‹ Histoires normandes Alphonse KarrChapitre 6 sur 37 · LA BARONNE · texte numérisé non relu

LA BARONNE

Comment!

Comme elle est mise! et quel ajustement!

Il n’est pas fait pour une créature De votre espèce;

Clotilde décupla l’insolence du rêle; tuais comme elle fut humble et douce dans la réponse :

N ANISE.

11 est vrai, je vous jure,

Par mon respect, qu'en secret j’ai rougi Plus d’une fois d’être vêtue ainsi;

Mais c’est l’effet de vos bontés premières,

De ces bontés qui me sont toujours chères;

De tant de soins vous daigniez m’honorer!

Elle s’inclina imperceptiblement vers M. de Sommery. Avec quelle touchante et fière mélancolie elle ajouta :

C’est un danger, c'est peut-être un grand tort D’avoir une âme au-dessus de son sort.

Clotilde, jeune comme elle était, n’avait que l’instinct de la politique; aussi se laissa-t-elle prendre elle-même à ce qu’elle lisait, et elle se sentit des larmes dans les yeux en lisant ce que le comte dit à Naninc :

Non, désormais soyez de la famille,

Ma mère arrive, elle vous voit en fdle.

Elle fut un peu embarrassée en disant, dans le monologue du comte, ces vers, qui lui semblaient un éloge qu’elle s’adressait tout haut à elle-même :

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Je l’idolâtre, il est vrai, niais mon cœur Dans, ses yeux seuls n'a point pris son ardeur. ,

Son caractère est fait pour plaire au sage,

Et sa belle âme a mon premier hommage.

Mais elle s'observa, se remit, et dit avec un ton convenable et avec une excessive froideur, pour donner au couplet tout l'air d'un raisonnement sans passion :

liais son état... Elle est trop au-dessus;

Fût- il plus bas, je l’en aimerais plus.

Mais... puis-je enfin l’épouser? Oui, sans doute Pour être heureux, qu’est-ce donc qu’il en coûte?

D’un monde vain dois je craindre l’écueil,

Et de mon goût me priver par orgueil?

Mais la coutume? Eh bien, elle est cruelle.

Et la nature a des droits avant elle.

Mais, à la dernière scène, quand le comte dit à Nanine :

Ce qui vous reste, en des moments si doux,

C’est, à leurs yeux, d’embrasser... votre époux;

tout le monde était ému ; Clotilde ne put se défendre de l’émotion générale, et ce fut avec un sanglot qu’elle cria le « moi! » que répond Nanine.'

Après l’avoir remerciée et lui avoir fait compliment de la façon dont elle avait lu, M. de Sommery commença un discours sur l'égalité et sur le mépris des préjugés. Alida s’esquiva et alla se coucher. Arthur et Clotilde écoutèrent religieusement M. de Sominery, car il ne disait pas un mot qui ne fût pour eux une promesse ou un engagement. Pour madame de Sommery, elle n’embarrassait ni ri entendait pas beaucoup plus qu'un fauteuil, quoiqu'elle écoutât avec attention et respect.

Quand le discours fut fini, Arthur, très-ému, se leva, vint prendre la main de son père, et lui dit : « Mon père, j’aime Clotilde. — Parbleu, dit M. de Sommery, belle nou-

velle ! nous l’aimons tous, Clotilde, pourquoi ne l’aimerais-tu pas? »

Ce pauvre M. de Sommery était à mille lieues de prévoir l’affreuse situation où il arrivait par une pente rapide, d’avoir à appliquer ou à renier une théorie, dont on n’a pas prévu les conséquences tant qu’il ne s’est agi que de parler, conséquences qui se présentent en foule aussitôt qu’il faut agir. Arthur ajouta: « Mon père, je l’aime d'amour, et je vous la demande pour femme. — Ah bah! s’écria le colonel. Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterielà ? — C’est l’intérêt le plus sérieux de ma vie, mon père. — J’espère que Clotilde n’est pas complice d’une pareille folie? »

Clotilde baissa les yeux sans rien dire ; la bataille lui paraissait mal engagée et perdue, elle ne voulait pas donner . Elle se leva, fit une révérence et se retira. Elle eut soin de faire entendre les portes qu’il fallait ouvrir et fermer pour aller du salon à sa chambre, puis elle revint sans bruit écouter ce qui allait se passer dans le salon.

