettres,dont je n'étais irvenu à identifier ni l’auteur ni la destinataire, puvaient donner lieu à une publication intéresinte, mais combien elle le serait davantage enre s’il m'était possible de recueillir d’autres ren- ‘ignements sur l'héroïne de cette lointaine avenre et d’y joindre la reproduction de ce portrait » La Tour qui existait peut-être toujours, ainsi ie le mystérieux pavillon et le château de Nailly ! uant à ce dernier, je fus vite fixé à son sujet. Annuaire des châteaux le mentionnait avec le pm de son propriétaire actuel. Il ne me restait us qu’à obtenir de lui les autorisations nécessai- S, au cas où mes prévisions fussent justes.

Sans me laisser décourager par ce que j’apais de M. le marquis de Lauturières et de sa répu-

tation de parfait original, je lui écrivis donc po solliciter l'accès de ses archives de famille et d lieux où sa belle aïcule avait vécu. La réponse fit si peu attendre qu’en ouvrant l'enveloppe qui contenait j'eus le sentiment qu’elle m'apportait” de ces refus polis et catégoriques, devant lesqu il n'y à qu'à s'incliner ; mais avant de prendre c& naissance de l’épitre dont le chiffre couronné m vait révélé la provenance, mon regard tomba sur signature. Ce n’était pas celle de M. de Lauturièr Le châtelain empruntait pour me répondre la p me de son bibliothécaire, M. Luc Destieux... LE Destieux ! Mais Luc Destieux, c'était le nom d’

ancien camarade de collège et de jeunesse que j’av perdu de vue depuis assez longtemps. La rencon élait singulière, et Destieux se réjouissait sincè ment de la conjoncture quinous rapprochait d'u manière si imprévue et dont il avait fait par M. le Marquis. Aussi m'avisait-il que, sur ses inst ces, M. de Lauturières m’autorisait à visiter Naï sans me cacher pourtant que cette visiteseraitpi moi une déception, et que je netrouverais, plus € probablement, rien dans les archives qui concer son aïeule. Dispersées pendant la Révolution, € n’avalentété reconstituées que partiellement. Qu

pavillon, M. de Lauturières s'excusait de ne js me le laisser voir. Strictéement clos depuis. la rt de M? de Lauturières, ainsi que les apparteents qu'elle avait occupés au château, personne y pénétrail jamais.Or, comme plus de trente ans itaient écoulés depuis lépoque où la marquise Lauturières en avait fait une sorte de Trianon Lelle venait parfois, l'été, travailler à l'aiguille ou e quelque livre, le portrait de La Tour, déjà fort imé en ce temps-là, devait être maintenant tout fait effacé, Le Marquis chargeait Desticux de exprimer ses regrets d’un refus dont je comrendrais ccrtainement les raisons. La lettre finisit par le souhait de Dustieux que je donnasse uite à mon projet. La pensée de me revoir Jui ausait un vif plaisir. Il mourait d’ennui en cette olitude, parmi ses manuscrits chinois et en comawnie de ce vicil original. Feureusement qu'il Wait pour se distraire son grand poème épique en ängt-quatre chants auquel il travaillait depuis six ins et dont il me lirait des fragments. Suivait Phoaire des trains pour Nailly.

Si la lettre de Destieux ne me satisfaisait pas sntièrement, elle ne me décourageait pas tout à fait, J'avais le vague espoir qu’une fois à Nailly

quelque circonstance fortuite me permettrait vaincre la répugnance de M. de Lauturières à m laisser visiter ce fameux pavillon. Il m'était dé arrivé dans mon existence de fureteur de surmont des ofstacles plus infranchissables. Si seuleme ti pouvais approcher de M. de Lauturières, je pi | viendrais bien à mes fins ; mais la réponse ail m'avait fait faire semblait bien signifier que c'étà à Nailly et non pas à lui-même que s’adresserait 1, visite et qu'il s’en remettait à Destieux du soin me recevoir au château. Enfin, une fois dans) place, j'agirais selon les occurrences ; mais, pour première fois de :na vie, je regrettai de ne pas êt| sinologue. Hélas ! je ne connaissais d’autre Chill que celle que le xvnit siècle faisait figurer sur s| paravents et dans ses contes philosophiques. Néa moins, je me décidai à tenter l'aventure qui | vaudrait, à tout le moins, le plaisir de revoir] brave Destieux et d'écouter quelques fragme d’un poème épique, ce qui n’est pas, après tout,W divertissement ordinaire.

Je trouvai Luc Desticux à la gare et Je leu

uus de loin. Il n'avait guère changé depuis nos ères rencontres, qui remontaient pourtant à oon nombre d'années. Un peu grisonnant, il onnait légèrement. Sauf cela, c'était toujours nême Destieux que j'avais connu répétiteur sune boîte à bachot,rédacteur en chef de jourx sans abonnés, agent d'assurances, secrétaire héâtre, puis que j'avais perdu de vueet que je ouvais bibliothécaire d’un sinologue éminent et te épique à ses moments perdus.

ependant, après la poignée de main de bienve- , il m'avait fait asseoir à côté de lui dans un ant tilbury dont il fouetta le cheval qui partit à trot tranquille. À la première montée, Desx alluma sa courte pipe.

- C’est tout de même drôle, la vie ! Du diable, aurais pensé te voir à Nailly et même te revoir ‘urs. Oh ! je ne t'avais pas oublié, mon vieux, S,tu sais, je n’ai guère l’art de cultiver mes relais. Je compte sur le hasard et je n'ai pas tort, sque te voilà. Ah ! je suis content. Tu vas resdiner et coucher au château et tu ne repartiras demain soir. Il y a un très bon train. Cest ndu avec le Marquis. Il garde la chambre et il souffrant en ce moment, ainsi ça ne le gènera

anne

pas... Mais vrai, là, je Suis content de te voirs n'a pas pris une année et pourtant ce n'ests hier que nous nous rencontrions chez cette pat Félicie! Tu te rappelles, hein, Félicie Landret « Félicie de toutes les félicités », comme disions ? Ah! la bonne fille,et gaie et drôle, ets et forte gueule ! Dire qu'elle a fini, mariée avee imbécile de La Rupelle... Comme c’est loin ! Sapt ti! On s’amusait en ce temps-là, tandis qu’iêl Tiens, ça me fait plaisir de voir une autre fig que celle de mon Marquis. Ce n’est pas que cef un mauvais hormme, mais il a eu des cha gril Jamais il ne s'est consolé de la mort de sa femif c'est ce qui la conduit à [a sinologie. Eucoré| m’emmenait en Chine à sa suite, ce serait une traction, mais classer sa bibliothèque, faire“ fiches, recopier des mémoires et des notes, ce fi] pas une vie... Que veux-tu ? c’est mon gagne-p} de m'occuper de tous ces grimoires, mais quai m'y intéresser. Le seul avantage, c'est qu’iël suis tranquille au point de vue matériel. Pa soucis, pas de tentations. Alors je peux traväl} en paix à mon poème épique. Mais ça, noui] parlerons plus tard. Tout ce que je puis tell pour l'instant, c'est qu'il y a six ans que Al

dé ee

vandréide est sur le chantier. Vingt-quatre

HS... Tu verras.

