DU CANCER
Comme toutes les néoplasies, le cancer commence par des cellules indifférentes (p. 404). Ces cellules se développent rapidement; de volume variable, elles sont en g'énéral plus g^randes que celles des autres néoplasies. Elles affectent des formes diverses, mais la plupart revêtent la forme épUhéliale; il n'y a donc pas de cellule cancéreuse spéciale (p. 428). Le tissu cancéreux subit une rég^ression centrale comme les autres néoplasies (p. 407), mais cette régression est tardive. Le cancer ne se compose pas seulement de cellules cancéreuses, ilpos^ sède en outre des vaisseaux et un stronnst de tissu conjonctif; c'est une néoplasieen forme d'org'ane (p. 430). J-ia tumeur cancéreuse s'accroît par sa circonférence, et elle est toujours entourée d'une zone de tissu en voie^de transformaiion. Cette zone, qui a de 3 à 5 lig'nes de larg^eur, n'est pas reconnaissable à l'œil nu (p. 407). Le diagnostic du cancer, par le caractère de ;5es cellules, est complètement impossible, et la jeune icolé s'est fait illusion en croyant pouvoir disting'uer par le microscope le cancroïde du cancer (p. 427-428).
Le cancer se propage et se multiplie au moyen d'un tue contagieux qui s'infiltre par les ouvertures du tissu conjonctif, par les vaisseaux lymphatiques et peut- être par les vaisseaux sanguins (p. 408-409).
De cet exposé, nous examinerons seulement trois pro-
positions : les deux premières, parce qu'elles sont la confirmation des vérités que nous soutenons depuis plus de ving^t-cinq ans ; la troisième, parce qu'elle constitue une erreur qui ressort directement dé la théorie humoriste de Yùè/ection^ théorie que nous avons constamment combattue.
§ 4®', Les éléments du cancer n'ont rien de spécifique; ils ne peuvent suffire au diag^nostic; il n'y a point de cellules cancéreuses.
Virchow expose cette opinion dans plusieurs passages que nous allons rapporter.
« C'est en vain que l'on s'efforce de séparer la cancroïde du cancer proprement dit par la structure épithéliale de ses éléments. Le cancer possède ég»alemént des éléments à aspect épithélial. » (P. 427.)
« La simple forme des éléments qui composent la tumeur n'a aucune valeur. 11 est faux, comme on l'a dit, que le cancer soit malin^ parce qu'il a des éléments hétéroloçues (spécifiques), et le cancroïde bénin, parce qu'il a des éléments homologues (hyperplastiques). A vrai dire, aucune de ces tumeurs ne possède d'éléments hétérologues et aucune n'est bénigne. » (P. 428.)
a Le reproche le plus grave et le mieux fondé qu'on ait fait à la jeune école micrographique, c'est d'avoir affirmé tjue les néoplasies reproduisant des tissus normaux et préexistants avaient toujours une marche bénigne. » (P. 60.)
La pensée de Virchow est maintenant clairement exprimée. L'examen micrographique ne suffit point au diagnostic du cancer. Le cancroïde est une tumeur maligne, quoiqu'il soit composé d'éléments homologues ; la cellule cancéreuse n'a rien de spécifique. Nous avions
donc raison d'écrire, en 1845, dans notreHlièse inaugurale :
« Mais la concluMOiii qui arrive à placer sérieusement le noU me tangcre -(cancroïde) à côté des verrues et des cors aux pieds n'est pas une opinion soutenable. En effet, le noU me tangere est caraclérisé par une petite, tumeur qui s'ulcère indéfiniment, qui peut se reproduire après les opérations les plus attentives, qui. dfétermîne quelquefois l'eng'org^ment des g^angKons lympfeatiqvfes et la transformation de ces ganglions en tissu encéphaloïde, et enfin qui se termine par la cachexi© cancéreuse et la mort ; par conséquent, le noU me tangere est un cancer, quels que soient d'ailleurs les caractères microscopiques que présente son tissu. » (P. 48.)
Di^fc ans plus tard, M. le D* Frédault publiait dans fA7i médical un travail sur Ifi ce/lulecancéreuse, et fort de ses connaissances spéciales en micrographie, il démontrait l'inanité de l'opinion qui veut diagnostiquer le cancer par ses éléments microscopiques.
«Ainsi, la doctrine nouvelle qni veut distinguer te cancer par le globule (la cellule cancéreuse), et les maladies selon les tissus morbides différents est une dootrine médicate fausse. 11 en résulte qu'elle ne veiit pas admettre, comme étant dénature cancéreuse, des tumeurs où elle ne rencontre pas le globule* et que, cependant, l'observation médico-chirurgicale soutient être de nature cancéi^euse. » (Ar/ mécKcal^ t. I, p. 30/)
Virchovi^ est donc venu confirmer, sur ce point important du diagnostic des affections cancéreuses, les enseignements de l'école de J.-P. Tessier, et désormais l'épilbéliomà, lefibrônè, l'enchondrome et tenaces tissus que lajeifne écok^rait^ au nom du microscope, ar^ bitrairement sépares des tissus cancéreux, retrouvent leur signification à la place que nous lemr avions assi-
gnée dans »otre thèse, c'est- à- dire qu'ils constituent des lésions diverses dans la g'rande unité morbide : le cancer.
§ 2. Le cancer se produit et s'accroît par la transformation des tissus, La théorie cellu aire tout entière repose sur cette idée que les néoplasies ne sont que des iransformations de tissu, et^Virchow se sert très-souvent de cette expression. Or, à l'époque où nous écrivions notre thèse (1845), l'école rég^nante contestait cette transformation des tissus en cancer; elle préférait admettre les hypothèses les plus aventureuses plutôt que de renoncer à la théorie humoriste des sécrétions morbides, et nous dûmes à ce moment démontrer par des observations particulières la transformation du tissu musculaire et du tissu nerveux en tissu cancéreux (thèse inaug*urale, p. 32). Nous ajouterons que J. -P. Tessier et ses élèves ont constamment défini les néoplasies des produits morbides développés aux dépens des solides et des liquides coag'ulables du corps vivant; que, par conséquent, ils ont enseigTié bien avant Virchow que les néoplasies se produisaient et s'accroissaient par la transformation des tissus. Le physiolog^iste de Berlin n'a donc fait ici que prêter son autorité à une vérité pour laquelle nous avons eu à soutenir non-seulement les contradictions, mais encore les persécutions des humoristes officiels.
