UNE
Q^UESTION DE BORNAGE
Une (QUESTION de BORNAGE
Il y avait un certain froid, depuis quelque temps, entre l'abbé Ogier, le curé du Haut-Chêne, et Madame Rabot, la directrice des postes, une des personnes, pourtant, les plus pieuses du petit bourg.
Certes, Madame la Directrice n'avait jamais manqué les vêpres, même aux fêtes de « dévotion »; elle communiait régulièrement une demi-douzaine de fois par an, rendait le pain bénit comme il sied, se
montraitgénéreuseà la quête dudimanche, et, ce jour-là, fermait implacablement son guichet, € pendant messe et vêpres », en dépit des réclamations dont, par pure taquinerie, — car personne ne lui en voulait — l'assaillaient les impies, ceux qui « n'approchaient pas ».
De ce côté-là, bien sûr, le curé n'avait rien à dire.
La grosse question qui les divisait, question gr.ivc entre toutes, était une question de bornage.
Derrière le jardin du presbytère, en bordure de la route d'un côté, et, de l'autre, en contre-bas du chemin de fer qui serpente, entre Alençon et Condé, au fond de la verte et capricieuse vallée de l'Huisne, l'abbé Ogier possédait un lopin de terre que deux bornes seulement, une à chaque bout, séparaient d'un champ appartenant à la directrice des postes. Et c'étaient, chaque année, à l'époque des labours, jalousement surveillés par les deux