estieux secoua la cendre de sa pipe avant de la éttre dans la poche de son veston. Puis il N :

= Un rude morceau et pas une bavure ! C'est lé. Mais quel travail ! Nulla dies sine linea. & du reste ce qui m'a permis de ne pas mourir. nui dans cet immense château désert, en têtete avec le Marquis absorbé dans ses souvenirs chärné à ses chinoiseries. [fallait trouver quelchose : humer le piot, courir le cotillon ! J'ai féré écrire un poème épique. J'ai commencé à Hague et puis je m'y suis mis pour de bon. Mon 5, c’est passionnant... et ça peut mener loin, $ quel tintouin ! Heureusement que je ne suis tdérangé. Personne à voir. De temps à autre, que vieux savant qui vient consulter nos grires et qui donne quarante sous de pourboire domestiques, en s'en allant. Ah! si, il y a hier. Pouthier, c'est l’homme de confiance du “quis. Il parcourt l'Europe pour lui acheter des itrasses, assiste aux ventes, visite les marnds. Un brave type, d’ailleurs, ce Pouthier, is il a’est presque jamais ici. Toujours en route,

Gr

ce vieux Chinois. |

Pendant que Destieux bavardait, le cheval @

tinuait à trotter sagement sur la route. Il fai) une belle et fraîche journée de septembre. Le était pur et clair. À droite et à gauche s’étendai des prairies. La campagne comyposait un del paysages de France, harmonieux etsimple, qui,s attirer l'attention par aucun détail particulièrem pittoresque, retiennent pourtant le souvenir pal ne sait quel charme secret des lignes et des «€ leurs. J'en allais faire l’observation à Destil lorsque, passant auprès d’une borne kilométrit il me la désigna du bout de son fouet :

— Nailly, six kilomètres. Nous entrons dan domaine de la belle comtesse.

C'était la première allusion qu'il faisait aw de ma visite et j'allais l'interroger pour savô ie devais vraiment renoncer à (out espoir con

le pavillon interdit et linvisible portrait, d il devança ma question.

À propos, mon pauvre vieux, J'ai encore ré, tu sais, pour le portrait, mais rien à faire. inologue est intraitable. Ilm’a même prié assez ement de ne pas te mener du côté du pavillon. ke nous, iln’a rien de particulièrement curieux, avillon. Je n’y suis allé qu’une fois, au début on séjour à Nailly. La partie du parc où il se ve est complètement abandonnée et assez peu

icable. Vrai, tu n’y perdras pas grand’chose,

noment que le Marquis ne permet pas qu’on “tre à l’intérieur. Pour le reste, château et jar- , il m'a chargé de t’en faire les honneurs. Cela \le voyage, même si tu ne trouves rien dans les ïives. Nailly est une belle demeure et la belle tesse n’était pas si à plaindre après tout... Mais s voilà presque arrivés.

evant nous, la route continuait toute blanche à le soleil, quand brusquement la voiture tourna r s'engager dans une large avenue montante lée d’une quadruple rangée de très vieux arbres récédée de deux colonnes supportant chacune Victoire équestre. Les chevaux et les figures ent traités dans la manière de Coysevox, et

ee

l'aspect seigneurial de cette avenue était compl par une monumentale grille en fer forgé qui dr sait ses piques dorées au haut de Ja pente as forte et les découpait sur le ciel entre deux pili qui s’ornaient de somptueux trophées d’armes de cuirasses, du même style que les claironnañ Victoires entre lesquelles nous avions passé.

Destieux m'avait poussé du coude : |

— Hein ! mon cher, avoue que cette entrée a chic, cette grille, avec ses médaillons où se crois les bâtons du maréchal de Naiïlly et ses troph militaires. Cela vous a assez l'air d’un frontisp de poème épique. Mais nous allons descendre K nous irons à pied au château. Tu verras que n Marquis n’est pas mal logé.

L’avenue aboutissait à une sorte d’esplam pavée. De chaque côté de la grille s’élevai quelque distance un bâtiment bas, à toiture d doises, dont les fenêtres, ornées de mascarons, s' guirlandaient de roses grimpantes. Tandis que }? mirais la grâce de ces deux logis, Destieux a poussé un sifflement aigu. À ce signal, du logis gauche, un vieil homme sortit, qui nous sal Destieux lui cria :

— Pas la peine d'ouvrir la grille, père Nargou

8 passerons par chez vous. Vous conduirez bien roiture aux écuries. Mais avant, mon cher, arde-moi ça !

it, à travers les ferronneries dorées de la haute te, Destieux me montrait du geste ce qu'avec amusant mélange de fierté ct de dédain il appefamilièrement : ça.

a! Le château bâti par le maréchal de Nailly it une magnifique demeure des plus majestueuses les plus nobles proportions. Sans être immense,

ily était grand par la beauté des lignes architurales,. par cet air de solidité, de logique, de npe élégante que le grand siècle apportait à ses iceptions.

Devant la façade miroitait un parterre d’eau prélé d'un grand bassin qu'ornait à son centre un bupe en bronze doré. Ce vaste espace découvert ncadrait de hauts massifs de verdure qui devaient mer derrière le château toute une forêt d'arbres, tcée d’allées régulières et animée d'eaux et de tues, et l’entourer de silence et de solitude. Et tait dans ce décor fastueux, noble et triste, auele temps n'avait rien changé, qu'avait vécu les igues années de son vertueux exil cette séduiate et trop prudente Sabine de Nailly, dont les

mémoires du duc de Cambefort et de l’abbé GA

lardet comparent la jeune grâce à celle de Flor printanière ; c'était là que, loin de Versailles, dif

de ses eaux et l’odeur de ses buis taillés, elle æ

ce Nailly qui devait le lui rappeler par le murm

vus’envoler sa jeunesse, se faner cette beauté «ll elle venait contempler l’image intacte et mélanf lique dans le portrait de la Tour, au fond del pavillon où elle se retirait pour « rêver et faire la musique », ainsi que le disaient les lettres nies dont les feuillets retrouvés par hasard m’avai appris d’elle ce qu’en répétaient les contemporà émus de sa mélancolique aventure et un peu n quois devant les scrupules conjugaux qui la avaient valu.

Je me laissais aller à ces pensées, lorsque, com!

pour y répondre, dans le grand silence, des nil

frais, sonores, gais, éclatèrent. Ils partaient de ? ) logis aux fenêtres enguirlandées de roses gril pantes et qui faisait pendant à celui d’où était st le père Nargouze à l'appel de Destieux. Com!

j'allais interroger ce dernier, je le vis qui hausil les épaules en aspirant les bouffées de sa pipey lumée.