Dans notre troisième article, nous avons démontré que Virchow avait tort de nier la transformation des exsudats et des liquides coag'ulables du corps vivant en néoplasie; nous ne reviendrons point sur cette question à propos du cancer,
§ 3. Le cancer se propag'e et se multiplie au moyen d'un suc contagieux.
Jousset. 5
Virchow a repris cette opinion dans sa Pathologie des tumeurs et l'applique aussi au tubercule (p. 48). Yoici les passag*es de la pathologie cellulaire où cette idée est exposée :
«Cette observation a, d'après moi, une importance fort g^rande; elle nous montre que toutes ces formations
ont une tendance à la contagion Mais il est de toute
évidence quune substance contagieuse se forme dans le
foyer (cancéreux) lui-même C'est ce qui m'a amené
à conclure (et la chose ne saurait guère s'expliquer autrement) que l'infection est transportée immédiatement par les sucs malades du foyer d'altération aux éléments voisins qui sont liés avec lui par des anastomoses sans l'intermédiaire des vaisseaux et des nerfs.» (P. 408.)
Dans sa Pathologie des tumeurs^ Virchow dit plus clairement et en moins de mots : «J'ai pour la première fois démontré cette doctrine, selon moi d'une haute importance, dans l'histoire de Tenchondrome, où j'ai démontré en même temps que l'imbibilion des sucs infectants se fait par les anastomoses du tissu connectif^ et que ceux-ci sont le point de départ de nouveaux foyers de tumeurs. » (P. 48, en note.)
Ainsi l'augmentation de la tumeur cancéreuse est dije à l'absorption et à la circulation dans les anastomoses du tissu connectif (1) d'un suc contagieux.
•Virchow est très-notablement embarrassé pour expliquer la multiplication du cancer dans l'organisme. Ce qu'il veut, avant tout, c'est supprimer l'humorisme et se passer de l'altération du sang. 11 accepte tour à tour, et suivant les besoins de la cause : la ihéovie^ des métastases mécaniques; la cellule est entraînée par les lymphatiques et les .veines; — la théorie d'une action cataly tique ana-
(i> Les anastomoses et les canalicules du tissu connectif, sur lesquels reposent tout le système de Virchow sont eux-mêmes contestés I
log*ue à celle du sperme sur Tovule ; — puis, pour les cas qui ne peuvent être expliqués par ces hypothèses, la théorie de V infection produite par le suc cancéreux.
Il est nécessaire que le lecteur fasse comme nous ; qu'il s'arme de patience et d'attention pour lire et suivre les divagations, les contradictions et les obscurités que Virchow a accumulées sur ce point.Nous allons, suivant notre habitude, le laisser parler, en prenant la liberté dé soulig'ner certains passag*es, de placer quelques parenthèses, afin de le rendre intellig^ibîe.
La principale préoccupation de Virchow est de se débarrasser de l'idée de dyscrasie, de l'idée d'une maladie :
«Les formes (les maladies) dans lesquelles on reg'rette surtout l'insuffisance des moyens thérapeutiques, cellôs dans lesquelles on croit avoir affaire à une dyscrasie chro" nique ^ profonde^ incurable, sont justement celles qui peuvent le moins s'expliquer par une modification primitive du sang*; et, dans ce cas, la cause de ladyscrasie est une modification profonde de certaines parties ou de certains org^anes. Je ne puis rien ccnclure des recherches faites sur ce points niais cfe que je puis affirnier, c'est l'inutilité des recherches microg*raphiques et des analyses chimiques pour démontrer l'altération du sang* dans ces affections, tandis qu'il a toujours été possible de reconnaître des altérations d'org^anes et de parties d'org^anes, et chaque jour on se trouve de plus en plus porté à supposer que la dyscrasie est secondaire et dépendante de certains organes altérés.
« G'eat surtout à l'occasion de la propag'ation des tumeurs malig^nes qu'il nous faudra discuter cette question ; on peîise en général que la malig?nié dépend du sang et non de f affection locale; et pourtant c'est surtout dans la marche des tumeurs malig^nes quil est aisé de démontrer le mode de propagation soit dans les tissus les plus
rapprochés du lieu affecté, soit dans les org^anes éloig^nés.i. (P. 190.)
Virchow est toujours préoccupé de remplacer un huihorisme étroit par un solidisme plus inintellig*ent encore, et jamais il ne s'élève à l'idée de maladie. Il ne soupçonne pas que le cancer soit un état contre nature de Torg^anisme vivant tout entier, et qu'il soit puérile de rechercher si .c'est le sang» qui rend les solides malades, ou si c'est les solides qui altèrent le sang*. Tout est cancéreux chez un cancéreux^ les solides et les liquides ; et comment Virchow s'arrête-t-il à cette objection que le microscope et l'analyse chimique ne démontrent rien dans le sang* des cancéreux, lui qui enseig'ne que le microscope ne peut pas reconnaître si les premiers élé ments d'une néoplasie sont destinés à former un cancer ou une tumeur bénig*ne. A propos de l'inflammation, nous avons montré Virchow retombant dans Thumorisme qu'il avait stig'malisé pendant tout un chapitre ; l'histoire du cancer nous off*re le même spectacle d'un chef d'école enseignant le oui et le non sur la même question. Ainsi, dans sa Pathologie des tumeurs ^Nirohaw dit textuellement :
« Pour ma part, je n'ai pas la moindre hésitation, dans l'état actuel de nos connaissances, à céder à la nécessité et à chercher dans le sang*, par conséquent dans un principe dyscrasique, la cause du développement de certaines tumeurs. Je ne connais pas du moins d'autre explication à un certain nombre de maladies, par exemple les tumeurs syphilitiques et beaucoup de cancers. » (T. I, p. 38.)
Mais Virchow va nous enseig*ner le mode de propag*ation des tumeurs malig*nes. Il a bien la naïveté audacieuse de dire que cela est aisé; nous allons bien le voir. Voici ses trois explications :
Première explication: métastase mécanique. — Voici le texte où est exposée cette théorie.
