CHAPITRE II
I.a prolrcti«fi de la France 4ef ieotla saoTCs^de ée Pltalie cobUt Tambillon de* Lombarde— Intrigaes de Desiderlo.— Les denxfib de Popin épouM*nt les filles de ce priDce. — Cbarlemagne divorce l'aniiée solTante. — Charles s'empare de la socccHlmi de Carloinaii.— TentaliYes de Desiderio contre Rome. —Le pape Adrien I** invogoe le cecoar* des Francs. — Négociations sans cOeL — thnles passe 1rs Alpes : sièges de Vérone, de PaTie et de Brescia. — Le ^alnqnear se rend à Rome. — Il conUrme les donations de Pépin au tteint-Siége. — Reddition de PsTle.— Mort d'Honoald. — Captivité et mort de Desiderlo.— Charles reloame dans ses États.
Dt'KAà'nK.
Les Lombards (" 1 ) , sortis de la Pannonie en 558^ occupaient en maîtres le nord de Tltalie, depuis près de deux cents ans, quand Desiderio monta sur le trône laissé vacant par la mort d'Astolphe. Leur domination avait fini par s'étendre sur presque toute la péninsule italique. Quelques établissemens vénitiens en terre ferme, l'exarchat de Ravenne, quelques villes maritimes de la grande Grèce et les Etats Romains s'étaient soustraits seuls à leur soif de domination.
Nous avons vu que la souveraineté des empereurs d'Orient en Italie n'était plus qu'un vain titre, dont ils «Iccoraient leurs décrets de Con-
M) Laiigobardi ou Loiigobardi.
Contrainl de renoncer à la force, Desiderio eut recours à Tintrigue pour s'assurer la domination dans Rome et fomenter, comme nous l'avons vu , des discordes en France. Le siège pontifical était devenu vacant par la mort de Paul , successeur d'Etienne III ; Desiderio ose concevoir la pensée d'y faire appeler un simple laïque, sa créature, Constantin, frère de Toton , duc de Neppi. Toton , poussé par le roi de Lombardie , se porte sur Rome avec une armée que viennent renforcer des populations tumultueuses gagnées à sa cause. La trahison ouvre les portes de la cité aux agresseurs ; on proclame Constantin pape, au mépris de toutes les règles canoniques, et l'on force, par des menaces de mort , Georges , évéque de Preneste, à consacrer l'intrus. Un an plus tard, Desiderio, mécontent de l'indocilité qu'il rencontre dans celui qui ne devait être à ses yeux qu'un instrument passif de son ambition, suscite à Constantin un rival pour qui son or trouve des partisans et des armes. Le sang coule dans Rome ; la mort du duc de Neppi , tué d'un coup de lance dans la mêlée , est le signal de la perte de Constantin , qu'on accable d'outrages et qui meurt dans les tortures ainsi qu'un grand nombro de ses adhérons. Un moine, du nom de Phi-
plus précieux 9 pour payer sa dette de reconnaissance au roi lombard.
Etienne ne peut supporter plus long- temps d aussi criants abus ; sur sa prière (1)^ la France intervient par des ambassadeurs; Michel est déposé y et le roi de Lombardie se trouve ^ par l'aveuglement de son ambition, avoir rappelé l'attention des Francs sur l'Italie.
Dès les premières négociations entamées au nom des deux jeunes monarques francs, Desiderio sentit toute la grandeur du péril dans le- 4iuel l'avaient jeté ses imprudentes démarches ; il eut recours à la politique pour le conjurer. Aidé par la reine Berthe, veuve de Pépin, il obtint que Charles et Carloman épouseraient ses deux filles Hermengarde et Gerberge (2). Tou-
(1) Gesta Pont, rom., T. ^^ page 383 et suivantes.
(2) Quelques auteurs TappeUent Berthe, d'autres Get'ùerghe.