— Ce sont les mioches de Pouthier qui #

sent! Ah ! c’est jeune ! Mais voyons, que dis-tu mon patelin ?

es rires argentins s'étaient tus dans le silence se mêlait, à l’odeur lointaine des roses, le murre d’une eau invisible. Dans le ciel pur, la haute Île érigeait ses piques dorées.

51 le château de Naïlly avait souffert, à l'époque la Révolution, de certaines déprédations, il n’en tait plus actuellement de traces apparentes. Le rquis de Lauturières, après son mariage avec 8 Varades et avant son veuvage, l’avait restauré € beaucoup de goût et d'intelligence et remis en

&tant extérieurement qu'intérieurement. Nailly, elfet, était meublé avec une sobre et haute magnince. Les parties du mobilier et de la décoration avaient dû être renouvelées s’accordaient parment bien avec celles qui en avaient été convées. L'ensemble avait grande allure. De plus, ïlly pouvait encore s’enorgueillir de nombreux ivenirs du maréchal. Son portrait équestre Sy Ssait ét montrait un gros homme ventru, botté cuir, cuirassé de buffle,le cordon bleu en sautoir, (bâton fleurdelisé à la main, sur un fond de pay-

00, | en || | |

7 | sage et de bataille. D’autres effigies le a | taient encore en costume de cour, de chasse où |

guerre. Mais les appartements de Nailly ne si naient pas seulement de ces précieuses Images fan liales, ils contenaient de beaux tableaux, de bellk tapisseries et quelques précieuses porcelaines de Chine en leurs montures du xvn° et du xvrr1* sièel} Quant à la bibliothèque qui occupait une long galerie, Destieux ne me permit pas de m'y attardi] — Tu verras cela demain et tu pourras fouill|

à ton gré dans les papiers de famille des Naillÿ Non, pas par là, c’est la salle des manuscritsil| nois, et cela ne t'intéresse pas. Maintenant, allo faire un tour de parc. J'ai commandé le dîner po six heures et demie, afin que nous ayons une vf ta

soirée. }

Far

La saile à manger où nous dinâmes était peli ovale, toute en miroirsencadrés de rocailles doré Elle datait, comme certaines parties des app ments, de l’époque de la belle comtesse qui a, dû les faire accommoder à son goût, le châteaul] paraissant sans doute bien suranné et trop à mode du précédent règne.

Le repas était délicat et faisait honneur au«!

r de M. de Lauturières, qui se trouvait d’ail- ‘être une cuisinière, car le personnel mâle du sau ne se composait que du maître d'hôtel et alet de chambre du Marquis, lequel assurait i le service de Destieux. Une femme de charge ait à l’entretien de la maison. En revanche, jardiniers s’employaient à celui des parterres ardin et des allées du parc où, du reste, M. de urières ne se promenait Jamais. De plus, une > de régisseur avait la haute main sur tout le aine. C'était le fils de ce père Nargouze qui tait avec lui un des logis à côté de la grille trée. Le bonhomme faisait fonction de portier bignait les trois chevaux qui composaient toute rie du Marquis. Un des jardiniers les attelait nait, au besoin, l'emploi de cocher.

es détails domestiques et les gémissements de ieux sur la solitude dans laquelle il vivait à ly nous menèrent jusqu’à la fin durepas. Quand s l’eûmes achevé, Destieux me prit le bras et mena dans sa chambre. Pour y parvenir, nous itûmes le large escalier de pierre à rampe de fer é qui conduisait à l’étage. Comme toutes les es du château, à l'exception de la charmante lite salle à manger où nous avions diné, cette

chambre était vaste. Tandis que Destieux alluma une grosse lampe placée sur la table encombréec papiers et de pipes, je m’approchai de la fenêtr Elle s’ouvrait dans la façade du château oppost à celle qui regarde le parterre d’eau. La nuit n’éta pas encore tout à fait venue et la lune se leva déjà au-dessus des arbres du parc, de telle sor que j'en distinguais assez bien la disposition. ce côté, le château de Nailly reposait sur une te rasse d’où une double rampe en fer à cheval coi duisait à un bassin entouré de parterres, au de desquels les masses d’arbres se séparaient pot laisser place à un canal fort large et fort long quu autre coupait transversalement pour former ut croix d’eau comme à Versailles. Ce canal était ur des beautés de Nailly. Ce soir, il luisait douceme! sous la lune levante et ses eaux immobiles ser: blaient refléter le silence. L'air était doux et pur | il eût été agréable de fumer son cigare devant noble décor de vieille France en songeant à tout qui n’est plus de ses grâces anciennes et de S splendeurs disparues, mais j’entendais Destieu froisser en toussant les feuillets de son manuscri

et je n’arrachai à ma contemplation. Ne pouvat échapper à «lépique », le mieux était de m

signer docilement. Aussi, quittant la fenêtre, Je is m'asseoir sous Ja lampe.

Destieux m'attendait, et, touché de ma soumison, il plaça à ma portée la boîte de cigares et les umettes, puis, ayant éteint sa pipe inachevée, il ononça les paroles sacramentelles :

— L’Alexandréide,poème épiqueen vingt-quatre ants.

Destieux n’avait pas de talent: son poème était rreur inexplicable d'un garçon d'esprit. (était : ramassis de vers emphatiques et laborieux, une nible suite de clichés et de lieux communs. Nulle vention, nul style, une composition du plus pur mpier. Quelque chose de faux, d’anachronique de vain. Comment avait-il donné dans cette manie rsifiante ? Lui que j'avais connu bon vivant et on vivant, comment s’était-il égaré dans cette ypte ? Car ce n’était pas un imbécileque Destieux. ne manquait ni de culture, ni d'intelligence, n1 ème de sérieux, puisqu'il était capable de remplir ez M. de Lauturières une fonction plutôt difficile s'en acquittaitbien, sans quoi le Marquis ne Peût s gardé tant d'années auprès de lui. Alors, murquoi ce fatras? Et le plus singulier, c'était

lil eût foi dans son œuvre. Par quelle aberration

n’en sentait-il pas Je ridicule ? Le gros Destiet poète épique, quelle gageure ! Ce Destieux que! revoyais au temps de nos rencontres chez cet Félicie Landret, à qui ilavait fait allusion, amusai l'aimable et bonne fille par ses bouffonneries, sa bagout, par sa verve un peu grosse, mais gaie franche ! Pendant que je songeais ainsi, la voix. Destieux résonnait monotone et mesurée, débitat les mornes et flasques alexandrins. Devant débordement, j'étais atterré, mais résigné, et bi décidé à couvrir de louanges le brave Destieux.# quoi bon, en effet, chercher à le désillusionner ?Js quel droit lui montrer la vanité de sa besogne ? | puis l’aurais-je tenté, y eussé-je réussi ? N’availl pas une conviction profonde, un orgueil satisfa une certitude absolue qui le mettait au-dessus & toute critique. Le mieux était donc d’applau lâchement l'Alexandréide, mais Destieux avañil

même besoin d’applaudissement ?