(c Ce mode de propagation répond parfaitement d'ordinaire à celui que nous avons déjà étudié: les vaisseaux lymphatiques sont les conducteurs de l'altération et les g'ang'lions lymphatiques sont envahis par elle ; seulement, après ces lésions, on voit des actes morbides analogpues se reproduire plus loin. Tantôt Faltération attaque les parois veineuses qui deviennent réellement cancéreuses, et au bout d'un certain temps, le cancer pénètre dans le vaisseau et se propage dans son intérieur; tantôt il se forme un thrombus dans le point attaqué ; le thrombus entoure plus ou moins le bouchon cancéreux et il est envahi par la masse cancéreuse. La maladie peut donc se propager dans deux directions (1) ; mais cest seulement dans une direction et lorsque la veine est rompue quelle peut se propager par des particules solides : à vrai dire, une résorption des cellules cancer v^ es par les vaisseaux lymphatiques ne serait pas chose impossible ; mais il est impossible dans ce cas que la maladie dépasse les ganglions lymphatiques avant qu'il soit devei u entièrement cancéreux; les masses cancéreuses prennent dès lors leur point de départ des ganglions et s'étendent dans les vaisseaux qui en émergent. // est impossible quun vaisseau lymphatique transporte jusque dons le sang les cellules cancéreuses comme il le fait poai* le suc cancéreux; ceci nest admissible que pour les veines^ et encore ici e$t-?l probable que la propagation de la maladie ne se fait pas fréquemment, car les métastases du cancer ne répondent pas en général aux métastases que nous avons étudiées à propos de l'embolie. » (P. 191.)
Est-ce assez obscur? Nous croyons nécessaire d'expli-
(1) Comprends si tu peux et choisis si tu Toses I
quer la pensée de Virchow pour les lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec ce style.
Les cellules cancéreuses peuvent être absorbées par les lymphatiques et par les veines ; mais celles qui sont absorbées par les lymphatiques trouvent dans les ganglions une barrière infranchissable. Ce sont donc seulement les cellules absorbées par les veines qui pourraient aller former des métastases dans les org^anes éloig'nés. Mais la distribution des métastases ne répondant pas à la distribution veineuse, et le cancer du sein, par exemple, allant déterminer des métastases dans le foie et dans les os sans en faire naître dans les poumons, il faut renoncer à cette théorie. Donc la première explication de Virchow n'explique rien. Voyons la seconde.
Deuccième explication: infection. — Voici cette théorie solido-humoriste.
« La forme ordinaire de la propag^ation métastatique du cancer indique une tendance à se porter vers les org^anes sécréteurs. Le cancer attaque bien plus rarement le poumon que le foie, non-seulement lorsque le cancer a débuté par Testomac ou l'utérus, mais encore lorsqu'il a d'abord attaqué la mamelle; pourtant cest le contraire qui devrait arriver ^ si cette terrible maladie se propageait par le transport des particules cancéreuses^ développant la maladie dans les points oii elles s'arrêtent. Le mode de propag*ation métastatique nous fait supposer plutôt qu'elle a lieu par le transport de certains fluides ayant la propriété d'inoculer la maladie^ et de disposer certaines parties à la reproduction de la masse cancéreuse primitive. Supposez une marche semblable à celle que nous observons en g^rand dans la variole. Le pus variolique peut transmettre la maladie par inoculation ; mais la contag'ion est volatile, et les personnes qui ont
respiré un certain air peuvent aussi avoir des pustules virulentes à la peau. — Les choses semblent se passer ainsi dans les dyscrasies [les métastases) survenant à «la suite d'affections hétéropathiques (de cancer); les nouvelles éruptions de la maladie se font, non pas dans la direction des vaisseaux sang'uins et lympathiques, non pas dans les points qui semblent être exposés d'abord à Tallération, mais dans les org^anes éIoig*nés. »(P. 192.)
Voilà une réfutation péremptoire de là: première explication de Virchow, de la théorie des métastases mécaniques. La distribution des nouveaux foyers cancéreux démontre jusqu'à Févidence qu'il ne sont point produits par le transport mécanique de cellules enlevées au foyer primitif. La nouvelle explication de Virchow qui trouve dans l'absorption à' un ^/ifrf^. comparable au contagium volatil de la variole la raison de la multiplication des cancers dans l'org^anisme est-elle plus acceptable?
Virchow aurait dû commencer par démontrer les propriétés contag*ieuses du suc cancéreux. Cela était d'autant plus nécessaire que toutes les expérimentations faites jusqu'à ce jour ont été nég^atives. Mais le physiolog^iste prussien nous a déjà habitué à ce sans-façon qui consiste à remplacer les expérimentations par des suppositions. Il faudrait nous expliquer ensuite comment un suc contagieux peut traverser le poumon sans inoculer le cancer et aller produire son effet dans un os éloig^né par exemple.
Nous repoussons donc les hypothèses de Virchow parce qu'elles sont non-seulement indémontrées mais encore contradictoires avec la succession des phénomènes qui constituent le processus morbide.
Gomment ce microg^raphe n'a-t-il pas compris que la cause qui suffisait à engendrer le premier cancer suffi-
sait à sa nmlUplication. Mais Vîrchow n'a pas l'idée de maladie; il se préoccupe de deux hypothèses rivales : rhumorisme et le solidisme, et il ne voit rien au delà.
Du reste, il est inutile de s'arrêter plus long-temps à cette théorie de Vinfection ; si chère qu'elle semble au cœur de Virchow à la pagpe 192, il la réfute lui-même à la pag« 409.
« On n'a pu découvrir, jusqu'à présent, si l'infection peut se propag^er aux org^anes lointains au moyen des sucs altérés comme cela se fait pour les parties voisines ; on ignore si le sang» peut se charger de liquides nui sibles en traversant le foyer et les transporter dans un point éloig^né. »
Comment, vous avouez maintenant qu'on n'a pu découvrir si la multiplication des cancers avait lieu par infection ; que vous ignorez si le sang» peut se charg^er d'un liquide infectieux, et tout à l'heure vous trouviez fort aisé d'expliquer la multiplication des tumeurs malig^nes par le transport d'un suc contagieux \ Mais Virchow va se rejeter encore une fois dans les métastases mécaniques pour les désavouer de nouveau.