C’était le soir, l’abbé Vorlèze arriva très-affairé, et, sans vouloir prendre un siège, dit à M. de Sommery : «Au nom du ciel, monsieur... mais j’oublie que c’est près de vous une mauvaise recommandation ; au nom de la morale publique, au nom de ce qui vous est quelque chose, au nom de M. de Voltaire, si vous voulez... faites balayer le devant de votre maison : ce sera la seule demain matin pour laquelle on n’aura pas pris ce soin. » M. de Sommery ne fut nullement troublé de l’exordeca: abrupto de l’abbé; il l’avait prévu, et toute la journée il s’était attendu à le voir arriver d’un moment à l’autre. Aussi il répondit en souriant : « L’abbé, je suis fâché pour vous que vous n’ayez

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pas pu voir la singulière grimace que vous avez faite en prononçant le nom de Voltairç. — Ne plaisantons pas, monsieur de Sommery, vous n’ètes pas méchant ; si je | vous demandais un service plus important à vos yeux, où il vous fallût m’aider de votre argentou de votre personne, je suis persuadé que je l'obtiendrais, et vous ne me refu. sez ce que je vous demande que par votre entêtement contre tout ce qui tient à la religion. Vous le poussez si loin, que Vatinel, le maire, m’a dit que vos domestiques nvaient chassé, injurié et menacé ies balayeurs de la mai. rie. N'est-ce pas un enfantillage que d’empêcher qu’on nettoie la rue? — Monsieur Vorlèze, dit M. de Sommery avec l’air le plus sérieux et le plus digne dont il put s’affubler, certes, en des temps ordinaires, je ferais à peu près comme tout le monde; mais, à cette époque, où le parti prêtre, échoué sous les coups de la philosophie, dont l'égide peut à peine arrêter le char de l’État suspendu sur un volcan; à cette époque où le clergé relève sa tête et renaît de ses cendres, pour dominer encore despotiquement notre malheureux pays; à cette époque où tout le inonde courbe le front sous le double joug de l’Église et du pouvoir, un citoyen doit protester par un exemple énergique.

— 0 mon Dieu ! murmura l'abbé, est-ce donc par de semblables phrases que l'on gouverne les hommes? Mon bon monsieur de Sommery, qu’est-ce donc que ce vuisseau échoué qui relève la tête et renaît de ses cendres pour dominer ? Qu’est-ce encore, ô mon bon ami ! que ce bouclier qui arrête un char? Comment voulez-vous que je réponde à un semblable galimatias? — Je le crois, dit M. de Sommery avec un sourire de satisfaction, je le crois bien, vous ne comprenez pas ce langage ferme et franc; ce langage qui dénonce avec courage les abus et les tendances de l’Église et du pouvoir. — Église dangereuse, en effet, dit avec amertume M. Vorlèze, Église dangereuse, et contre laquelle on ne saurait trop prendre de précautions, que

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celle qui est représentée ici par un pauvre prêtre, qui a un peu moins de revenu que vous ne donnez de gages à vos domestiques, et qui, ce soir encore, va raccommoder lui-même la seule soutane qu’il possède pour se faire beau demain ! Pouvoir bien menaçant que celui d'un maire en sabots, qui déjeunait ce matin sur la plage avec un morceau de pain et un oignon cru! — L’abbé, je suis réellement fâché de vous refuser, mais tout mon monde est occupé, et je ne puis faire négliger des travaux importants. »

L’abbé s’inclina et sortit. M. de Sommery ne larda pas à sortir également pour promener Baboun, comme cela lui arrivait à peu près tous les soirs. Baboun descendit lentement, puis, s’arrêtant à la porte de la rue, lit entendre un grognement. Ce grognement était causé par une grande ligure noire qui s’agitait devant la porte. M. de Sommery regarda qui pouvait venir si tard, il étaitdix heures, rôder ainsi devant sa maison. On ne rôdait pas, la grande figure noire tenait un balai et balayait. « Ah! pensa M. de Sommery, ils entretiennent des intelligences jusque dans les maisons et au sein des familles; ils arment le lilscontre le père, et le serviteur contre le maître. L’abbé aura corrompu quelqu’un dé mes domestiques pour fairebalayer.» Et, comme le colonel s’avançait pour reconnaître lequel de ses gens l'Église avait arme contre lui d’un balai de bouleau, la figure se retourna brusquement en entendant des pas, et M. de Sommery reconnut l’abbé Vorlèze lubmême. Le pauvre prêtre ne pouvait coi; rom pi; e personne, c'est ce qui ne nous met pas à même de juger s’il aurait eu la vertu de ne pas le vouloir, et il balayait lui-même le devant de la maison de M. de Sommery. « L’abbé, êtes-vous fou? s'écria le colonel. Quoi? vous-même, faire la besogne d’un valet de ferme? — Vous m’avez dit, monsieur de Sommery, répondit l’abbé tout confus, que vos gens étaient occupés. — Mais je ne veux pas, l’abbé, que yous balayiez,