Il était plus de minuit quand il céssa de lire que, frappant de la main sur les feuillets amc celés de son volumineux manuscrit, il me dit at un mélange de bonhomie et de vanité désarmank — Eh bien! mon vieux, te voilà cloué. Aveë

que tu ne t'attendais pas à ça! Tu comprenñô}

maintenant, que l'affaire est dans le sac. Encore :s quatre derniérs chants, et je plaque Nailly, le Marquis et toute la boutique. Je rentre à Paris aire gémir les presses. Ah! nom de nom, quel joucan ! Et l'on ne dira plus, après mon A/exan- Iréide, que les Français n’ont pas la tête épique !

| Je ne contredis pas à l’opinion de Destieux et

ugeai préférable d’entrer dans le jeu avec un parlenaire de cette sorte. Destieux accepta les complinents sans réserves que je crus devoir lui adresser, ec la tranquillité de quelqu'un qui sait ce qu’il #aut, mais n’est pas fâché qu’on le lui dise. II m’é-

lüuta avec une bienveillance souriante et acquiesça sans étonnement à mes louanges. Puis, une deraière pipe fumée durant ces propos, il m'’offrit de lime conduire à ma chambre et m'y laissa, après être assuré que rien n’y manquait. Lorsqu'il m’eut souhaité le bonsoir etque je me trouvai seul, jallai m’accouder à la fenêtre. Comme celle de la chambre de Destieux, élle donnait sur la terrasse ét le Grand Canal. La nuit était infiniment calme. La lune éclairait la beauté de ce grave décor d’eaux \ét d'arbres. Les pauvres rimes de Destieux avaient cessé de bourdonner à mes oreilles et, de nouveau,

je songeais à la lointaine et mélancolique Sabin:! de Nailly et à son mystérieux pavillon que je m

verrais pas et qui, là-bas, au bout de la croisée du Canal, devait mirer dans l’onde lunaire et silen cieuse sa façade nocturnement argentée.

Contrairement à ce qui est d'usage dans les his

toires du genre de celles que j'ai lair de raconter nul triste et gracieux fantôme ne vint visiter moi! sommeil. Tout ce que je puis dire, c’est que je fu. assez longtemps avant de m’endormir et que ji m’endormis, tout en songeant au goût singule qui dominait ma vie et dont ce voyage à Nailli était une conséquence. En effet, si je réfléchissai à ce qui avait déterminé ma vocation, je voyais el! elle une forme de ce curieux attrait qu’exerce sul certains esprits le mystère toujours vivant du pas. sé. C’étaient cette curiosité, cette attraction qu m'avaient conduit à chercher la solution de certai! nes petites énigmes historiques, qui m'avaien!

donné la passion des vieux papiers, des lieux aux:

quels se rattachent des souvenirs d’autrefois, où

évoquent des figures de jadis. Cet amour des ses lointaines et secrètes, je le retrouvais en oi aussi loin que je pouvais remonter. Je constais son existence, mais je ne savais pas comment était né. Quelles circonstances le déterminent 1ez les êtres qui en sont pareïllement atteints? A oi reconnaît-on chez eux sa présence future ? uels indices l’annoncent, quels événements le présent? Certains peuvent-ils s’en fixer à eux-mêmes s origines ou les discerner chez les autres ? Quoi mil en fût, pour ma part, j'avais tiré de grandes luissances de ce sentiment et je ne pouvais que ‘e louer de m’y être abandonné. Ne faut-il pas, ce monde, que chacun ait sa « toquade», et la enne en valait bien d’autres.Elle était plus facile satisfaire que certaines et demandait par exem- ‘e moins de ressources que la recherche des maascrits chinois et thibétains à laquelle se livrait . de Lauturières.

Et puis, qu’avais-je fait, après tout, en devenant :« curieux » que J'étais devenu, sinon transposer des points déterminés et rétrospectifs cette in- Métude du mystère qui tourmente l'homme au yet de lui-même et de l’ensemble et du détail de univers? Qui sait, du reste, si ce n’étaient peut-

om

168 HISTOIRES INCERTAINES D. AC TRES | être pas cette même inquiétude et ce même tour ment qui avaient poussé le marquis de Lauturière

à la sinologie, encore que, pour lui, aux cause qui J’y avaient incliné se fût joint le besoin d combler, par quelque occupation pratiquée jusqu la manie, la douloureuse solitude où l'avait laiss son veuvage? La mort de sa femme, qu'il sembla

avoir passionnément aimée, avait certainement d

avoir une grande influence sur la destinée

M. de Lauturières et contribuer pour beaucoup bizarrerie de son existence. Ainsi s’expliquait éga lement son refus de me permettre l'accès du my: térieux pavillon qui renfermait le portrait de. romanesque aïeule. Pour M. de Lauturières w souvenir plus intime que celui de l'héroïne d'ut aventure de cour du temps passé était lié à pavillon, et il voulait que personne ne profanât

Er — —

solitude où s'évoquait pour lui moins le fantôm indifférent de la belle dame d’autrefois que l’imas toujours présente de l'épouse si tendrement adoré

Bien qu’au fond je trouvasse respectable ce se: timent,il ne laissait pas de me contrarier vivemen J'eusse volontiers, je l’avoue, passé outre à la d!

fense du Marquis, si le moyen s’en fût présenté, L J'étais bien résolu à faire en ce sens une derniè

kr ———

entative auprès de Destieux. Ma curiosité absolvait Pavance mon indiscrétion.

J'abordai donc ce sujet quand, le lendemain maïn, Destieux parut dans ma chambre pour me lemander si j'avais passé une bonne nuit; mais var prudence, je ne labordai pas avant d’avoir odigué à l’auteur de l’Alexandréide des éloges “enouvelés sur son poème. Destieux les accueillit

vec un plaisir orgueilleusement modeste. Ce triut diplomatique payé à sa vanité, j'en vins où je roulais arriver. Aux premiers mots, Destieux se imit à rire :

. — Eh! mon pauvre vieux, j'ai bien pensé, moi Aussi, à te mener en cachette au pavillon; mais il my a pas mèche, vois-tu. Le Marquis a pris ses srécautions. Il les connaît bien, le vieux monstre, tes fureteurs de ton espèce et il sait bien qu’ils sont sans scrupules! Aussi j’ui déja vu rôder, du côté où se trouve le pavillon, Nargouze, le régisseur. 11 doit être prévenu et a l’œil sur nous. Et puis je n'ai pas les clés et j'ignore où le Marquis les

| | AL "1 Qu range !'Et puis, si nous étions pincés, tout de même, « ue :

quel patatras! Il me flanquerait mon congé, et 4] . : .

alors que deviendraient les quatre derniers chants |

de l’Alexandréide ? Je ne pourrais pas les écrire

ailleurs qu’à Naïilly. On y respire quelque chose de classique, et je veux faire une œuvre Louis quatorzienne.Je comprends que cela t’ennuie de renoncer à voir le portrait de la belle comtesse, mais là. vraiment, pas moyen...