Je dois avouer que je ne possède pas de faits assez probants pour résoudre cette question (de la propageation par des sucs contagpieux), et que^^ ne puis pas rejeter ridée de généralisation du mal par des cellules provenant des tumeurs et transportées au loin par le sang. » (P. 409.)
Voilà donc la théorie des métastases mécaniques qui reparaît, mais cela ne dure génère et Virchow ajoute tout aussitôt :
« Cependant il y a des faits nombreux qui semblent s'élever contre l'infection au moyen de cellules détachées: ainsi cette circonstance que certaines altérations se pro-
pagent en remontant le cours de la lymphe; que le foie peut devenir malade, après un cancer mammaire, sans que le poumon soit altéré, etc. Il semble probable, dans ce cas, que les sucs altérés causent la g'énéralisation du mal.» (P. 409.) .
Ainsi, dans la même pag*e, Virchow prend, quitte et reprend les hypothèses des métastases mécaniques et de l'infection, et en définitive les réfute toutes les deux, en sorte qu'il ne nous reste plus d'espoir de trouver l'explication de la multiplication des cancers ailleurs que dans Y action cataly tique.
Troisième explication : action cataly tique. — Nous trouvons cette^explication à la pag^e 193:
« Il n'en suit pas que des éléments celluleux ne puissent dans certains casêtre les agents de la contagion. Q\ï on considère les altérations particulières del'épiploon, du mésentère et d'autres parties du péritoine dans les cas de cancer de l'estomac ; admettre qu'elles résultent du transport de certains fluides, sera bien plus difficile à expliquer que d'admettre que des cellules cancéreuses se sont détachées accidentellement de la surface de F estomac^ sont tombées sur le péritoine, et y ont germé en quelque sorte. ^
Que d'impossibilités, disons le mot, que d'absurdités accumulées en quelques lig*nes! Voyez- vous les cellules qui se déiachent accidentellement d'un cancer de l'estomac, qui viennent se semer et germer sur le péritoine : tout à l'hetire Virchow faisait du cancer une néoplasie contag^ieuse, maintenant il en fait un parasite susceptible de se semer et de germer, et il fait détacher les cellules cancéreuses de l'estomac pour ensemencer le péritoine, sans réfléchir que le cancer de l'estomac s'altère toujours du côté de la membrane muqueuse et que.
par conséquent, il ne peut en aucune sorte semer ses cellules dans le péritoine. Mais ayons la patience délire et poussons jusqu'au bout pour voir jusqu'à quel point le fantaisisme (qu'on nous permette ce mot) uni à Tig'norance des premiers principes de la science médicale peut égarer un homme fort intelligent d'ailleurs.
«Ces cancers secondaires du péritoine, par leur multiplicité, leur forme, leur siège, ont la plus g*rande ressemblance avec les maladies de la peau causées par les parasites vég^étaux, comme le porrigo, le pityriasis versicolor, dans lesquels on voit les spores se détacher, tomber et causer de nouvelles éruptions. Mais dans ces cas de cancer il n'est pas prouvé que ce soient les cellules cancéreuses détachées elles-mêmes qui, par leur prolifération, forment les tumeurs secondaires ; on pourrait plutôt leur prêter une action contag'ieuse, catalytique sur le tissu, analog^ue à celle du sperme sur l'ovule. D
Nous voilà maintenant dans la catalyse^ puis nous allons retourner au suc contagieux si nous continuons notre citation : « L'observation directe nous enseig'ne que dans toutes ces tumeurs secondaires, les jeunes éléments de la tumeur naissent du tissu préexistant ; mais il y a long*temps que j'ai dit qu'une contag^ion lo« cale, qui, du siég^e primitif du mal, se répand peu à peu dans le voisinage, ne peut avoir lieu que par- des liquides qui pénètrent le tissu sans exercer sur lui une action catalytique et y déterminent de nouvelles productions indépendantes. Il y a donc là une infection humorale à laquelle le sang ne participe pas, qui passe directement d'un élément à l'autre.» (P. 193.)
Et dire que cet homme est un maître; qu'il a une école, des élèves en Allemagne et en France ! Quel abaissement dans le niveau des intelligences médicales
suppose un semblable résultat. Mais n'anticipons pas sur nos conclusions.
Je pense qu'il est inutile de réfuter cette dernière explication de la multiplication des cancers dans Téconomie. Sans compter qu'elle ne s'appliquerait qu'aux cancers de l'estomac et aux cancers secondaires du péritoine.
Il nous semble tout à fait superflu de réfuter la théorie de la catalyse et du parasitisme, auxquels Virchow n'accorde, du reste, aucune importance, et que son imag*ination féconde a déjà sans doute remplacée.
De tout cela nous devons cependant tirer un enseig-nement: c'est que la multiplication des cancers dans l'organisme ne s'explique ni par les métastases mécaniques, ni par la théorie de l'infection, si chère à notre époque ; c'est que le physiolog'isme allemand est aussi infécond que le physiolog^isme de Broussais, et qu'en dehors de l'idée rig^oureuse et définie de la maladie, on ne trouve que contradiction, confusion et divag^ation. Continuons donc à enseig^ner que le cancer est une maladie caractérisée par la tendance à la production dans l'org^anisme du tissu cancéreux; que le tissu cancéreux est une néoplasie qui se développe aux dépens des solides et des liquides coag^ulables des corps vivants et dont la caractéristique clinique est de s'ulcérer indéfiniment.
En approchant du terme de nos études sur Virchow et la patholog^ie cellulaire, il nous semble nécessaire de rappeler au lecteur le but que nous nous sommes proposé' en entreprenant ce travaildont le commencement se perd, g^râce à notre mode de publication, dans un passé déjà vieux de cinq à six mois.
Nous avons voulu dans cette étude faire connaître
Fécole micrographique allemande et il nous a semblé convenable, pour arriver à ce but, de prendre le plus disting^ué d'entre les maîtres de Torg^anicisme moderne, de le dépouiller de l'atmosphère nuageux que lui compose un néolog^isme barbare, et de montrer que sous cette auréole il n'y a ni un Dieu, ni même un héros, comme le veulent ses partisans; mais un anatomo-patholog'iste d'une certaine valeur. Je crois avoir solidement établi que Virchow n'est qu'un rêveur et un fantaisiste en fait de doctrine et que, par conséquent, on ne saurait sous aucun rapport en faire un chef d'école.