— vous, — le devant de ma maison; homme obstiné, appelez un domestique. — Oh! mon Dieu! dit l’abbé, j’ai presque fini. » Et il se mit à continuer. « Mais je ne le veux pas, répéta M. de Soinmery ; vous, monsieur Vorlèze, ce n'est pas là votre place ni votre ouvrage. »

Et, comme l’abbé continuait, M. de Sommery mit la main sur son bras et l'arrêta. « Laissez-moi faire, monsieur, dit l'abbé, laissez-moi éviter le scandale qui aurait lieu demain. — Mais non, mais c’est impossible, un prè... un homme bien élevé. »

Et M. de Sommery, arrachant le balai des mains de l’abbé, voulut balayer lui-même. L’abbé reprit le balai, queM. deSommery lui arracha encore une fois pour donner les derniers coups que la propreté de la rue demandait encore.

L’abbé serra les mains du colonel et disparut. Le colonel resta debout dans la rue, fort irrité contre lui-même de ce qu'il venait de faire. « Mais cependant, se disait-il, on ne pouvait le laisser... » 11 frappa du pied et rentra. Il ne dit rien à personne de ce qui venait de se passer, et se coucha de mauvaise humeur.

Zoé Reynold à Mavie-Clolilde Belfast.

« Je t’avouerai, ma chère Clotilde, que je ne comprends plus rien à ton histoire. Rien ne t’arrive qui ressemble à ce qui arrive à tout le monde; les événements les plus ordinaires et les plus communs prennent un air de bizarrerie sitôt que tu y es pour quelque chose. L’atmosphère qui t’entoure semble un de ces lieux enchantésoù tout change de forme et de figure ; je ne trouve l’équivalent de ta vie ni dans la vie ordinaire, ni dans les romans, ni dans les comédies. Tu mets toutes les prévisions en défaut ; le commencement avec toi ne sert jamais à deviner la fin.

« Je me rappelle encore notre liaison quand nous étions petites lilles ; nos poupées pour lesquelles nous étions si sévères, et nos jardins où nous plantions dans le saRe des fleurs coupées De nous trois, toi, la fière Alida et moi, il n’y a encore qu’Aiida de mariée- Son roman n’a présenté aucun intérêt : elle a épousé un homme riche, sans que l’amour d'un beau jeune homme, pauvre, mais honnête, vint se jeter à la traverse. Moi, j’épouserai mon cousin aussitôt qu’il aura la place qui lui est promise, et je ne changerai môme pas de nom. Je m’appellerai madame Reynold comme je m’appelle mademoiselle Heynold. Je le vois tous les jours, du consentement de mes parents, qui l’appellent leur fils: nous avons tellement le droit de nous dire tout ce qui nous passe par la tôte et par le cœur, qu’aucun de nous n'a encore pensé à écrire à l’autre. Je ne comptais donc que sur toi pour voir se réaliser un de ces beaux romans que nous lisions la nuit avec des bougies volées chez les parents et rapportées clandestinement dans les manchons, ou au fond du jardin de récréation.

« Au commencement, tout allait pour le mieux. Orpheline, accueillie par un compagnon d'armes de ton père mort au champ d'honneur, élevée avec le fils <fb la maison, qui le regardait comme une seconde sœur, tu étais entraînée par la situation, rien n’y manquait : ton père, simple capitaine, homme sans naissance et sans fortune ; ton frère d’adoption riche et noble. Il y avait entre vous la question de la mésalliance, si chère et si commode aux romanciers allemands : un père inflexible, une malédiction, ta fuite dans une chaumière, etc. . .

« Mais non, il faut que M. de Sommery, imbu de la philosophie du dix-huitième siècle, passe sa vie à parler contre les préjugés, et que, dès le premier chapitre, il vienne déclamer: Au

Les hommes sont égaux; ce n’est pas la naissance C’est la seule vertu qui fait la différence.

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« 11 n’y a plus de roman ; le fils t'aime, te demande à son p^e,qui dit: « Mais comment donc!... » Et l’on fait imprimer les lettres de faire-part. Ce roman manqué, il s’en présentait un autre. Un jeune homme aux cheveux noirs, au langage énergique, aux muscles d’acier, apparaît au milieu des sifflements du vent et des colères de la tempête; son œil est perçant, sa voix vibrante. Tu te sens subjuguée ; tu renonces à la fortune, aux grandeurs, pour la simple cabane de pêcheur. Celui-là manque aussi : et cette fois par ta faute, car le jeune homme se conduit à merveille. 11 ne brusque rien, il te tient les discours les plus corrects, les plus indiqués pour la circonstance; il te parle de la lune et des étoiles ; il renonce à tout pour toi ; il n’ose effleurer ta robe, et te demande presque pardon d’oser marcher sur la même terre que toi. En un mot, il se conduit comme un amant un peu bien élevé le doit faire vers la page 180 du premier volume.