Pendant ce discours, j'avais achevé de m’habiller et je remettais dans mon sac de voyage mes objets de toilette. Par la fenêtre ouverte entrait dans la vaste chambre une douce lumière matinale. Les oiseaux chantaient dans les arbres et l’on. entendait, en bas, sur la lerrasse, le râteau d'un jardinier. Destieux reprit :

— Je viens de le voir, mon Marquis, et il n’est pas brillant, ce matin! Je trouve qu’il change beaucoup et je n'ai pas bonne idée de lui. Pourvu quil me dure encore mes quatre chants... Bref, 1] m'a demandé si tu étais content de Nailly. Puis il a reparlé du portrait et il m’a dit : « Que votre ami se console, je lui rends peut-être un grand service. Qu’aurait-il vu dans le pavillon? un portrait plus ou moins détérioré et qui ne répondrait pas sans doute à l’idée qu'il s'est faite de ma belle aïeule, Tandis qu'inconnue, elle continuera à occuper son imagination.Et faites-lui bien comprendre que mon refus n’a rien de personnel. Si je n'étais pas Si

ouffrant, je le lui dirais moi-même. Mais je ne suis as bien aujourd’hui, Destieux ; je ne travaillerai as à la bibliothèque et vous m’apporterez ici le ouveau manuscrit que Pouthier m’a envoyé d’Amserdam. » Ah! c’est un type, tu sais Maintenant, ons faire un tour aux archives. Tu y trouveras eut-être quelque chose d’intéressant. Alors, mon Llexandréide te paraît un rude morceau, vieux ?

Et tandis que nous descendions l'escalier, Des-

eux déclamait avec emphase les premiers vers de

Ion poème :

« D'Alexandre le Grand je chante les exploits,

De ce fier conquérant qui, sur le front des rois...» |

M. de Lauturières avait raison. Les archives de lailly étaient fort pauvres en ce qui concernait le vire siècle et rien de cequ’elles contenaient ne se apportait à la belle comtesse. Décidément, il me allait renoncer à pénétrer plus avant dans la roïanesque aventure dont la découverte fortuite avait n moment piqué ma curiosité. Le hasard, qui Vavait favorisé en me mettant entre les mains les tres qui avaient motivé mon voyage à Nailly, 1e retirait manifestement sa faveur. À quoi bon ousser'plus loin mon enquête ? L'image dela belle

exilée qui, un moment, avait été sur le point de si montrer à moi, s’effaçait définitivement àmes yeux Pourquoi m’obstiner à la poursuivre davantage” N'y a-t-il pas dans toute vie de chercheur de cel pistes qui ne mènent à rien, et au bout desquelle: on est forcé de rebrousser chemin? A celle-ci y n’avais pas fait fausse route, mais une barrière dressait devant moi et m’interdisait le mystériew pavillon qui me demeurait invisible et fermé M.de Lauturières en avait la clé, mais il me la refu sait et il était dit que je ne déchiffrerais pas l’histoir! de son aïeule comme il déchiffrait le manuscrit chi nois qu’il était en train de compulser tandis qu! nous déjeunions, Destieux et moi, dans la petit! salle à manger ovale aux miroirs encadrés de Hi

cailles, où la séduisante dame de Nailly avait dy mirer plus d’une fois, en sa longue retraite, son #

sage mélancolique et ses cheveux poudrés, d’abor!

par la main des grâces, ensuite par celle de ans |

Le repas aurait dû se ressentir de ma mauvais humeur,mais elle ne put tenir, je l’avoue, en face d\ la savoureuse et naïve vanité du brave Destieus C’est dire que l’Alexandréide fit les frais de Ï

conversation. Ce sujet et les anecdotes de Destieu.

x nos rencontres de jeunesse chez l’hospitalière !bonne Félicie Landret nous menèrent jusqu’à eure de mon départ. Destieux avait envoyé porr mon léger bagage dans le tilbury qui nous attenit à la grille et que nous devions aller rejoindre pied à travers les jardins. Tout à coup, comme bus sortions du château, Destieux me poussa le rude en me disant :

| — Tiens, regarde le Marquis, tu vois, là, derrière | vitre, à la seconde fenêtre du rez-de-chaussée, utile de saluer, il ne se croit pas vu...

1Je jetai à la dérobée un coup d’œil sur l'endroit üe m'indiquait Destieux. Vaguement, à travers le iiroitement du carreau, j’aperçus un vieillard de aute taille, vêtu de noir, qui tenait à la main un uleau à demi déroulé. C'était le marquis de Lauarières qui s’assurait du départ de ce visiteur indisret. Je fis semblant de ne rien voir et Destieux et aoi nous continuâmes à causer en marchant, juswà ce que nous fussions arrivés à la grille. Quand ious fûmes dehors, je regardai une dernière fois, à vavers les piques dorées, le château de Naïlly où 2 pensais bien ne revenir jamais. Le même sience lentourait que la veille. Soudain les mêmes voix l'enfants, que j'avais entendues déjà, retentirent

dans le logis aux fenêtres enguirlandées de rose

— Ce sont les petits Pouthier qui font sûreme) enrager leur gouvernante anglaise, dit Destieu en fouettant le cheval.

Nous arrivâämes à la gare juste pour le pas du train de Paris.

Le souvenir de cette visite et de la petite déco) venue qu’elle merappelait s’effaça assez rapideme) de mon esprit. Je reléguai au fond d’un tiroir!

. . . . | correspondance qui avait attiré mon attention st

l'aventure de la belle comtesse de Nailly. D’ailleu d’autres sujets me préoccupèrent. Ce fut à cet époque, en elfet, que j’entrepris, par suite de | constances qu'il serait fastidieux de rapporter, travail que je viens de publier sous le titre de! Quelques points obscurs des Mémoires de S'ain!

S'imon. |

J'oubliai donc assez aisément Nailly et son pawi lon, son sinologue et son bibliothécaire épique. €! dernier, malgré sa promesse, ne me donna «

nouvelles ni de son épopée, ni de lui-même,et tro!

ans se passèrent ainsi jusqu’au jour où je lus dan les journaux le déplacement du marquis de Lau!