DE LA PYOHÉMIE.
Nous ne voulons pas traiter incidemment la question si vasle et si importante de la diathèse purulente; seulement nous trouvons dans Virchow des faits et des témoig'nag^es qui viennent confirmer les conclusions que notre cher maître J.-P. Tessier exposait déjà en 1838 dans le journal F Expérience. La théorie de la résorption purulente et celle de la phlébite dont sa g^rande intellig'enoé médicale avait démontré toutes les faussetés, et qui ne s'étaient Jamais relevées de sa critique, sont complètement mises à néant par les travaux de Virchow. Nous nous empressons de recueillir cet!e démonstration qui, après plus de trente ans de lutte, vient . consacrer les travaux de notre école sur la question la plus importante de la patholog*ie. ,
Les théories que J.~P. Tessier a combattues avaient toutes pour caractère commun d'expliquer la diathèse purulente par la présence du pus dans le sang». Les partisans de la phlébite expliquaient le passag-e du pus dans le sang» par l'intermédiaire d'une phlébite suppurée, tandis que les tenants de la résorption purulente ensei-
gnaient que le pus passait directement du foyer suppurant dans les vaisseaux. Or, Virchow démontre que le pus en nature n'existe jamais dans le sang*, que la pyohémieest un rêve.
Virchow commence par nier que le microscope puisse constater la présence du pus dans le sang*, parce que les g*lobules blancs du sang* ressemblent absolument aux globules du pus. Il ajoute que dans la gprossesse et dans tous les états où les g*ang*lions lymphatiques sont irrités les globules blancs du sang* sont extrêmement nombreux et constituent une leucocythose qui a souvent été prise pour une pyohémie.
« Que doit-on comprendre par pyohémie? En g*énéral on a pensé que cette affection était due à la présence du pus dans le sang*. Or, le pus est caractérisé par des éléments morpholog*iques (des cellules). Il s'ag'issait donc de démontrer la présence de ces éléments dans le sang*. Mais, comme je vous Tai fait voir, les globules blancs du sang ressemblent complètement^ même chez les gens qui jouissent de la meilleure santé^ aux corpuscules du pus; un des côtés importants de la question nous échappera donc naturellement.» (Pag*e 156.)
« Toute irritation notable des g*ang*lions lymphatiques a pour conséquence Taug^mentation des g*lobules blancs du sang*, c'est-à-dire qu'elle produira une leucocythose. Ceux qui croient possible la résorption du pus, ceux qui attribuent à ce liquide les lésions observées alors, peuvent aisément trouver dans le sang- des cellules ressemblant aux g*lobules purulents ; ces cellules sont quelquefois en si grand nombre qu'on peut voir à l'œil nu, sur le cadavre, des points ressemblant à du pus, constitués par l'amas de ces leucocythes; ou bien on les retrouve encore formant ces couches épaisses, unies
OU g^ranuleuses à la partie inférieure delà couenne de la saigfnée. La démonstration semble aussi convaincg,nte que possible. On part de Tidée que. le pus peut pénétrer dans le sang»; on examine le sang*, on y trouve des éléments ressemblant réellement à des corpuscules de pus, et ces éléments sont en quantité considérable. Ceux-là même dont Topinion^est que les corpuscules purulents ressemblent aux g'iobules blancs (et cela est arrivé souvent dans Fhistoire de la pyohémie), sont tentés de se laisser séduire par Tidée que ce sont des g^lobules purulents » (Pagre 165.)
On nepeutdoncpas démontrer la présence du pus dans le sang" par un examen direct, et tous les faits que les partisans de la résorption purulente ont invoqués comme des cas de pyohémie étaient des cas de leucocythose.
Virchow prenant la question à un autre point de vue démontre que le pus n'est jamais résorbé comme pus (pag'e 157); qu'il ne peut passer dans le sang* ni par les vaisseaux lymphatiques ni par les veines, à moins quun abcès ne s ouvre dans une veine.
Le pus ne peut pénétrer dahsle sang* par les vaisseaux lymphatiques attendu que ces vaisseaux rencontrent sur leur parcours des g*ang*lions qui constituent une barrière infranchissable pour toutes les cellules, pour tous les éléments fîg'urés. Le sérum du pus seul peut franchir les ganglions lymphatiques, mais les cellules du pus sont retenues. Le pus, comme pus, ne peut donc passer dans le sang à travers les vaisseaux lymphatiques.
« L'important est de savoir si le lymphatique rempli de pus peut se jeter dans la circulation sanguine et y provoquer la pyohémie. En règle générale, il faut nier la possibilité d'un semblable phénomène, et la raison en 69b bien simple: tous les lymphatiques susceptibles d^une
semblable absorption sont situés à la périphérie du corps; et, s'ils proviennent des parties externes ou des org^anes internes, ils n'arrivent dans les vaisseaux sang^uins qu'après un long* parcours. Tous sont interrompus par des g*ang*lions lymphatiques : vbus connaissez la structure de ces derniers, vous savez qu'ils ne sont pas formés par un enroulement de lymphatiques. Je vous ai expliqué leur structure, et après s'être divises vous les avez vus arriver à des points entièrement obstrués par des éléments celluleux : vous voyez bien qu'un corpuscule de pus ne saurait traverser les g'ang'lions. » (Pag*e 161.)
Le pus ne peut donc être résorbé par les lymphatiques. Peut-il être résorbé par les veines? Voici l'opmion de Virchow.
a II est, à vrai dire, un cas particulier^ dans lequel le pus, sans être précisément résorbé^ subit une intravasatien ; c'est celui où le pus peut pénétrer dans un vaisseau lésé ou perforé et parcourir ce vaisseau. Un abcès peut se former auprès d'une veine, en déchirer la paroi et le
pus se vider dans le vaisseau Il s'ag^it de savoir si ce
cas est fréquent. Pour les veines, cette possibilité est bien réduite depuis les trente dernières années; on est de plus en plus revenu des idées qu'on avait jadis sur la résorption du pus en substance par les veines. » (Pag'e 161.) Remarquons qu'il s'ag*it ici d'un cas particulier sur lequel nous nous expliquerons dans un instant, mais qu'il est impossible de fonder une théorie g»énérale sur un cas particulier.
