‹ Histologic genérale; étude critique sur Virchow et La pathologic cellulaireChapitre 4 sur 6 · DU PUS · texte numérisé non relu

DU PUS

Le pus est une néoplasie constituée par des éléments organisés, 1â cellule purulente et un liquide intercollulaire, le sérum du pus. 11 se produit aux dépens des cellules du tissu eonjonctif dans les parenchymes, et aux dépens des cellules épithéliales sur les surfaces. La doctrine des exsudats est fausse pour le pus comme pour les autres néoplasies ; jamais ce produit morbide ne résulte de la transformation d'un exsulat. Le fus est une transformation et non pas une sécrétion. Les cellules du pus, comme celles de toutes les néoplasies, ne se forment pus directement de la cellule conjonctive ou épithéliale. Le premier effet de la prolifération pathologique est la formation de cellules jeunes^ sans caractère, indifférentes^ et qui, par leur développement, prennent le caractère de la cellule du pus (p. 400).

La suppuration n'est pas, à proprement parler, une destruction ; c'est une formation d'éléments nouveaux. Seulement ces éléments, contenus dans une substance intercellulaire liquide, ne peuveat pas jouer le rôle de tissu solide. La suppuration a donc pour dernier résultat le ramollissement et la liquéfaction des parties, et c'est ainsi, ajoute Virchow, que « la croissance et la destruction, ces deux processus si opposés l'un à l'autre en apparence, ont cependant dans le fond une certaine analogie » (p. 404). La suppuration s'accompagne de la formation des granulations. Les granulations sont constituées par un tissu en voie de transformation purulente ; elles présentent, dans la partie qui s'éloigne le plus de

Tabcès,. des cellules arrondies ne possédajàt qu'un noyau. Ces noyaux se multiplient à mesure qu'on se rapproche de la surface suppurante, et là les pilules ne peuvent plus être disting'uées de Télément purulent. l/ulcéretiion se produit par la prolifération continue des gpranulations, par la transformation en pus et la destruction des éléments nouveaux. L^i membrane pyog^nique est due à l'org^anisalion des cellules conjonctives ' autour du foyer de suppuration. Cette membrane n'ei>^ gendre donc pas le pus, mais est produite par le même travail que lui.

Les g^lobules du pus ne peuvent être disflng^ués.des globules blancs du sang, des leucocythes. Ces deux éléments se ressemblent complètement. Cependant le pus n'est pas formé par les leucocytes, sortis mécaniquement des vaisseaux. La cellule purulente est due à ^ une élaboration, à une génération nouvelle. Sur les membranes muqueuses, en particulier, on peut voir la prolifération engendrer successivement des cellules jeunes n'ayant encore aucun caractère et se transformant peu à peu. soit en cellules épîtliéliales, soit en mucuS) soit en pus. On retrouve habituellement les trois processus simultanés sur les muqueuses enflammées. Si donc la cellule purulente est due à la transformation d'une cellule jeune, d'abord indifférente^ elle n'est pas constituée par un leucocyte sorti des vaisseaux. Il y a des liquides pur i formes qui ne contiennent pas de cellules de pus et sont soit des cellules épithéliales, soit du mucus, soit de la fibrine désagrégée (l).

Le pus n'est jamais résorbé en nature; quand il n'est pas évacué au dehors il peut se présenter deux cas : ou bien les parties liquides du pus sont seules résor-

(t) Voir au chapitre des nëophsies ce que nous avons dit à propos du caillot intra-veineux.

bées, les parties solides se dessèchent, subissent plus ou moins la dég*énérescence g*raisseuse, et passent à Vétat caséeux. Cet état peut persister indéfiniment ou subir^ au contraire^ un nouveau ramollissement qui nécessite Fuicération des parties et l'évacuation du produit morbide. Mais quelquefois la résorption du pus est complète; elle s'opère par le mécanisme suivant : les parties liquides du pus ne sont pas résorbées ; les cellules subis* sent rapidement la rég*ression graisseuse, le produit s'émulsionne, devient analogue à du lait et est résorbé directement.

Tel est le résumé de la théorie de Virchow sur la formation du pus.

Le physiolog-iste de Berlin combat victorieusement la théorie déjà vieille de la sécrétion du pus et celle plus moderne de sa formation mécanique parla transsudation des leucocytes. 11 appuie sa démonstration sur l'évolution du processus ; la formation des cellules indifférent' tes, auxquelles succèdent graduellement des éléments complets. Cet arg*ument est sans réplique et ne permet pas de soutenir l'opinion qui fait de la suppuration une simple transsudation de leucocytes.

La justice nous oblig'e de rapporter encore ici un passagpe du remarquable travail publié par le D"^ Frédault dans fArt médical de 1856. On verra que Virchow se borne à reproduire, en un style obscur, des idées exposées beaucoup plus clairement par l'élève de J.-P. Tessier.

« Ainsi, les g*lobules du pus ne ressemblent pas seulement aux g'iobules muqueux et aux jeunes cellules épithéliales, mais bien à toutes les cellules élémentaires: de sorte que le jg^Iobule du pus n*est pets une forme extrax>rdinaire étrang^ère à l'économie, mais au contraire une forme qui a son type dans fétat normal. Il faut remarquer

aussi que les g^lobules de pus n'ont pas une forme celluleuse org'anisante, car le pus ne produit aucun tissu; la forme de ses g^lobules est une forme élémentaire^ et qui^ en cette qualité^ ne signifie aucune organisation précise; c'est le sig^ne d'un travail org^anisateuren g^énéral, mais d'un travail non spécifié. Et, ainsi, lorsqu'une partie quelconque, le sang*, un liquide org'anisable» un solide même, se convertit en pus, il ne fait que se transformer en xxti élément commun d'org'anisation.» {Art médical^ t. m, p. 261.)