« Mais toi, tu trouves le livre mauvais, et tu le jettes pour reprendre le premier que tu avais déjà jeté, et tu reviens à Arthur de Sommery.

« Uélas ! ma Clotilde, il n’y a rien à faire de ce côté-là ; tu ne feicfe jamais de ce brave M. de Sommery un père capable de finir convenablement un premier volume. U n’a à répondre à la demande de son 111s que par le plus plat consentement 11 sera lier de cette mésalliance qui rendrait épileptique tout autre père; il n’aura qu'un regret, c’est qu’elle ne soit pas assez complète pour que son sacrifice à la philosophie en prenne plus d’éclat.

« M. de Sommery, j’allais dire ton beau-père, et il l’est peut-être déjà, tant votre situation est ridiculement simple; M. de Sommery voudrait que ton père eût été un simple soldat; que dis-je, un mendiant! il ne serait même pas bien fâché qu'il eût été un peu aux galères, parce qu'alors il y aurait un bon gros piéjugé à braver. Mais la tille d’un capitaine !...

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« Dans les idées à'egalüéqm régnent aujourd’hui, c’està-dire d’abaissement des grands au-dessous des petit^ dans ces idées où il n’y a de tyrannie que celle des opjîniïfés, c'est toi qui fais la mésalliance, c’est toi qui braves le préjugé; toi, roturière, tu consens à épouser un noble !

« Presque tous les romans se faisaient autrefois sur cette thèse : .

« On a vu des rois épouser de simples bergères.

« Mais qu’a Gela d’étonnant aujourd’hui? Quel obstacle sépare les bergères des rois jusqu'au moment où on ne trouvera plus de bergère assez simple pour consentir à épouser un roi ?

« 11 ne me reste qu'un espoir, c’est que ton jeune forban, le Vatinel aux cheveux noirs, t’enlève en qualité de pirate, ou fende d'un coup de sa hache d’abordage la tète du jeune Arthur de Sommery, ton liancé, et peut-être déjà ton époux.

« Mais, sérieusement, une chose me console de voir qu’aucune de nous trois ne réussira à faire un petit roman, c’est la mauvaise humeur qu'aura Alida de ce mariage, qui te donnera un nom dont elle était si impertinente, et dont, malgré la parenthèse (née de yfhumery), aucune de ses amies n’a la charité de la faire annoncer dans son salon.

« Je ne le dis pas de me répondre: ta dernière lettre m’annonçait que tu avais autorisé l’amoureux Arthur à demander ta main à son père; le reste va tout seul. Tâche seulement que la noce se fasse à Paris, sinon je ne pourrai pas te tenir la promesse que nous nous sommes faite de nous servir réciproquement de demoiselle d’honneur.

« Zoé. »

CLOTILDK

CloÜldc ù Zoé,

« Hélas ! ma chère Zoé, me voici jetée, plus que tu n’àurais osé’ me le souhaiter, dans ces voies romanesques que tu regrettais si fort de me voir abandonner.

« M, de Sommery a refusé positivement; il n’a été ébranlé ni par les prières, ni par les larmes de son fils. J’ai eu la maladresse de lui inontrer la contradiction de ses principes et de ses actes; et je l’ai humilié. Ses manières d'agir ont tout à coup changé avec moi. Il a cru devoir me marquer avec sévérité les limites que j’avais voulu franchir. Jene suis plus dans la maison le troisième enfant. Tout me rappelle la chanté qui m’a élevée et qui me nourrit, Depuis trois jours, il ne se dit pas un mot, il ne se fait pas un geste qui ne soit pour moi un coup de poignard. 0 Zoé 1 tu ne sais pas ce que c’est que d’être humiliée par des gens à qui l’on doit de la reconnaissance ; cela est si poignant, qu’au premier mot de dureté de M. de Sommery* je me suis crue quitte envers lui de quipze années de bienfaits, et qu’au second je me croyais à mon tour bien généreuse de ne pas les haïr tous.

