‹ Histoires normandesChapitre 11 sur 19 · LES ALIÉNÉS DL BOIS-GENSON · texte numérisé non relu

LES ALIÉNÉS DL BOIS-GENSON

envoyer le nom, le nombre, et les moyens de subsistance des aliénés qui peuvent se trouver dans la commune.

— Eh ben ? fait la femme.

— Dame! soupira le bonhomme, c'est que je ne sais point ce que c'est que ça, moue, des aliénés !

— Ma fine ! moue itou, dit la femme. On appella le garçon de labour qui avait

été dans le temps deux ans à l'école, mais il déclara que ce mot-là ne se trouvait point dans la grammaire.

Nos paysans étaient bien embarrassés.

A qui diable demander ce renseignements

Au maître d'école ? Il n'y a pas de maître d'école, à Bois-Genson. Au curé?

Mais c'est le jour de conférence pour tous les prêtres du canton. 11 est à Sarget et ne reviendra que ce soir, et ses idées, peutêtre, ne seront pas bien nettes.

Si Mondoubleau n'était pas si loin

oui, mais deux lieues !

— Attends donc, fait la femme; J'allons

savoué ça tout à l'heure. La diligence de Mondoubleau à Cloyes va passer; et on dit que Leriche, le conducteur, est un gas ben savant ; il est toujours dans les livres.

— C'est vrai, réfléchit le père Launay,- Leriche va nous dire ça.

Leriche arrivait au petit trot de ses deux alezans. On apercevait de loin sa barbe fauve et son menton simiesquc qui s'agitaient dans une conversation très animée.

Le père Launay l'interpella, et lui exposa le cas, fort embarrassant, qui le préoccupait.

Leriche, flairant une bonne farce à faire, cligna ses petits yeux gris, avec le hochement de tête qui lui est particulier, et, au milieu d'un sourire narquois qui se perdit dans les halliers de sa moustache, il répondit d'un ton bon enfant :

— Les aliénés ? petit père... mais, parbleu, ce sont ceux qui vont à la messe !

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