Virchow a donc répété M. Frédault quand il a rapproché la cellule purulente de la cellule muqueuse et de la jeune cellule épithéliale; et au lieu d'appeler cet élément nouveau une forme élémentaire^ nn élément cornmun^ il V Rappelé une cellule Jeune i une forme indifférente ^ L'expression varie, mais l'idée est absolument la môme; il s'ag^it toujours d'un élément sans caractère propre, et pouvant servir à toutes les néoplasies possibles.

Dans ce même passage du D' Frédault, nous retrouvons encore l'idée de l'analog'îe entre les éléments des néoplasies et les éléments physiolog'iques. La cellule du pus a son type dans [état normal. Voici un passag»e plus explicite encore :

« Et, chose vraiment dig*ne de frapper l'esprit, ce type normal, commun de toute org»anisation, se retrouve dans le sang». Le sang contient un globule blanc tout à fait semblable au globule du pus. o (P. 262.) Et un peu plus loin : « Je ne tiens avant tout, ici, qu'à signaler V analogie du pus avec les globules blancs du sang y ce type de la forme commune des cellules élémentaires. Cette analog»ie fait reconnaître que le globule du pus a son type dans une formé normale. » (P. 269.)

Et quant à la nature du processus, M. Frédault dît catég^oriquement :

« Que ]e g^lobule du pus se forme d'une manière ou d'une autre, toujours est-il quilse forme comme une cellule^ qu'il est une véritable formation^ et qu'il a son type dans le sang* » (p. 267).

Une connaissance plus approfondie des liquides puriformes; l'impossibilité reconnue delà résorption du pus en nature ; la description des divers modes rég^ressifs des collections purulentes non évacuées constituent un véritable progrès dans Thisloire du pus. Cependant, nous devons faire observer que le pus, arrivé à l'état caséeux, n'est plus susceptible de subir un nouveau ramollissement. C'est pour ce produit un état indéfiniment stationnaire et qui peut tout au plus tourner à la calcification. C'est la confusion du tubercule et du pus caséiflé qui a fait croire à la possibilité du ramollis* sèment du pus arrivé à la période de régression graisseuse.

Virchow n'admet pas plus pour le pus que pour les autres néoplasiQ3 la transformation des exsudats et des liquides coagulablesdu corps. Nous avons déjà traité cette question à propos des néoplasies en général, et nous avons démontré que les caillots intraveineux subissaient réellement la transformation purulente. Il nous resterait, pour compléter noire démonstration, à rapporter ici l'évolution des suppurations à la surface des plaies et dans les cavités formées par le soulèvement de l'épiderme. Virchow sait aussi bien que nous que lorsqu'on essuie parfaitement une plaie, ce n'est pas du pus qui se forme immédiatement, mais un liquide transparent; que dans la pustule et la vésication, c'est un liquide tjbrineux qui apparaît pendant les premières heures et qui se transforme graduellement en pus. Mais ^ ces phénomènes gênent la théorie cellulaire^ et Virchow se tire de cette difficulté en s'enveloppant dans les nuag*es

d'une obscurité d'autant plus profonde que la difficulté est plus grande. Qu'on en jug'e par le passag'e suivant :

« On a pensé qu'il se formait d'abord une exsudation, au milieu de laquelle le pus se produisait, et les recherches faites sur le développement du pus ont surtout porté sur de semblables liquides. Il était bien naturel, tant qu'on n'admettait pas la continuité de la formation cellulaire, qu'on considérât les jeunes cellules comme des formations libres, et qu'on pensât à la formation des g^ermes au milieu du liquide épanché, g'ermes qui, devenant peu à peu plus nombreux, produiraient les corpuscules du pus. Mais les choses se passent autrement. Quandlasuppurationdurelong'temps, un nombre de cellules, de plus en plus considérable, subit la prolifération, la pustule s'élève parce que le nombre des cellules qui viennent s'y rendre est aug^menté. Quand une pustule de variole se forme, elle contient d'abord une g'outtelette de liquide; mais ce liquide ne produit rien et diminue seulement la cohérence des parties voisines. » (P* 398.)

Qu'est-ce que sig'nifient ces jeunes cellules, reg'ardées comme des formations libres; qui sont considérées comme des g'ermes, lesquels g^ermes deviennent des cellules de pus ? Et cetle vérité trop véritable que la pustule s'élève parce que le nombre des cellules devient plus considérable? Puis cette gouttelette de liquide qui remplit la pustule a son début, mais ne produit rien? Il ne s'ag^it ni de g'ermes, ni de vérité de M. de La Palisse, mais il s'ag'it de la succession de phénomènes incontestables, l'épanchement d'uu liquide fibrineux qui, g^raduellement, est remplacé par un liquide purulent. Ëhbien, de deux choses l'une: ou le liquide fibrineux est repris par l'absorption pour être remplacé par du pus, ce qui est une supposition purement g'ratuite; ou bien

il est transformé en pus; et comme c est là Texpression d'un fait parfaitement observé, nous pouvons conclure que le pus, comme toutes les néoplasies, est produit par la transformation des solides et des liquides coagulables du corps vivant.

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