ères aux eaux de Neyrol-les-Bains, d’où je conus, sans y attacher, comme je l'ai dit, d'autre aportance, que le Marquis devait être fort soufant pour se décider à renoncer, même momenta- “ment, à sa claustration habituelle, Cette réflexion ite, je n’y pensais plus lorsque, quelques jours 1rès, je reçus cette lettre bizarre :

« La comtesse de Nailly sera heureuse de vous cevoir dans son pavillon. Prenez, jeudi, le train :9 h. 18 du matinet descendez à la gare de Taillebis. Une voiture vous attendra. Exactitude et distétion. »

J'avais reconnu l’écriture de Destieux. Mon preier mouvement fut de hausser les épaules. Le hillard, par ce stratagème, voulait sans doute linfliger la lecture de quelques milliers d’alexan- \ins de son Al/exandréide et avait trouvé ce beau yen pour me faire venir. Il tombait mal. J'étais plein travail et je me souciais assez peu de l’injbmpre pour écouter des billevesées. D'un autre

(té, comme on était au fort de l'été et que je me

sntais assez fatigué, la perspective d’une journée

€ vacances et l’idée de revoir les Victoires ailées,.

lhaute grille dorée, les jardins aux eaux silen- «uses, la noble architecture du château de Nailly

ne me déplaisaient pas, même si je devais payer agrément par le pensum d’une lecture à écoute Bref, la pensée de ce petit voyage me séduisi assez, si bien qu’en me rendant à la Bibliothèq nationale je m’arrêtai au bureau télégrapniquew la Bourse pour envoyer à Destieux une dépêe d'acceptation. | | Le télégramme expédié, je me posai certain questions au sujet de la missive de Destieux. E

tout d'abord, pourquoi m’enjoignait-il de descé! dre à la station de Taillebois au lieu de m’arrêt à celle de Nailly ? Et ensuite, pourquoi revenaii| sur cette histoire du pavillon défendu ? Il était Pi

probable que les restrictions de M. de Lauturièif | que Destieux, le Marquis absent, s’ennuyait à pél

eussent changé à ce sujet. Le plus plausible ét dans sa seigneuriale solitude et qu’il avait pens! moi pour le distraire de son ennui, ce qui, au foi était plutôt flatteur. D'ailleurs, il était trop & pour m'en dédire, et j'irais passer à Nailly la jo née du 12 août.

Lorsque je descendis de wagon à la station!

Taillebois, la première personne que j'aperçus le quai fut Destieux: Il était tout de toile habit

ar il faisait, ce jour-là, une chaleur accablante. @rsqu'il m’eut serré la main et que nous fûmes prtis dé la gare, il me dit :

— (a, mon vieux, c’est épatant d’être venu ! Tu é m'en veux pas d’être resté un peu longtemps ans te donner de mes nouvelles ? mais j’ai rudeint travaillé ! L’Alexandréide est finie: c’est lême à cause de cela que... mais je t’expliquerai chose à table, car nous allons d’abord déjeuner. as au château, mais à l'auberge. N’aie pas peur, auberge est excellente. La cuisine et la cave sont & premier ordre. Nous venons quelquefois ici avec outhier, quand il est de passage à Naïlly, manger a ragoût et boire une bouteille. C’est là, à deux

A8. Alors j'ai fait dételer le cheval et remiser le

Hbury.

| L'auberge de Taillebois, à l'enseigne du «Mouton janc », était en effet fort avenante et, quand on pus eut servis dans une salle basse et fraîche et 1e nous eûmes goûté l’omelette impeccable et le hrfait petit vin blanc, je me rangeat bien volontiers Vavis de Destieux. Durant les premières bouchées | les premières lampées, ilme regardait en dessous un air finaud et entendu, puis, soudain, il se jità rire et, fouillant dans sa poche; il en retira

une grosse clé qu’il posa sur la table, en se frottan les mains : |

— Tu vois cette clé. Eh bien ! mon vieux, c'es celle du pavillon, car je vais t’y mener à ce fan

pavillon ! Oui,dès que nous aurons déjeuné.… Mai 0 . , .

tu te doutais bien de quelque chose, sacré curieux

quand je t’ai fait inviter par la belle ONE Non ? Enfin, c'est comme ça. Oui, je l'ai la clé, l'ai parce que le Marquis est aux eaux où il se nu gne. Donc, pas de danger de ce côté. D'ailleurs,

m’en fiche maintenant et m’en contrefiche du Ma!

quis, car, dès son retour, je vais le prier de m4 chercher un successeur ! L’A/exandréide est te! minée, comme J'ai eu l'honneur de te le dire, et | rentre à Paris où je ne sors plus de chez impr!

meur. Tout de même, comme je préfère que

he —

digne homme nesache rien de l'aventure, nous pr! fitons d’un jour où Nargouze, le régisseur, est al voir sa fille, mariée à Bourseuil, dans l’Yonn! Ainsi, nous ne serons pas espionnés. Ensuite, po plus de sûreté, je Lai écrit de descendre à Taill bois. Avec le tülbury, nous gagnerons Nailly couvert par la forêt jusqu’au parc. J’ai relevé u brèche du mur par laquelle on peut très bien,

pénétrer, juste à l'extrémité du canal, pas loini

avillon. IT y a un sentier à peu près praticable. me fois là, tu n’as qu’à prendre ceci ettu es en te-à-tête avec la belle comtesse... Allons, un petit ravo pour l’ami Destieux et à ta santé !

Et Destieux fit tinter son verre au métal de la rosse clé qu'il me tendait.

Je l'avais prise entre mes doigts. Elle était lourde, une belle forme élégante et simple et, tout en la msidérant, je me sentais pris d’un scrupule inat-

mdu. Ce que nous allions faire n’était pas très

élicat. Nous contrevenions à la défense formelle 1à la volonté, d’ailleurs respectables, de M. de auturières. Nous abusions de son absence, mais, | même temps que ce sentiment naissait en moi, autre le combattait, celui de cette intense curio- ‘lé que j'ai toujours éprouvée pour les endroits et lsêtres qu’entoure et enveloppe un certain mystère, ur ce qu'il y a d’énigmatiqueet de secret dans le ssé. Soudain l'intérêt passionné que j'avais resnti pour la comtesse de Naïlly me revenait plus blent que. jamais. Que J'introduisisse cette clé

ms la serrure qu’elle ouvrait et l'image de cette

tante de jadis allait m’apparaître, j'allais goûter Imouvant plaisir de voir son visage, et qui sait si sourire mélancolique dont elle m’accueillerait

mes

n'absoudrait pas mon audace indiscrète ? Les belles ombres romanesques pardonnent volontiers à ceu) qui vont à elles conduits par l'attrait presque amat: reux qu’elles exercent sur les imaginations. Et d

nouveau je me redisais ce que je savais sur cet Sabine de Naïlly dont la jeune beauté avait charm ses contemporains et troublé le cœur d’un roi] me redisais Versailles et Ia Cour, les hommage et les adulations, les pièges et les tentations, cell surtout qui eût mis aux petits pieds de la Favori le plus beau royaume du monde, puis le recul devar la faute, si éclatante qu’elle fût, et la crainte soi-même qui, comme une autre princesse de Cl ves, avait conduit l’imprudente Sabine à lave dangereux, mais si noble, du caprice qu'elle insp rait à la royale fantaisie. EL alors, c'était le ma averti et épouvanté, la fuite de Versailles, la retrai prématurée, la réclusion en ce château solitai sous la jalouse surveillance conjugale ; c’étaie les années succédant aux années en leur pareil monotonie, les longues rêveries dans ce pavillo devant ce portrait où La Tour avait représenté belle exilée en sa séduction et sa beauté, devant portrait qui lui montrait l’image de ce que avait été, de ce qu’elle était chaque jour de mo

n moins, de ce qu’elle ne serait bientôt plus.

