LIVRE IV. — CHAPITRE V
velles toujours plus désastreuses qui lui viennent de l'Italie, ébranlé par les menaces du pape, Fraupereur se hâte de conclure la paix avec ses neveux.
La situation de l'Italie était en effet alarmante.
La mort de Louis II et l'absence de son successeur à Tempire avaient enhardi les Sarrasins qui, se ruant de nouveau sur les côtes de la Péninsule , y recommençaient leurs ravages et saccageaient Comacchio.
Déjà une première fois , le pape Jean YIII avait écrit à l'empereur : « On répand à grands HP flots le sang des chrétiens ; ceux qui se déro- 1» bent aux fers et aux flammes sont emmenés )> captifs ; les villes , les villages , les bourgades v> désertés par leurs habitans , ne sont plus que p des monceaux de ruines; les évêques sont en 9 fuite, réduits à mendier au lieu de répandre » le pain de la parole divine. Rome est leur » unique asile, mais Rome elle-même languit 1» dans la misère et n'attend que le moment do Y) sa destruction. L'année dernière nous semân mes nos champs, et nos ennemis recueillirent » les fruits de nos labeurs. Cette année Tespé- » rance de la récolte n'est pas même permise, » puisqu'il ne nous est pas possible d'ensemen-
» cer nos terres et de sortir de nos murs. Et » comme si les infidèles ne suffisaient pas à notre » ruine, leur impiété trouve des auxiliaires àm> » plusieurs chrétiens, je veux dire quelques uns T» de ces officiers établis sur nos frontières, etque » vous appelez marquis (1). Us pillent les biem ït de saint Pierre à la ville et dans les environs; » ils nous font mourir non par le fer, mais plus j> misérablement encore par la faim, et s'ils » n'amènent pas les fidèles en captivité , ils les y> réduisent en servitude. »
Gharles-le-Ghauve, j trop occupé par sa guerre contre ses neveux, avait laissé cette lettre sans réponse. Jean YIII lui écrit de nouveau et lui envoie des légats pour le sommer de tenir les promesses qui lui ont valu l'empire; il l'invite dans sa nouvelle épitre, à se souvenir de la main qui lui a donné la couronne impériale: « De peur, ajoute le pontife , que si wus nou^ » mettez au désespoir, nous ne changions peut^ » être de sentimens... » Langage étrange e^^ vérité , mais justifié par les lâches concessioc^^ faites par Charles-le-Chauve, en échange couronnes de France et de Lombardie et de pourpre impériale.
(1) Quos marchiones solùo nuncupatis.