« Dans les cas très-rares^ du reste, oii le pus pénètre dans les veines, il est certain que les éléments du pus se mêlent au sang* ; mais ce mélangée n'arrive ordinairement qu'une seule fois; l'abcès se vide, et s'il est volumineux, il se formera plutôt une extravasation sanguine qu'une pyohémie durable. On pourra réussir alors à ren**
contrer une seule fois dans le sangp des corpuscules du pus avec leurs éléments spéciaux ; mais jusquà présent^ il nest donné à personne de démontrer^ par des preuves ayant la moindre valeur^ l'existence d'une piohémie morphologique, n (P. 170.)
En résumé et pour dernière conclusion, disons avec Virchow : Il n'est donné à personne de démontrer, par des preuves ayant quelque valeur, la présence du pus dans le sang*.
Quant à la pénétration dans le sang du pus d'un sd)ces qui s'ouvrirait dans une veine, nous faisons sur ces faits, très-rares d'après Virchow, nos réserves formelles. Nous croyons effectivement que dans ce cas, s'il se présente jamais, on observera bien plutôt une hémorrhag*ie qu'une diathèse purulente ; mais ce qui rend ce fait presque impossible à se produire, c'est le mode de propag'ation des abcès et le mécanisme de leur ouverture. En effet, c'est à l'aide de l'inflammation que les abcès se propag^ent, et c'est par ulcération et non pas par rupture qu'ils ont coutume de s'ouvrir; or, toutes les fois que l'inflammation atteint une veine, elle a pour résultat habituel la formation d'une thrombose et la disparition de la cavité de la veine, d'où l'impossibilité presque absolue de la pénétration du pus dans les vaisseaux par ce mécanisme.
Dira-t-on que le sérum du pus est un liquide nuisitoie et que c'est lui qui, facilement absorbé, va empoison?ier le sang* et produire les symptômes de pyohémie 1 Triste réfugie d'une théorie aux abois. Le sérum du pus est un liquide fort innocent; il est absorbé continuellement dans les abcès et sans cesse renouvelé ; dans le travail régressif du pus appelé caséi/ication^ il est entièrement résorbé, et cela sans aucun dommag^e pour l'économie. Il faut donc admettre avec J.-P. Tessier, que la résorption
du pus est impossible et par les veines et par les vaisseaux lymphatiques ; et il faut chercher ailleurs Texplication de la diathèse purulente.
Cette confirmation par Fécole contemporaine des opinionsémisesen 1838parun jeune interne de THôtel-Dieu de Paris; le retour des esprits, à trente ans de distance, aux vérités enseig*nées par J.-P. Tessier a quelque chose de triste et de consolant à la fois. L'école de Paris a possédé pendant ving*tans un homme doué d'une intellig^ence médicale d'élite, et parce que cet homme a heurté de front les préjugées rég'nants, parce qu'il a écrasé les médiocrités vaniteuses qui repoussaient sa doctrine, il a été jeté aux çémonies ; puis lui mort, cette même école s'empresse d'accepter, retour d'Allemag*ne, un certain nombre de vérités que J.-P. Tessier a enseig*nées, et déporter au Capitole un Prussien qui ne s'élève au-dessus des autres microg^raphes que par les lambeaux de doctrines qu'il a empruntées à notre maître.
Virchow, nous l'avons déjà dit, ne peut atteindre à la notion de maladie^ et comme pour le cancer, nous le voyons chercher pour la diathèse purulente une explication dans je ne sais quel suc miasmatique dont l'existence même est tout à fait problématique, mais il faut de temps à autre à ce solidiste enragée quelques théories humoristes.
« Cette sorte de métastase (la métastase du sel calcaire sur l'estomac et le poumon dans la rachitisme), dans laquelle diverses substances se mêlent à la masse du sang», non point sou^s leur forme palpable^ mais sous forme de solution, a une certaine importance pour l'étude de ces états complexes, qu'on désig'ne sous le nom de pyohémie. Cette explication me semble seule possible pour expliquer certains actes patholog^iques diffus n'affectant paslaformeordinaire,circonscritedes métastases)^ (p. 188).
Jousset. 6
Voyons les exemples de ces îwîtes patholog'îques non circonscrits.
« C'est dans cette classe qu'on doit rang-er la pieu* résie métastatique qui se développe sans abcès apparents dans les poumons; la lésion rhumatismale articulaire, dans laquelle les jointures ne présentent aucun foyer purulent^ r inflammation g-ang^réneuse diffuse du tissu cellulaire souS'Cutané^ qu'on ne saurait expliquer si on n'admettait pas une infection de nature chimique. »
Est-ce assez pitoyable ! En quoi une pleurésie n'est-elle pas une lésion circonscrite, et qu'est-ce que c'est que des abcès apparents Aix poumon , il y a donc des abcès non appa-rents? pourquoi appeler rhumatismale les arthrites qui surviennent dans la diathèse purulente puisqu'il n'y a point là de rhumatisme, et où Virchow a-t-il vu que ces arthrites ne suppuraient point, quand ce sont peut-être les seules qui subissent cette terminaison.
Mais revenons à \ infection de nature chimique et continuons notre citation : « Ici comme dans l'infection variblique, comme dans l'infection cadavérique, suite de plaie anatomique, nous avons affaire au transport, dans l'org^anisme, de suc altéré ichoreux ; admettez donc une dyscrfiusie (une infection ichoreuse)^ lorsque la substance ichoreuse ayant pénétré dans l'org^anisme, manifeste son action dans les org^anes qui semblent avoir une prédilection spéciale pour de semblables substances. » (P, 188.)