J'étais si absorbé en ces pensées que je restai un roment sans répondre à la santé que m'avait por- “e Destieux, mais il n’avait fait aucune attention mon silence et n’en avait tiré aucun indice. Je le egardai. Allais-je donc lui faire part de mon scruule et renoncer à un plaisir qu'il m'avait si genment préparé? Ma foi, tant pis ! L'occasion se Irésentait et je n'avais, après tout, rien fait pour la usciter. C'était Destieux qui, de son propre mouement, avait organisé l’expédition. D'ailleurs, le emps de la réflexion était passé et, quand Destieux € lèverait de table et me dirait « en route », je le uivrais docilement...

“— Allons, j'ai dit que l'on attelle le tilbury pour rois heures. Il nous en faut une bonne pour gagner Nailly par la forêt. Ah! n'oublie pas la clé, ce sesait trop bête.

Pour aller de Taillebois à Nailly on traverse une partie de la forêt de Senoise. 11 faisait, ce jour-là, ane accablante et épaisse chaleur d’août. Le ciel tait pur et brûlant et pas un souffle ne remuait le feuillage. À la croupe du petit cheval en sueur les mouches bourdonnaient acharnées. Dans le silence où nous suivait le bruit monotone des roues j’écou-

meurs, éditeurs, lancement, publicité. Il allait, aus:| sitôt établi à Paris, s’occuper de faire paraïitréh

dréide, et cette perspective me rendait un peu sous CIÉUX NE

Cependant, nous étions arrivés dans la régio la plus sauvage de la forêt. La hauteur des arbres,k la majesté des futaies, la solitude du site avaient fini par imposer silence à Destieux. D’ailleurs, à était obligé de faire attention où passait le tilbury, car nous avions quitté la route et pris un chemif herbu où de profondes ornièresse dissimulaient trai: treusement. La voiture avançait plus difficilement à mesure que le chemin se resserrait. Des branche nous cinglaient la figure et je prévoyais l’instan! où le cheval impatienté refuserait d’aller plus Loir! ou nous verscrait dans le taillis, lorsqu'une brus’ que secousse me Jjela presque contre Destieux! J'avais fermé les yeux pour éviter d’être éborgné| quand j’entendis la voix de Destieux me crier :

|— Nous y sommes...

Nous nous trouvions à une lisière de la forêt et vant un saut de loup, au fossé à demi comblé, htiqué dans le mur du parc de Nailly. Destieux ia à bas de la voiture et attacha les rênes du Lval à une souche d'arbre.

— Maintenant, mon vieux, attention aux ronces gare à tes mollets !

za partie du parc de Naïilly où nous nous engames, après avoir franchi sans trop de peine le it de loup, était dans un état de complet aban- 1, Aucune trace d’allées n’y subsistait plus et il ait s’y frayer un passage en plein taillis. Nous irchâmes assez péniblement pendant une dizaine minutes en nous préservant de notre mieux le age et entrébuchantà chaque pas sur des racines thées. Ensuite, il nous fallut grimper un talus tez abrupt. Destieux me précédait et, une fois livé au sommet, il s’assit et se laissa glisser : son fond de culotte. Je fis comme lui. Au bas {a descente, mon pied rencontra le point d'appui 1e dalle disjointe dans laquelle avait poussé buisson. Je me relevai et regardai autour de

Nous étions au bord de l’un des bras de la croix

du grand canal de Nailly. En cet endroit, 1l ava rompu sa margelle de pierre et formait une sor d’étang irrégulier et marécageux dont l’eau basse stagnante était envahie de conferves et de plant aquatiques. De grands roseaux y dressaient, imm biles en la chaleur humide, leurs tiges aux houpp amollies. À l'extrémité de cet étang on distingui une sorte deterrasseet les marches d’un double esc lier qui permettait jadis aux barques d'aborder par où l’on montait au pavillon. Ce pavillon ét un petit édifice à toit plat bordé d’un balust Même à distance, il paraissait fort délabré,f balustre rompu par places, les volets ‘des haul fenêtres disjoints, les colonnes de marbre mo sues et ébréchées... Une lourde tristesse pesait | cette demi-ruine isolée en cette solitude, au bi de cette eau verdie d’où s’exhalait une chaud | fade odeur de marécage et qu’engourdissait un À vreux et somnolent silence. |

Destieux arrachait une longue ronce accroc!

à sa veste :

— Il n’est pas folâtre, hein! ton pavillon, el n’a rien d’un joyeux vide-bouteilles ! Pas étonnill d’ailleurs, les maçons et les jardiniers n’ont. passé par là depuis trente ans, et cela se voit, n)

Marquis défend que l’on travaille et que l'on s’apoche de ce côté du parc. Aussi canal et pavillon Hnt dans un joli état! Fais attention où tu poses ; pieds.

Nous suivions la berge du canal où se distinaient encore çà etlà des traces de l’ancien dallage des margelles qui le bordaient. Dans la chaude oiteur de lair des moustiques bourdonnaient.

fois, une grenouille sautait dans l’eau avec un toc flasque. Le sol spongicux étouffait le bruit de >s pas. À mesure que nous approchions du pavillon, m délabrement se faisait plus visible, Enfin, nous irvinmes jusqu'à cette sorte de terrasse sur quelle il s'élevait. Destieux avait sorti de sa poche grosse clé qu’il m'avait reprise en quittant l’auerge de Taillebois.

— Faisons le tour, l'entrée est sur l’autre facade. | Desticux me précédait, quand je le vis soudain arrêter avec un geste de surprise et de méconmtement. Il leva les bras en l’air en murmurant ntre ses dents :

0— Ah! ça, c'est trop fort!

Puis il me désigna du doigt le sujet de sa conrariété.

Devant le pavillon, sur un tronc d’arbre ren-

186 HISTOIRES INCEUTAINES |

versé, une vieille dame était assise, en train à |

| coudre. Auprès d’elle se tenaient deux ee | L'un était un Jeune garçon d’une douzaine d an.

nées; l’autre une petite fille pouvant en avoir huïl} ou neuf. Elle était jolie, avec de beaux cheveux ge |

fés d’un grand chapeau de paille. Son frère, car ils! | se ressemblaient, me frappa par son air d'intelh, gence. Des yeux admirables donnaient quelque) chose de poétique à son visage que rendait plus, intéressant encore une expression à la fois | ;

anxieuse, passionnée.

Notre vue parut les surprendre et fit se 1 brusquement la vieille dame. L'ouvrage qu’elle

tenait sur ses genoux tomba à terre. Je m’aperçus alors qu’elle portait ‘- lunettes chevauchant un, nez pointu. Destieux s'était avancé de quelques pas

— Comment c’est vous, miss Spencer! Je vous} | repince encore au pavillon. Je vous avais cependanlk bien recommandé, l'autre jour, de ne plus y mener | les enfants. C’est détestable pour eux. Cet air dé marécage est malsain. C’est infesté de moustiques, Tenez, en voilà un qui va vous piquer le nez. Ces petits attraperont là quelque bonne fièvre et vous serez bien avancée après, miss Spencer ! C’est stu. pide, je vous le répète, mais vous êtes plus têtuc

‘une bourrique. Permettez-moi de vous le dire,

ss Spencer, avec tout le respect que je vous is.