Anquctil, * nous ne savons d'après quelle autorité, dit cprHermengarde était sœur de Desiderio. — VHùtoire de CEalise, Anastasc, Giulini, Muratori, disent qu'elle était sa fille. — Pallatio ( Gesta Pont, rom, , T. I", pages 383 et 386) le dit formellement. — Anquetil ne paraît pas non plus penser que Gerberge , veuve de Carloman , fût fille de Desiderio. Il la fait se retirer d'abord chez le duc de Bavière Tassillon , cousin de son mari , ** « et de là chez » Desiderio , dont Charlemagne , » dit-il , « avait répudié la nsœttr, |)ersuadé sans doute que le ressentiment qui devait
• Iltut. de Fr., t. 1", parag. 1 *. p. 372. ' * Tassillon ôtait Ùh d*one filic do Charlo
s-Marli'l.
48 PRËMIÈllE ÉPOQUE.
Selon quelques auteurs y ce divorce aurait été conseillé au roi par les évoques eux-mêmes : si l'exactitude de cette assertion était incontestée (1) , on serait tenté d'entrevoir, sous ce conseil des évéques, la secrète influence de Rome.
Carloman était mort le 4 décembre 771 ; les grands de la nation avaient reconnu , pour seul maître y le roi Charles, au détriment des fils de son frère.
Il se rencontre trop souvent dans l'histoire des plus grands hommes des pages qu'on voudrait pouvoir en déchirer ; cette injuste spoliation de ses neveux est une tache dans la grande et belle vie de Gharlemagne. Qui sait si l'outrageuse répudiation dont fut victime Hennengarde , pour avoir peut-être plaidé secrètement auprès du monarque la cause des fds de sa sœur Gerberge, ne fut pas la conséquence de oolte première faute?
(1) Histoire de l'Eglise, par R-B., T. iv, page 178.— Cette opinion est aussi celle de Fleury et de plusieurs autres historiens. Muratori la combat vivement dans ses annales; Mansoni * pense comme Mnratori. On lit , du reste, dans V Histoire (f^es Papes , ( Gesta Pont, rom, , T. i*', page 383) : « AUam catisam indianationis siuB Desiderius » opponebat Romanis, nuptias sciîicet filiœ suœ à Stephano » papd impeditas cum Carolo Francorum rege , eoque in- » vito initas , sed eo procurante dissolutas, »
* Discours historique à la suite de la tragédie d*Adclchis^ de llau(K)iii. Pag. 331 et 332. VAiL de Florence, aimée 182!».
50 fuevière époque.
Adrien se hâte d'informer secrètement Charles des déoiarches hostiles du roi des Lombards. Ayant que cet avis parvint au roi des Francs , Desiderio y irrité de la résistance d'Adrien j avait pénétré dans l'exarchat, s'était emparé de Ferrare y de Gommachio et de Faënza ; bientôt Sinigaglia (1), Urbin et plusieurs autres villes du patrimoine de saint Pierre, furent saccagées par ses troupes.
Charles venait de faire les premiers essais de sa puissance contre les Saxons , quand il reçut ces désastreuses nouvelles. Il retournait vainqueur y après avoir été détruire à Ëresbourg (2) le tevaple d'Irminsul et brisé l'idole de ce dieu de la guerre chez les vieux (jermains. Comme celle de Pépin y cette expédition avait eu une plus rapide issue que ne l'avait espéré Desiderio.
Tout triomphant qu'il est y le roi des Francs hésite à porter ses armes en Italie ; il tente d'abord la voie des négociations (3) auprès du roi
» eum rege vestro habere desidero. Sed quomodo credam » et qui Stéphane decessori meo fidem ante corpus B. Pe- » tri jurejurando datant, de jure ecclesÙB retnbuendo fenfeUù? » — {Gesta Pont, rom., T. i", page 386. )
(1) PUFFENnORFF, Histoire de VUîdvers, T. n, fMige67.
(2) Aujourd'hui Stadbet|i; , ea Westphalie.
(3) PUFFENDORFF dit le Contraire :
D'après cet historien , Desidefio se serait empressé d'envoyer à Charles des ambassadeurs pour détruire les accusa-