LIVRE I"'. — CHAPITRE II
l'irritalioD de l'empereur en lui persuadant y à son retour, que l'élection avait été canonique et unanime j et qu'elle était régulière puisqu'elle avait eu l'approbation de l'archevêque de Milan, ministre impérial. Charles , apaisé par le rapport de Luitward , qui peut-être dans ce conflit s'était plus préoccupé de sa dignité d'évêque que de son caractère d'archi -chancelier de l'empire y se désista de sa menace.
Le crédit de Luitward allait toujours grandissant ainsi que sa puissance. L'envie, cette triste coomiensale de tous les rangs et de toutes les conditions humaines , l'envie grandit avec la fortune du favori et multiplia contre lui les plus graves inculpations.
On l'accusa , entr 'autres griefs , de contraindre les plus illustres familles d'Itolie et d'Allemagne , à donner leurs filles en mariage à ses parens dont il cherchait vainement à voiler la basse origine par l'éclat de sa Saveur. Le rapt et la violence lui faisaient , disait-on , justice des refus.
On raconte qu'une fille d'f/nroco, prédécesseur et frère de Bérenger, duc de Frioul, ayant été , par les ordres de ce ministre dictateur, enlevée de force du couvent de Sainte-Julie de Brescia, pour devenir l'épouse d'un neveu de Luit-
ward (l), Bérenger saisit cette occasion pour courir aux armes et se jeter à la tête de ses gens de guerre dans les seigneuries de l'audacieux prélat y et qu'il y porta la dévastation.
Maiâ y comme pour le duc de Spoletti , Tautorité expirante de l'empereur devait une fois encore obtenir sur le duc de Frioul un stérile triomphe. Bérenger, par l'ordre de Charles-le- Grosy adressa quelques paroles d'excuses à Luitward y après toutefois lui avoir repris sa nièce, et il dut indemniser le puissant ministre par des présens dont l'envie et la haine se hâtèrent de demander compte à l'insolent favori.
Luitward , par l'humiliation qu'il avait fait subir à Bérenger 9 espérait avoir plus que jamais assuré sa puissance et sa supériorité sur les grands vassaux de l'empire. Cette espèce de triomphe fut le terme de sa fortune. Toutes les rivalités entre les grands vassaux firent trêve et se turent un moment pour faire faisceau contre Thomme qui prétendait tout niveler au dessous
(1) Les chroniques de Tépoque rapportent que les religieuses du couvent de Sainte-Julie ayant, lors de l'enJère ment de la fille d'Unroco, adressé à Dieu leurs plaintes et leurs prières^ le neveu de Luitward, à qui elle devait étrf livrée , fut frappé de mort la nuit même de ses noces , H que leur jeune compagne rentra innocente et pure dans leor pieux asile.