« Quelle fausse pitié ces gens-là avaient de moi ! S’ils m’avaient réellement aimée, ne devaiont-ils pas redoubler de tendresse et de bontés au moment où ils me refusaient ce que je leur disais être mon bonheur ? Ne devaient-ils pas cherchera guérir mon cœur meurtri de la chute qu’ils lui faisaient faire? Mais non, ils m’ont accablée encore. Que faire maintenant? que devenir? Car je ne resterai pas dans cette maison, où l’on ne m’avait accueillie que pour en tirer vanité, et où l’on me punit si cruellement d’avoir pris au sérieux tous ces faux semblants d’affection que l'on ne tenait à persuader qu’aux spectateurs. Quel est mainte*

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nant le service qu’on m’a rendu? quel peut être mon sort? quels sont mes moyens d’existence? à quoi me servira cette éducation que l’on m'a donnée, au lieu de m’avoir élevée d’une manière conforme à ma triste fortune et qui me permit de me suffire à moi-même dans l’abandon où l’on me rejette, abandon mille fois plus cruel que celui où m’avait laissée en mourant mon malheureux père?... Ah ! pourquoi n’ai-je pas cédé à cet instinct secret qui me poussait vers Tony Vatinel? Mais aujourd’hui que je l’ai repoussé irai-je lui dire : — Je reviens à vous parce que les parents d’Arthur me chassent et ne veulent plus de moi? J’ai tout sacrifié à l’ambition, et aujourd'hui je suis seule, sans appui. Mais non, le châtiment doit retomber sur ceux qui ont commis la faute, sur ceux qui ne me laissent pas d’autre ressource que d’arriver malgré eux à mon but. Là partie est perdue, mais cependant j’ai encore un coup à jouer. Tu me reverras triomphante, ou tu ne me reverras pas. Je mourrai à dix-neuf ans dans les flots de cette mer moins orageuse que mon cœur, ou dans un mois on annoncera chez toi madame de Sommery.

« Clotilde. »

Robert Dimeux de Fousscron à Tony Vatinel.

« C’est incroyable combien plus de sottises on dirait encore qu’on n’en dit, si les anciens n’étaient venusava.it nous pour nous les enlever. II est vrai que les générations qui se sont suivies ont toujours en ce cas repris leur bien où elles le trouvaient, et ne se sont fait aucun scrupule de traduire et de répéter ce qu’avaient dit déjà et répété les premières. Dans les livres de tous les temps et de tous les peuples, on trouve répété à chaque instant le fugit irrkparabile tempus; on l’a écritsur le marbre, sur le papyrus, sur la cire, sur le papier : ce qui n’a jamais empêché ceux

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qui écrivaient, lisaient et répétaient ces lieux communs sur la rapidité et la fuite irréparable du temps de passer toute leur vie à se plaindre également des heures qui durent un siècle. Pour moi, je n’ai jamais trouvé irréparable le temps qui s’en va, et il est toujours en ma puissance de revoir les jours passés. Nous disons que le temps passe, comme il semble que les arbres s’enfuient en déroute sur les deux rives d’un fleuvedont le courantnous entraîne. Le temps est immobile, et c'est l’homme qui passe; mais il peut, quand cela lui plaît, revenir sur ses pas et parcourir de nouveau la partie de la rive où il a trouvé les plus belles fleurs et les plus doux parfums. 11 peut revenir entendre encore cet oiseau qui chantait dans l’aubépine en fleurs quand il a passé la première fois. Cette puissance magique est ce qu’on appelle le souvenir.

a C’est ce qui m'arrive quand, à la tournure que prennent les choses, je vois qu’une journée sera triste et insignifiante. J’en rappelle une de ma vie passée, et je la recommence. 11 suffit, pour m’y reporter complètement, de me faire jouer un air que j’ai entendu ce jour-là, ou de m’enfermer dans une chambre tendue comme celle où j’étais alors, ou de voir au ciel un nuage fait comme un nuage que j’avais remarqué, et la transformation est aussi subite que complète. Mets-moi au soleil de juin, dans un champ de luzerne rose sur laquelle voltigent de petits papillons d’un bleu changeant; et j’ai dix ans, et je ne sais plus rien de la vie. Je poursuis les papillons, et je ne trouve plus en moi d’autre ambition que de les atteindre; et, s'il passait alors quelque homme vêtu d’un vieil habit noir, je me cacherais derrière les peupliers, par crainte de M. Pocquet et de ses pensums.

« 11 a tombé ce matin une de ces pluies fines et tièdes qui répandent dans l’air tant de sérénité, de silence et de parfums. J’ai beaucoup d’affaires aujourd’hui. Eh bien, je me suis cramponné à ce jour où nous sommes ; le sou-

venir m’a enlevé dans ses serres comme le Roc des Mille et une Nuits, et m’a reporté à huit ans en arrière; je me suis enfermé et je t'écris. A demain les choses sérieuses, elles me paraissent trop futiles aujourd’hui. C’est de ce jour, il y a huit ans, mon cher Vatinel, que date notre amitié, qui jusque-là n’avait été qu’une camaraderie de collège ; notre amitié, la seule chose aujourd’hui réelle et sérieuse pour moi.