11 faudrait pourtant savoir ce que l'on dit quand on a l'honneur d'être un maître, quand on alacharg*e d'enseigner, Virchow est-il pour une infection chimique ou pour une infection ichoreuse? C'est ce que nous ne saurons probablement jamais. Mais ce liquide ichoreux, d'où vient-il? qui Ta vu? c'est du pus putréfié. Non, car Virchow dit positivement en parlant de la cause des abcès métastatiques : « 11 faudrait tenir compte d'une
condition , c'est la présence de certains liquides qui
n'ont aucun rapport direct ou nécessaire avec le pus luimême^ qui diffèrent entre eux par leur composition et leur orig»ine. » (p. 184)\
Qu'est-ce donc que ce liquide ichoreux ? une hypothèse et rien qu'une hypothèse. Mais quand on est microg'raphe, Allemand et positiviste, on a des privilégies,
Virchow explique les abcès métastatiques par sa fameuse théorie de Y embolie. L'extrémité des caillots intraveineux, sans cesse battue par le courant sang^uin, laisse échapper des parcelles de fibrine qui, se fixant dans le poumon, le foie et les autres org^anes, deviennent la source d'infarctus et d'abcès multiples.
Nous ne nous arrêterons pas long*temps à cette hypothèse ; elle est fausse pour trois raisons :
1° Il y a des abcès métastatiques sans phlébite, par conséquent sans caillots mig^rateurs; 2^ il y a des observations de plaie de tête, dans lesquelles des abcès métastatiques se développent dans le foie après avoir éparg*aé le poumon, ce qui serait inexplicable si ces abcès du foie étaient produits par des embolies venues des parties supérieures du corps ; 3** dans la diathèse purulente on observe fréquemment des arthrites suppures, des collections purulentes des plèvres qui ne peuvent nullement s'expliquer par des embolies.
Nous le verrons, du reste, dans le prochain parag^raphe ; Virchow a une g^rande tendance à expliquer les maladies par les embolies ; il nous rappelle Gruveilhier, qui voulait expliquer toute la patholog*ie par des phlébites capillaires, et nous' ne voyons vraiment pas pourquoi Virchow se permet d'appeler l'anatomiste français mystique^ à cause de sa théorie de la phlébite universelle, lui qui verse si complètement dans la théorie au moins aussi mystique de l'embolie universelle.
-Sé-
DE l'embolie.
Bien qu'il soit facile de retrouver dans la tradition médicale, et en particulier dans les Commentaires de Van Swieten, la description des caillots mig^rateurs et des accidents qu'ils déterminent, il est incontestable que c'est à Virohow que revient l'honneur (si honneur il y a) d'avoir erig-é ce fait en théorie.
Le lecteur connaît assez Virchow maintenant pour comprendre avec quelle ardeur son imag*i nation aventureuse accueillit cette idée des caillots mig*rateurs et comment son esprit amoureux de système en fît la base presque exclusive delapathog^énie. Cette étiolog*ie grossière et toute empreinte d'iatro-mécanisme devait plaire à notre époque ; aussi la théorie de l'embolie a fait fortune, et les caillots touristes^ comme les appelle malicieusement le D' Marchai (de Calvi), ont fait le tour du monde.... médical.
L'embolie est une explication toute prête pour la g»ang^rène des membres, le ramollissement du cerveau, la mort subite, les abcès multiples, les oblitérations vasculaires multiples, en un mot, l'embolie remplace dans la patholog^ie de Virchow l'artérite, la phlébite et la syncope.
Qu'est-ce qu'il y a de vrai, qu'est-ce qu'il y a de faux dans ce système? C'est ce que nous allons examiner après avoir exposé d'une manière succincte la théorie de l'embolie.
Reconnaissons toutefois, avant de paisser outre, que les travaux suscités par cette question ont fortement éclairé les problèmes si difficiles de l'hémorrhag^ie et du ramollissement cérébral.
Voici, en quelques mots, là théorie de Tembolie ;
Un thrombus (nous disions autrefois un caillot) se forme dans un point quelconque du système vasculairej ce caillot, détaché et entraîné par le courant sang*uin, flotte et circule avec le sang»; arrivé dans un point plus rétréci de T arbre circulatoire, il se fixe et oblitère le vaisseau ; une fois arrêté, le thrombus détermine plus ou moins rapidement Tinflammation de la membrane interne du vaisseau et devient adhérent ; eri même temps se développent tous les phénomènes qui se rattachent directement à Toblitération vasculaire.
Tels sont les phénomènes communs à toutes les embolies ; mais il en est de particuliers qui diffèrent suivant qu'on observe cette lésion dans les artères ou dans les veines.
Dans les artères^ le caillot détaché du cœur ou d'un gros vaisseau est entraîné vers le système capillaire; il se fixe quand il arrive dans des vaisseaux trop étroits et va déterminer les phénomènes de Toblitération vasculaire tantôt dans le cerveau, tantôt dans un membre, tantôt dans les reins, la rate ou tout autre viscère. Les phénomènes qui se rattachent à cette oblitération sont l'anémie, puis la mortification de la partie où se distribue le vaisseau oblitéré ; une augrnentation de l'activité circulatoire, et, par suite, des congestions, des hémorrhagiesetmême des inflammations dans les parties nourries et alimentées par les collatérales de l'artère oblitérée.
Dans les veines, les phénomènes sont très-différents.
Quand un caillot intra-veineux oblitère la veine dans laquelle il s'est développé, la circulation est complètement suspendue dans cette partie du vaisseau. Il n'est donc pas possible d'invoquer, dans ce cas, la force du courant sang^uin, la vis a ter go ^ pour expliquer le dépla-
cernent du caillot sang^uin ; mais il ne faut pas oublier que le caillot intra-veineux se prolonge habituellement jusqu'à lembouchure de la veine malade dans la veine principale; or il existe souvent en ce point une prolongation du caillot. Cette prolongation de caillot, trop peu considérable pour oblitérer la grosse veine dans laquelle elle fait saillie, est sans cesse battue par le courant sanguin, et quand le travail régressif, propre à toute coagulation fîbrineu^e, a détruit la résistance du caillot, il est détaché et entraîné vers le cœur par le cours naturel du sang.
Le caillot migrateur parcourt facilement son trajet jusqu'au cœur, puisqu'il passe dans des vaisseaux de plus en plus larges, mais, arrivé dans le ventricule droit, il est lancé avec violence dans l'artère pulmonaire où il s'arrête et se fixe plus ou moins vite suivant son volume.
Les symptômes qui accompagnent cette oblitération sont variables suivant le point oblitéré.