Et, se tournant vers moi, il ajouta :

— J'ai déjà trouvé ici miss Spencer l’autre jour ec les petits Pouthier. Voyons,est-ce raisonnable? Et Destieux écrasa sur sa joue un long mousque qui venait de s'y poser.

Miss Spencer avait baissé sous le blâme sa tête surde et enluminée de vieille Anglaise, mais elle releva pour répondre avec un accent qu'un long jour en France n'avait pas atténué :

— Mais ce n’est pas seulement ma faute, mon- ‘ur Destieux, ce sont les enfants qui m’ont tourentée pour revenir au pavillon. Moi aussi je buve cet endroit peu convenable. Pourquoi choi- ° son inconvenance au lieu de tant de beaux ins du beau parc? J'ai offert l'Orangerie, les rois Fontaines,le Bosquet d'amour. Ils ont voulu. rondez-les, monsieur Destieux.…

Destieux s'était retourné vers les petits Pouiier :

— Vraiment, Antoinette, tu devrais mieux obéir miss Spencer. J’écrirai à ton papa que tu n’es is sage. Et toi, Paul, qui es le plus grand !

tieux, ayant pris sans doute son parti de la rët contre inopportune, s’avançait déjà, en haussa les épaules, vers le pavillon.

avec un gémissement de ses gonds ankylosés. ü première pièce où nous pénétrâmes était un asstl). vaste veslibule dallé. Les murs revêtus de plaq 1e de marbre y entretenaient une humide fraïcheur!

canal avaient dû s'étendre sous le pavillon qi reposait sans doute sur un sol de vase et il éta

probable que, quelque jour, tout l'édifice ait miné, avec ses colonnes et ses balustres, finira par s’écrouler mollement. J’allais faire part à De tieux de cette première impression, mais il

geait vers l’une des portes qui donnaient dans estibule et je le suivis.

e salon où nous entrâmes était encore plus caavec son parquet pourri, ses boiseries gones, son plafond largement lézardé. Quelques ix vieux meubles l’ornaiènt, mais dans quel de vétusté navrante : fauteuils aux tapisseries sies et rongées, consoles penchantes, cabinets aque aux panneaux écaillés. Tout cela dans Île n-jour des persiennes démantibulées et des es verdies prenait un aspect fantomatique. Et silence des choses mortes, en cet air lourd et aide, dont la fraîcheur sentait la tombe ! Et Tabandon, quel délabrement, quelle mélancolie :e boudoir qui faisait suite au salon, en ce bour aux glaces éteintes qui ne reflétaient plus rien, …ïs cette salle de musique au clavecin démodé, : pupitres épars où quelques instruments hors sage évoquaient des cadences surannées ! Quelle tude en ce pavillon fermé, s’effritant parmi les ux arbres, au bout de ce canal d’eau plate qui issait en marécage d'où montait une odeur de tre et de mort ! |

Un appel de Destieux me fit tressaillir,

— Mon pauvre vieux, il ne reste plus grand chose de ta belle cemtesse ! | La petite pièce en rotonde où je l'avais rejoïn, et dont Desticux venait de pousser une des per} siennes était mieux conservée que les autres. L

parquet, presque intact, était incrusté de marque terie. Un grand guéridon à dessus de marbre occupait le centre. En face de la fenêtre du milieu un cadre ovale s’encastrait dans la boiserie. Sou le verre usé, terni, on distinguait vaguement de couleurs incertaines, quelques contours indécis quelque chose comme l’ombre d’une image, quel que chose que je considérais avec une émotio mélancolique, la belle Sabine de Nailly, deux fo morte, morte en sa chair périssable, morte end poussière colorée où elle s’était survécue longtemy et qui n’était plus aujourd'hui que la cendre indik tincte de sa forme et de sa beauté.

— Eh ! Que fais-tu là, petit misérable ?

A la voix de Destieux, je m'étais retourné. LE petit Paul Pouthier était debout derrière nous. vis ses yeux levés vers les nôtres avec cette anxiël passionnée que j'y avais déjà remarquée, mais S0 regard s’éclairait d’une expression si attentive, intense, si profonde que je m'en sentis ému

| LE PAYILLON FÉRMÉ 191 |

| roublé... Et soudain je compris, je le compris de

| d Je oute mon âme de vieil enfant curieux, de toute la assion de ma vie, de tout mon amour du passé,

le l’inconnu et du mystère. Pour lui, nous repré-

entions le hasard d’une aventure merveilleuse, ous étions peut-être la clé de son avenir, les réélâteurs de sa destinée. Depuis combien de temps ésirait-il entrer dans ce pavillon fermé où il s’éait glissé à notre suite? Combien de fois avait-il ivé ce dont nous faisions pour lui une réalité imrévue dont il ne perdrait jamais le souvenir ? Ce avillon, mystérieusement fermé, autour duquel : rôdait et où 1l n’espérait sans doute jamais pélétrer, voici que, tout à coup, la porte s’en était uverte devant lui! Le souhait de sa jeune imaination s'était accompli avec cette facilité même ue l’on éprouve dans les songes. Et cette brusque falisation de son désir agitait son cœur palpitant, argissait ses yeux et faisait trembler ses mains oides.

Car, ayant compris, je l'avais prise dans la fenne, cette main d'enfant passionné que trouait la grosse voix grondeuse de Desticux et il »mprenait lui aussi, cet enfant, qu’il ne fallait is avoir peur, que quelqu'un était auprès de lui

qui l'avait deviné et le protégeait. Et comme Des: |

tieux allait renouveler sa question bougonne, je l’arrêtai en lui disant n'importe quoi, tout en ca:

ressant les beaux cheveux de la petite tête brü:

lante où s’éveillait ce même goût du mystère, @t |

même attrait aux choses du passé qui avaient ét la passion de ma vie.

Nous revinmes, Destieux et moi, dîner à l’au berge de Taillebois avant que je reprisse le traine qu'il retournât à Nailly et, plus d’une fois, e écoutant Destieux parler de lAlexandréide etd ses projets de gloire, je pensai avec émotione mélancolie, aux yeux avides et anxieux du pet Paul Pouthier, j'y pensais, car il me semblait r trouver en lui l’image de ma lointaine enfance. ressentais pour lui une sorte de fraternelle ter dresse.

N’appartenions-nous pas, lun et l’autre, à même race d'êtres ? Ne serait-il pas, comme | l'avais été, un de ceux-là qui aiment d’un obsa amour les belles ombres du passé en leurs cadr! de secret et de lointain, de ceux qu’attire au for! des parcs abandonnés, au bout des eaux morte,

M” mystère des pavillons fermés, même s'ils ne tiennent, derrière leurs murs délabrés et leurs res verdies, que la désillusion taciturne de la itude et du silence ?

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