« Ce jour-là, nous étions partis de Lisieux de grand matin pour aller voir mon château deFousseron. Je me rappelle bien encore la salle de l’auberge où nous avions passé la nuit à Lisieux. De la rue, il fallait descendre trois marches. Un parent, mort depuis quatre mois, m’avait légué sa terre de Fousseron, et nous étions partis de Paris pour la visiter. Te rappelles lu comme moi de quel crêpe énorme j’avais couvert mon chapeau en l’honneur de ce parent que je n’avais jamais vu? De Paris à Lisieux, nous avions fait les plus beaux projets sur ma terre de Fousseron. Nous étions tout jeunes encore. J’avais vingt ans et td en avais à peine dix-sept. Nous devions y passer les étés, y chasser à courre; et tu te mettais, à cette idée, à chanter un air de chasse. Le sanglier, disais-tu, et nous chantions la fanfare du sanglier; au sanglier succédait le chevreuil, au chevreuil la vue, à la vue les lancés. Et nous perdions la mémoire de nos projets pour épuiser tout notre répertoire de musique de trompe. Tu m’appelais M. de Fousseron, et cela nous faisait étouffer à force de rire. — Je voudrais bien savoir s’il y a des créneaux, messire, me disais lu, à ton château de Fousseron. — Et un pont-levis, ajoutais-je, et le droit de haute justice, et un colombier. — Ma foi, Robert, disais-tu, tu feras bien de ne pas le faire reconstruire à la moderne. — Je le laisserai tel qu’il sera, répliquai-je, passant comme toi du conditionnel au futur. — Tout ce que je demande, c’est qu’il y ait de grandes prairies. — Et un petit courant d’eau. — L’eau est

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la vie du paysage. — La barque doit être pourrie. — Sous en mettrons une autre. Je ne répondis pas, je trouvais que tu disais un peu trop nous relativement à ma seigneurie de Fousseron. \ Lisieux, nous n’osâmes pas demander des renseignements sur Fousseron, et nous ne dîmes même pas dans l’auberge où nous avions couché de quel côté nous dirigions nos pas. Nous sortîmes de la ville du côté opposé à Paris, et nous demandâmes au premier paysan : le rustre ne connaissait pas Fousseron. — Vous n’ètes peut-être pas du pays? — Si vrai ben. — Pas depuis longtemps? — Mon père y est né et défunt. Un second ne connaissait pas davantage Fousseron. Un troisième, un quatrième, n’étaient pas plus savants. Enfin une vieille femme nous dit : — Prenez le chemin en montant; allez jusqu'à la ferme sur la droite, et là vous demanderez.

« Nous nous remîmes gaiement en route. Nous avions pensé un moment que Fousseron n’existait peut-être pas- La vieille femme nous avait rassurés. 11 était tombé au point du jour une petite pluie line et tiède comme ce matin. Seulement on était alors au moi de mai. Tu vois comme je me rappelle tout : ces souvenirs me donnent une sensation agréable dans la poitrine; avec cet air semblable de ce matin, j'ai respiré la jeunesse, les rêves et les idées d'alors. Cette petite pluie douce, c'était le printemps qui tombait du ciel; un beau soleil vint après, et sous ses rayons s’ouvrirent dans l’herbe les petites pâquerettes blanches avec des gouttes de pluie qui brillaient de couleurs changeantes comme des opales. Les pommiers, en boutons la veille, ouvraient leurs fleurs blanches bordées de rose. Il semblait que tout cela était tombé du ciel avec la pluie; la nature avait sa robe de noces.

« Sous nos pieds les marguerites, sur nos têtes les fleurs des pommiers : il semblait aussi que l’âme s’épanouissait. Une foule de petites sensations, de petits bonheurs, fleu-

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l issaient dans nos cœurs. Nous étions joyeux sur le chemin comme les fauvettes qui chantaient dans les haies, comme les abeilles qui bourdonnaient dans les pommiers, comme le lézard qui faisait frémir l’herbe. — Oh ! Robert, me dis-tu, que l’homme est riche, et comme Dieu a doté ses enfants! Tiens, Valinel, en rappelantles paroles, je lésprononce avec ta voix, je les entends, je te vois; mon imagination n’oublie pas un brin d’herbe; je revois leciel bleu que nous voyions par taches à travers les branches des pommiers. Je ne saurais te dire quelle inexprimable sensation de joie et de bonheur j’éprouve. Tiens, Vatinel, nos premières années sont comme des pères prodigues ; elles déshéritent les dernières; mais, en retrouvant si bien ces doux souvenirs, surtout en retrouvant dans mon cœur tantde puissance pour les sentir, même aujourd’hui, je m’écrie comme toi alors : — Oh ! Vatinel, que l’homme est riche, et comme Dieu a doté ses enfants!