Quand le caillot est volumineux et qu'il s'arrête au commencement de l'artère pulmonaire, il en résulte une asphyxie complète, une mort rapide et presque subite.
Si le caillot est plus petit, il pénètre profondément dans l'artère pulmonaire et n'oblitère qu'une branche de cette artère. Les résultats de cette oblitération sont, d'une part, la suapepsion de la fonction de l'hématose dans une partie du poumon ; de l'autre, des congestions, des hémorrhagies et des inflammations d'autant plus marquées dans cet organe qu'il est muni d'une double circulation et que l'artère bronchique supplée l'artère pulmonaire dans les points où celle-ci est oblitérée.
Telle est, en résumé, la théorie de l'embolie formulée par Virchow, développée et modifiée par ses élèves et par ses critiques. Est-ce un roman ou une histoire vé-
ritabie? Posons d'abord les faits incontestables, nous verrons ensuite l'explication.
Voici les faits : on rencontre dans les autopsies des oblitérations vasculaires ; ces oblitérations sont produites par des caillots ayant tous les caractères de caillots formés pendant la vie; ils sont plus ou moins adhérents, les parois vasculaires présentent à leur niveau les sig^nes incontestables d'une inflammation récente ; très-souvent les caillots sont multiples et siég^ent à la fois dans les veines et dans les artères.
Cette lésion survient dans les maladies suivantes : dans la g^outte (afiFection du cœur, endartérite deformans); dans le rhumatisme articulaire aig*u, soit pendant son cours, soit plus tard, quand une affection du cœur persiste; dans Tétat puerpéral; dans les cachexies, et principalement dans la cachexie cancéreuse; en un mot, dans toutes les maladies qui peuvent produire la phlébite, Tartérite ou Tendocardite.
Voilà les faits : voyons T explication.
L'explication suppose que le caillot formé en un point quelconque du système vasculaire est détaché et entraîné par le courant sang*uin et fixé lorsqu'il arrive dans des vaisseaux trop étroits pour lui livrer passag^e.
Cette théorie s'appuie d'une part sur des expérimentations qui consistent à introduire dans le courant sang»uin des corps étrang'ers : morceau de caoutchouc, g^rain de tabac, parcelle de fibrine coagulée, portion de muscle, etc., etc., corps étrang'ers qui sont entraînés par le courant sang'uin et vont se fixer plus ou moins profondément dans le système capillaire.
D'une autre part, cette théorie repose sur quelques faits cliniques dans lesquels on a pu constater par la forme des caillots, par les débriade valvules ou d'athérômes qu'il contenait, l'orig^ine éloig^née de l'embolie
et la démonstration de sa mig^ration. Si on suppose ces faits et ces expériences à Tabrî de toute critique, il n'est pas possible de nier la migration des caillots et la réalité, au moins pour ces cas particuliers, de la théorie de Virchow. Mais, cette réserve faite, nous croyons pouvoir démontrer que la plupart des cas prétendus d'embolie sont dus à des artérites, et que Timmense majorité des caillots oblitérants sont des caillots autochthones.
Tout se réunit, en effet, pour faire admettre aux lieu et place d'embolie des artérites multiples et disséminées : la nature des maladies dans le cours desquelles surviennent les oblitérations : g'outte, rhumatisme, état puerpéral et cachectique; les lésions des parois artérielles : lésions récentes, évidemment inflammatoires, lésions anciennes , celles de Xendartérite déformons ; la
forme des caillots , qui offrent le moule de l'artère , remplissent exactement le tronc principal et les branches et revêtent absolument les formes d'une injection solidifiée. Cette forme, parfaitement acceptable si l'on admetquele caillot s'est produit sur place, est tout à fait inexplicable dans l'hypothèse d'un caillot transporté. Ce caillot, doué d'une notable consistance, ne saurait, en effet, se mouler exactement sur la forme des vaisseaux dans lesquels il s'arrête. Il doit nécessairement laisser des vides qui seraient comblés par des caillots de formation récente, et qu'on n'observe pas dans la plupart des prétendues embolies. Enfin la multiplication des oblitérations vasculaires chez le même sujet s'explique bien plus facilement par des inflammations vasculaires multiples, sous l'influence de la g'outte, du rhumatisme, de l'état puerpéral ou cachectique, que par des caillots mig'rateurs.
Pour les embolies du système veineux, les objections sont encore plus considérables. Si la théorie était vraie,
— soles embolies de l'artère pulmonaire seraient très-fréquentes, tandis que fort heureusement elles constituent une rareté patholog^ique. De plus, cette oblitération de Tartère pulmonaire ne s'observe presque jamais (pour ne pas dire jamais) à la suite des phlébites qui surviennent si souvent dans les varices des membres, mais bien dans le cours de la diathèse purulente puerpérale, et dans Ja cachexie cancéreuse, maladies dans lesquelles existe une grande tendance à l'inflammation des vaisseaux. J'ajouterai qu'on peut suivre facilement le mécanisme de la multiplicité des inflammations vasculaires dans les phlébites des veines superficielles, et s'assurer qu'elle ne dépend pas d'une mig^ration du caillot.
Quel praticien n'a observé la marche de l'inflammation dans la' saphène variqueuse et ses branches? L'inflammation débute au mollel, où elle se caractérise par de la douleur, de la rougeur, et la formation de caillots. Puis d'autres points apparaissent à la cuisse. Ces points, qui sont séparés par des portions de veines restées saines, offrent tous les caractères de l'inflammation, d'abord douleur, puis rapidement chaleur et rougeur, et enfin oblitération de la veine par un caillot.
Ce processus morbide, qui ne peut s'expliquer par la migration des caillots, puisqu'ici on constate directement les signes de l'inflammation avant l'oblitération de la veine, nous fait comprendre la marche envahissante et la multiplication des inflammations vasculaires, et nous fait toucher du doigt le néant de la théorie de l'embolie.
En résumé, il existe des faits incontestables de caillots migrateurs, mais ces faits sont des raretés pathologiques, des faits exceptionnels, qui ne peuvent servir de base à une théorie médicale. La plupart des prétendus caillots migrateurs sont des caillots autochthones,
produits d'une véritable artérite. La théorie àe l'embolie, en tant qu'explication g'énérale des oblitérations artérielles, est donc radicalement fausse.