DE ROSE ET DE JEAN DLCHEMIX
soignaient les plus petits. Quand la rnarée était finie, bien fatiguée il fallait s'en retourner les bras chargés d'enfants, un antre sur le dos, l'autre qui tenait mon tablier ; mon mari restait à étendre le varech pour le faire sécher. En arrivant à la maison, point de manger de prêt; les enfants crient la soupe, l'autre qui voulait le sein; il fallait que je monte au grenier pour descendre du bois; pas d'eau tirée du puits; le père qui allait arriver, qui allait demander à manger. C'était le moment de courir au plus vite, quelquefois le manger pas encore préparé. S'il montait un grain de pluie, il fallait recourir ramasser le varech, retraîner les enfants avec soi; s'il y en avait de sec, il fallait le porter à l'abri de la pluie, et tous les jours à recommencer. Quand j'allais à la fontaine, je partais de grand matin avant qu'il ne soit levé; quand je voyais l'heure du réveil arriver, je recourais à la maison ; quand j'approchais, j'entendais pleurer à vingt pas loin ; quand j'entrais, c'était comme des petits oiseaux que leur mère leur apporte à manger; ils tendaient la main et le bec; je recourais comme à l'usage vite pour le déjeuner. Je voyais quelquefois, en revenant de la fontaine, le père qui revenait avec son canot; il fallait que j'aille lui aider à le tirer de l'eau. Je ne savais souvent pas auquel obéir. Plusieurs années se passent de cette sorte. Le fils aîné commençait à vouloir aller à la mer avec son père; comme il avait de l'intelligence précoce, il ne larda pas à soulager son père un peu; il lui tenait compagnie, il causait avec lui étant en mer. Comme il l'aimait beaucoup, ce garçon, il lui plaisait extrêmement de l'avoir avec lui. Il passa plusieurs années en allant toujours avec son lils aîné, jusqu'cà ce que les autres fussent un peu plus grands.
25i; HISTOIRK
La septième année, mon mari, ^oyant que la pèche du hareng était tout à fait manquée, résolut d'apprendre à faire du calicot. Nous étions, comme à Tusage, sans argent pour avoir un métier ni pour payer l'apprentissage. Nous trouvâmes le fils d'un vieux houcher qui n'avait guère envie de travailler chez lui ; nous fîmes prix par un louis pour lui apprendre. Il savait très-bien lui montrer, car il travaillait bien quand il voulait; mais, quand il était chez nous, il s'y tenait trop longlemps. Son père Tempècha de revenir. Voilà njon mari resté sans pouvoir tisser, ne sachant pas comment faire. 11 se trouva un vieux barbier qui lui dit : « Tiens, Je veux l'apprendre pour rien. » Ce bon homme venait quelquefois en passant; mon mari tissait à sou idée; enlin, mal monté, il lit une pièce sans lisière. Le bourgeois voulut le frapper quand il vit son ouvrage gâté, et puis il réfléchit et dit : « C'est un malheureux, je le sais, il a été mal montré; » et puis, toute réflexion faite, il lui paya la façon de sa pièce, mais il ne lui donna pas de chaîne pour recommencer.
11 fallait retourner chez un autre commissionnaire; l'autre ne savait pas qu'il ne savait pas travailler, il lui en donna une. 11 travailla un peu mieux de chaîne en chaîne ; il devint ouvrier; il ne fut pas sitôt ouvrier, que les façons vinrent à diminuer. Le cinquième enfant vint, il fallait que je fasse des trames avec lenfant sur mes genoux : il était méchant comme on n'en voit guère. Je gagnai un mal dans le dos à ne pas pouvoir tenir. Je ne savais pas trop comment faire : j'appris à Faîne à faire des trames, il en fit très-bien, il me soulagea bien de ce côté-là. \ la fin de l'hiver il se trouva la gremillière chez