DE ROSE ET DE JEA^ DUCHEMIN
UISÏOIHE
DE ROSE ET DE JEA.\ DUCHEMLN
Je me suis mariée en 1815, Faiinée où Bonaparte levait tout le monde pourrarniée. Comme ceux qui étaient mariés ne partaient pas, on nous maria pour que mon mari ne partît pas, quoique fils de veuve. Huit jours après mon mariage, on a appelé mon mari; il fut exempt par le mariage. J'étais la treizième enfant de la maison de mon père. On me donna à mon mariage, en effets, la valeur de six cents francs. Mon mari était lils de veuve. Elle avait encore un autre fils et une fille; elle avait un peu de biens qu'elle n"a\ ait pas Tintelligence de ménager, ni la mère ni la fille. Mon mari n'avait en mariage que la chemise de dessus son corps, et qui n'était encore guère valable. 11 était marin, il n'avait aucun filet pour faire son état, ni aucun habillement propre pour la mer. On nous mit en ménage entre quatre murailles sans meubles d'usage d'homme. Mon père nous donna une vieille couche de feu
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mon gruiul-pèie, que nous fîmes ruccummoder un peu. On nous mit en ménage quinze jours avant Pâques. 11 nous vint bientôt un enfant. Le boulanger nous donna du pain à crédit. Heureusement troi^ ou quatre semaines après la saison du maquereau arriva. Comme il ne faut pas de filet pour faire cette pèclic-là, mou mari eut donc son lot comme les autres. Mon père, qui avait un petit bateau, lui en donna le commandement et la maîtrise^ et moi j'étais mousse de terre pour appeler les autres femmes pour aider à virer les bateaux quand ils reviennent de la pècbe. Je gagnais encore un écu, ça nous faisait un lot et demi. Ils gagnèrent trois cents francs au lot. >"ous fîmes faire quelques meubles les plus nécessaires; nous achetâmes six vieux filets d"un marin qui se démontait : il nous les vendit soixante francs, et autant qu'il nous fallut pour les réparer. Pendant que nous les réparions, nous ne gagnions rien : nous mangions sur le gain à venir. La saison d'aller faire la pêche à Dieppe approchait. Il fallut bien autre chose quand il fut question de faire la poiiche que Ton a usage de faire au marin pour faire la pèche à Dieppe: il fallut faire faire une paire de grosses bottes de marin de trente francs, une paire de souliers de huit francs, deux paires de halavant, un surouest, un caban, un gros gilet de frot, trois paires de gros bas de laine gris, trois ou quatre pantalons de toile ou laine, celui qui le peut. Nous fîmes tout cela à crédit. Je lui fis une chemise de laine bleue avec une jupe; je lui lis des caleçons avec une jupe blanche. Ça diminuait bien vite de mon côté. Je défis deux draps pour lui faire des chemises. Son sac se fournissait à peu près. Quand il fut parti, j'avais l'enfant à vêtir pour fhiver. Je fus trouver ma mère, qui me donna la moitié d'une jupe. Je repris le restant dans mes effets. Je ne tardai pas à en trouver le bout. La saison ne fut pas très-avanlugeuse : ils ne gagnèrent (jue cent cinquante francs au lot.