« Nous trouvâmes enfin un enfant qui nous conduisit à mes domaines de Fousseron. Chemin faisant, nous essayâmes de le faire parler, sans cependant lui adresser de qhestions trop directes sur l’importance de mes propriétés. —t Tu connais Fousseron? — J’ crès ben, j’y mène tous les jours que Dieu fait pâturer mes chèvres dans le jardin.

— Comment! pâturer tes chèvres dans le jardin ! et comment y entres-tu ? — A travers la haie donc, j’y ai fait un trou à passer un homme. — Un trou dans une haie! te dis-je à voix basse. — Allons, me dis-tu, te sens- tu déjà pris du démon de la propriété, et l’air de la Normandie ne peut-il se respirer sans qu'on soit atteint de la contagion des procès? Je ne trouvai pas, je puis te l’avouer aujourd'hui, de très-bon goût ta plaisanterie sur une chose aussi grave. — Etque dit le garde? demandai-je à l’enfant.

— Le garde? — Oui, le garde. Qu’est-ce qu’il te dit quand lu passes à travers la haie? — Est-ce qu’il y en a un de garde? — Je te le demande. — J’ sais pas, mé, j’en ai

point vu, dà. — Et qu’est-ce que tu fais pendant que tes chèvres pâturent? — Et j’ coupe de l’herbe donc, et je pêche dans le ruisseau.

« Ce petit usurpateur commençait à me devenir aussi odieux qu’un autre Normand, Guillaume, dut l'être aux Anglais huit siècles auparavant. Cependant cette mention de ruisseau fit que toi et moi nous échangeâmes un sourire de satisfaction. — Sommes-nous bientôt arrivés? — Eh bé! voilà le trou de l’haie, passez itou comme mé. — Merci, voilà pour la peine; va-t’en. — Nenni, que j’ m’en vas point, mes chèvres y sont qui pâturent. — • Comment, tes chèvres ! J'étais prêt à faire explosion ; tu passas à travers la haie ; nous nous trouvâmes dans une cour couverte d’herbe et de pommiers. — Où est le château? — L’ château? Ça doit être ça, y a point autre chose, dà. Et le petit paysan nous montra quatre murs sur lesquels restait la moitié d’un toit. — Comment, il n’y a pas de maison ? — La v’ià la maison . — Mais sur le reste de la terre ? Vous la voyez, la terre; l’ domaine finit à l’haic d’épine, que le ruisseau est soi-disant à Pierre Meglou, qui va faire un procès.— C’est ça Fousseron ?— Et j’en sais point d’autre, tfà.

« Nous nous regardâmes abasourdis du coup, et puis nous partîmes d’un grand éclat de rire. Tu t’inclinas et lu te mis à chanter :

Tout le village Vient à l’unisson Pour rendre hommage Au seigneur de Fousseron.

« — Tiens, dis-je à l’enfant, voici pour toi, et va faire pâturer tes chèvres ailleurs. — Merci m’sieu. Et il s’en alla. — Messire de Fousseron, dis-tu, permettez au plus fidèle de vos vassaux de vous faire hommage lige.

« Les éclats de rire recommencèrent, puis nous nous mîmes à examiner mon domaine. La maison avait parbleu

bien une chambre et demie, les murs étaient verts de mousse; sur un des côtés montait un vieux lierre. Le toit était couvert de giroflées en fleurs qui, vues d'en bas, semblaient des étoiles d'or dans le ciel. L’berbe était verte et molle et parsemée aussi de pâquerettes; mais cette herbe et ces pâquerettes étaient à moi ; elles me parurent bien plus belles que celles que nous avions foulées depuis le matin. Les pommiers avaient plus de fleurs; le soleil était plus chaud; le ruisseau murmurait sur les cailloux, et je me sentis l’ennemi de Pierre Meglou, qui avait l’audace de me le disputer. Mon ruisseau, vive Dieu ! à la rescousse! mon ruisseau esta moi. Et ce trou dans la haie me gênait aussi beaucoup. Nous finîmes par trouver Fousseron un endroit ravissant; les oiseaux qui y chantaient étaient à moi. Tu les intitulas, la musique de sire Fousseron. Un gros merle noir, au bec orange, fut promu à la dignité de maître de chapelle. C’était un calme et un silence enchanteurs. On sentait une si grande paix dans le cœur! On était affectueux et bienveillant.

« — Robert, me dis-tu, nos cœurs sont en ce moment un digne temple pour l'amour. Où est la femme que j’airnerai? — Tony, repris-je, j’aime. Et je te parlai d’Alida de Sommery ; je te lus une de ses lettres, et de ce jour nous fûmes amis pour la vie.

