LE \\0<E ET DE JEAN DUCIIEMIN
Mon mari, daii> sa petite Ijynjiu', pondant plusieurs années de suite, gagna beaucoup d'argent; le poisson était à f|uantité dans nos côtes; il faisait toujours de la même pèche, qui était du gros poisson congre, morue, raie. Tout cela se pèche avec des cordes que Ton attache des hameçons dessus avec un appât qu'on y met; les nièmes i:ordes dont on fait usage sur le banc de Terre-Xeuve. Quand les poissons qu'on met pour faire des appâts viennent dans nos rochers, on gagne toujours quelque chose, quand il fait un grand hiver, ils meurent; et, faute de ces poissons, que Ton appelle chatrouilles. nous ne pouvons gagner notre vie; et, pour les attraper dans les rochers, il faut connaître la manière. Mon mari était un des meilleurs pécheurs; pendant qu'il gagna quelque chose, nous payâmes un peu des dettes anciennes les plus pressantes; iious lînies quelques filets pour les garçons, qui voulaient faire la pèche du hareng. Comme il faut six tilets pour avoir son lot à la pèche du hareng, ils ne voulaient pas aller à demi-lot, on leur en fît quelques-uns. Pour l'aîné, comme il était extrêmement fait et grand pour son âge, on parlait de le mettre dans un autre hateau. pour ne pas aller tous ensemble dans le même bateau, crainte de malheur, pour ne pas perdre toute la famille ensemble. Je différais pour qu'il ne quitte pas son père, croyant toujours qu'il serait perdu avec d'autres qu'avec lui. Cet enfant m'était si bon et si instruit, que je trouvais bien des consolations dans lui ; s'il me voyait triste, il me demandait : « (Ju'avez-vous, ma mère? » Je lui disais ce qui me cha-
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grillait; il essayait toujours de mettre du remède à mon mal. Toujours une humeur riante, une jolie figure, des cheveux en houcles autour de sa tète, et un hon caractère; je ne lui ai jamais vu de colère ; je m'admirais quand je les voyais tous ensemble, les quatre frères, tous d'une bonne prospérité et bons enfants, ils me disaient : « Ma mère, nous ne vous demanderons pas d'habillement, vous savez aussi bien que nous ce qu'il nous faut; vous nous en donnerez quand vous pourrez. » En effet, dans les saisons, quandongagnait quelque chose, je leur en donnais quelque morceau, et ils étaient bien contents quand je leur donnais quelques sous pour faire le garçon le dimancbe ; ils me les prêtaient la semaine en me disant : « Vous nous les remettrez dimanche, si vous en avez. » Dans cette époque, lions avions douze enfants, quatre garçons et huitlilles; le père, qui n'aimait pas beaucoup les tilles, n'était pas plus lier; mais, comme on recueille ce que l'on sème, il appelait ses fils mes garçons; et, s'il parlait des lilles, il disait : tes filles.
Mon père, après avoir vécu quatre-vingt-quatre années, vint à mourir la quinzième année de mon mariage; je n'espérais pas recevoir grand'chose à sa mort, mais je ne m'attendais pas à payer pour ses dettes soixante francs pour ma part. Comme nous étions onze personnes dans le moment, et qu'il nous revenait deux corps de bâtiment que nous avions achetés sur sa tête, nous ne pouvions pas nous y loger sans y faire des frais. Nous trouvâmes un ami qui nous prêta mille francs à cinq pour cent, pour faire relever nos deux bâtiments. Nous logeâmes dans le