DE ROSE ET DE JEAN DUCIIEMIN
nous : le fils aîné fut pris de mal le premier; le second fit de la trame à sa place, et au bout de huit jours il fut pris aussi, et ensuite les deux autres. Les voilà tous quatre dans le lit, je n'avais que la cinquième, qui~ptait une fille, (jui n'avait pas la gremillière, mais bien aussi pire, elle ne venait pas du tout, elle avait le ventre enflé, et ne fai- >ait que haleter, toujours courte d'haleine. Voyant tous mes enfants dans cette situation, je demandai un médecin: il vint les voir, les découvrit tous quatre pour voir leur gremillière, si elle était bonne; quand il les vit, il dit : « Bon, mes petits enfants, vous êtes bien, la i>remillière est bonne, il ne faut que des soins. » Ce bon médecin, \oyant-fjue je n'avais pas grands moyens, me dit : « Je n'ai pas besoin de revenir, vous ne les mettrez pas à l'humidité, vous ouvrirez vos fenêtres quand il fera soleil. >• Et puis il me fit faire de l'eau de riz et de leau d'orge pour ceux qui en a\aient besoin. Et puis je lui montrai ma petite fille que je tenais dans mes bras, que j'avais grande envie aussi de réchapper : il me dit de la nourrir au riz bien longtemps, et puis de lui donner un peu de vin blanc, qui lui fit bien. En peu de temps elle fut rétablie, et mes fils faisaient bien aussi.
x\lon mari tissait toujours et ne gagnait pas la moitié de ce qu'il nous fallait; le pire était que nous n'avions pas de bois pour réchauffer les malades. Quand ils se sont relevés du lit, j'avais brûlé le peu que nous en avions à faire cuire l'orge et le riz. Une vieille femme, qui se disait connaître un peu la médecine, venait les voir quelquefois; elle s'en aperçut et elle me dit : « Tu n'as pas de bois pour chauffer tes enfants? » Je dis : « ^on, j'ai brûlé le peu que j'en avais. » Un jour elle vint le soir en m'appor tant une brassée de fagots ; nous en eûmes pour quelques jours. Après, je pris la hardiesse daller chez un marchand de fagots à une denu-lieue de chez nous; je lui demandai un quarteron de fagots; il ne me connaissait pas; il me
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demanda mon nom, je le lui dis; je tremblais en annonçant le mot de crédit. Je dis comme d\isage : « Je vous paverai à la saison. » H nous en apporta de suite. Je revins de suite à la maison, je dis à mon mari : « Nous sommes encore sauvés une fois; voilà du bois pour chauffer nos pauvres enfants. » Je les mis hors du lit a trois en arrivant, pour voir s'ils pouvaient tenir un peu levés ; ils y tinrent bien une heure, et puis je les remis au ht pour la nuit, ils n'en reposèrent que mieux. Et moi, bien satisfaite de les voir se lever un peu tous les jours suivants, je les levais vers midi; quand il faisait du soleil, jouvrais les fenêtres pour leur donner un air frais; je leur portais les soins qu'une mère doit à ses enfants, j'avais grande, ment peur, car j'aime beaucoup mes enfants. Le 26 mars l'on a usage chez nous d'aller sur la côte prier la sainte Vierge -le père et la mère y vont avec leurs enfants. Le deuxième, pendant que j'étais partie à l'eau, s'échappa sans que je le voie aller; il faisait humide, je cours après lui, je le rejoins au pied de la côte; je l'apporte dans mes bras bien vile ; je fais grand feu pour le réchauffer ; il avait son cou tout tors, la tète couchée presque sur 1 épaule. J'eus recours au médecin bien vite : il lui lit mettre un vésicatoire de suite et des lisières d'étoffe pour tirer sa tète de rautre côté; il en eut pour six semaines; encore il en conserva toujours un peu.
Pendant tout cela, je me trouvai enceinte du sixième enfant; nous le perdîmes aussitôt qu'il fut né et au bout de quatorze mois, nous eûmes le septième entant, et touiours dans la même situation, toujours dans la misère. Au bout de quatorze mois, huit enfants, mon mari se decouracreait de plus en plus. Quand l'hiver était venu et qu il fanait lisser, il me disait: « Je n'ai plus le courage de travailler; je gagne trente sous par jour, il nous tant trois francs. » Je lui disais: « Lh bien, mon pauvre homme, que veux-tu faire'' c'est en espérance la saison du maque-