« Depuis ce jour-là j’ai perdu toutes mes belles illusions. J’ai fermé mon cœur, parce que la réalité n’y entrait que pour le ravager, et j’y ai précieusement serré le passé. Je me suis fait une existence factice. J’assiste à la vie comme un spectateur assez bien assis. Mais, je te le répète» Tony, quand j’ouvre ce riche écrin de mon cœur* et que j'y vois tant de belles pierreries; quand je pelise surtout à notre amitié, je dis : — Que l’homme est riche, et comme Dieu a doté ses enfants!

« Robert. »

CLOTILÜE

Tonv YatincI à llobert Dimcux de Fousseron.

« Au moment où je reçois ta lettre, je viens de conduire au Havre un homme qui emmène, pour l'épouser en Angleterre, une femme que j’aimais de toutes les forces de mon âme,

« Tony. »

llobert Dimeux de Fousseron à Tony Yutinel.

« Pauvre Tony, je sais ce que doit être l’amour dans un cœur comme le tien. Tu dois être bien abattu, bien malheureux.

(« Écoute, pars : va à llonfleur, de Ilonfleur à Lisieux. Je vais partir de Paris ; nous passerons quelques jours ensemble. H y a deux ans, j’ai fait refaire le toit de mon château de Fousseron, et j’ai chargé Pierre Meglou de refermer la haie et d'en prendre soin. Viens y rester avec moi pendant un mois, nous y vivrons seuls au sein de la nature. Viens, nous parlerons de ton amour, de ton chagrin. Moi, depuis longtemps, je n’ai plus ni amours ni chagrins que les tiens.

« Je me mets en route ce soir.

« Robert. »

Tony et Robert passèrent quelques jours ensemble au château de Fousseron. Robert avait eu, au commencement de sa vie, une grande passion qui avait fini tristement, cemme cela doit être chaque fois que l'on demande à la

vie des choses qui ne sont pas en elle. Il avait voyagé, et il était revenu guéri, avec une ferme et invincible résolution de ne plus prendre la vie au sérieux, et il avait par faitement soutenu son paradoxe : l'amour surtout était pour lui une perpétuelle ironie. 11 était convaincu qu'en amour il yen a toujours un qui aime Vautre et est sa dupe- 11 était décidé à n’ôtre jamais que l 'autre.

Avec le souvenir de ce qu'il avait ressenti pour une seule femme, il s’était fait à l'usage des autres une éloquence du plus grand effet. D’ailleurs, n’étant jamais entraîné par la passion, il apportait dans l'escrime de galanterie. que l’on appelle amour dans le monde, un sang-froid et une sûreté de coup d’œil qui lui assuraient un immense avantage sur ses belles adversaires. 11 communiqua à Vatinel ses théories à ce sujet; mais Vatinel était d'une autre trempe que lui ; l’amour que Vatinel éprouvait pour Clotilde était devenu sa vie tout entière. « La maladie est rebelle, dit Robert, les symptômes graves et alarmants résistent à mes efforts. Tu vas voyager. »

Tony Vatinel se-laissa embarquer.

Pendant ce temps, Clotilde, qui avait réussi à se laisser enlever par Arthur, avait été mariée en Angleterre et était venue s'établira Paris, où elle avait fait quittera son mari sa place dans l’administration. • „ -

M. de Sommery avait refusé de la reconnaître pour sa belle-fille, et il avait envoyé à son fils une malédiction d’après la formule antique et une menace de le déshériter; mais, au bout de six mois, il trouva sa maison bien vide, et il consentit à ce que son fils vînt passer quelques mois à Trouville, mais sans mademoiselle Belfast. Le fils refusa, le père cria et obtint quinze jours. Clotilde fut très-irrHjpe de l ’ obstination de la famille à ne pas l'admettre. Madame Alida Veunier accoucha d'une fille et n’en fit point part à sa belle-sœur. Clotilde se mit à recevoir. Sa grâce, son esprit, le bon goût de sa maison, firent bientôt regretter à

Alida de ne pas aller là où allait tout le monde, et elle

céda aux instances de son frère.

Ce qui n’aurait été entre les deux belles-sœurs qu'une malveillance fort ordinaire, si elles eussent continué à ne pas se voir, devint une haine envenimée par l’obligation où elles se trouvèrent de vivre aux yeux du monde dans une intimité fraternelle. Clotilde. infiniment supérieure à Alida par sa beauté et par la fascination de son esprit, aurait augmenté cette haine tout naturellement par ses succès, quand même elle aurait négligé toutes sortes de petites humiliations dont elle ne se faisait pas faute.

Alida ne pouvait répondre à des attaques qu’elle seule comprenait que par des violences visibles ou des aigreurs bruyantes, et elle se sentait encore plus irritée de paraître toujours avoir tort dans un combat d’où elle sortait le plus profondément blessée.

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