‹ Histoires normandesChapitre 17 sur 19 · UNE QUESTION DE BORNAGE · texte numérisé non relu

UNE QUESTION DE BORNAGE

Elle communiait à la messe de neuf heures, une messe très commode, que l'aumônier d'un château voisin venait dire au Haut-Chéne, l'hiver, quand les châtelains étaient absents.

Lorsque, la veille de la Sainte-Virginie, il eut entendu sa confession, récit bref, toujours le même, quasi stéréotypé — car quels péchés extraordinaires pourrait commettre une directrice des postes, au Haut- Chène, — l'abbé Ogier, au lieu de chuchoter comme d'habitude : « Terminez le Conjitcor, ma fille, je vais vous donner l'absolution », l'abbé Ogier huma lentement une prise, se rencogna un peu sur son siège, et articula d'une voix lente, pendant que s'éclairait tout à coup son visage fùté de Normand matois aux yeux rieurs bridés de malice, à la lèvre imperceptiblement gouailleuse :

— Vous n'avez plus rien à dire, ma lille >

— Mais non, mon Père.

— Vous n'avez plus rien à vous reprocher ?

— Non.

— Votre conscience est en repos ?

La bonne dame voyait très bien où son confesseur voulait en venir. Aussi répondit-elle d'un ton un peu agressif:

— Absolument.

— Eh bien, ma fille, je vous engage à méditer le septième commandement de Dieu : « Le bien d'autrui tu ne prendras, ni retiendras à ton escient. »

Et le curé appuya sur ces mots : a ton escient.

Madame Rabot commençait à perdre patience. Elevant un peu la voix, sans trop de respect pour le saint tribunal de la Pénitence, elle demanda :

— G'est-y pour mon champ que vous me dites ça ?

Du tac au tac le curé répondit, sèchement :-

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