‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 272 sur 380 · LIVRE II. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE

Pour ce qui est du sort de Hugues après la consommation de son crime j de judicieux historiens pensent que Bérenger ne put voir que d^un mauvais œil un jeune homme, meurtrier de son roi et de son bienfaiteur, et que, condamné à une existence obyure et oubliée , Hugues perdit toutes les faveurint les charges qu'il devait aux bontés de Lamblrt. On voit, en effet, bientôt après un comte de Milan , autre que le fils de Maginfredo, figurer dans les chartes de cette époque. Sigifredo ou Sigefredo (1) était revêtu de cette dignité peu de temps après la réunion des deux couronnes de Lombardie sur la tête de Bérenger.

De tous temps les gouvernemens nouveaux ont eu une tendance marquée à détruire, ou , pour le moins , à jeter à Técart les destructeurs des régimes qu'ils ont remplacés. Cet instinct de nature , signalé par Tacite , se retrouve dans la conduite de Bérenger à Tégard de l'assassin de son rival en puissance. Quelquefois vengeur salutaire de la morale outragée, mais bien plus

(1) On lit dans Muratori , Ann. d*lL, T. v, p. 223 , anno 901 :

« En ce temps-là , Sigefredo était comte du palais et » comte de Milan, ainsi qu'il résulte d'un placita tenu » par ce seigneur à IHilan dans la cour ducale. »

souvent triste inspiration de la peur, de l'égoîsme et de l'ingratitude ^ ce même instinct s*est fait de nos jours un des axiomes de la politique.

Bérenger ne resta pas long-temps paisible possesseur de la couronne de Lombardie.

Une nouvelle horde d'aventuriers , d'origine tartare, venus de la Scythie (1), et désignés sous le nom de Hongrois , s'étaient emparés de la Pannonie qui y depuis cette époque , a pris le nom de Hongrie.

La Bulgarie 9 la Moldavie et ta Carinthie avaient successivement subi leurs dévastations.

Arnolphe j dans sa guerre contre Zuintebold, avait dû , pour réduire ce dangereux ennemi , recourir au secours non moins dangereux , de Wratislas , duc de Pologne, et de Casuln, dur de Hongrie (2). Cet empereur, en reconnaissance des services rendus par les Hongrois, en cette occasion, leur avait abandonné la Transylvanie. Bientôt ces peuples barbares se ruèrenl comme un torrent débordé sur toute l'Allemagne. L'art des sièges leur était inconnu aussi bien que le combat de pied ferme; maniant Tare

(1) Ex horrendà Scytharum génère origine ducfns. \ Regin. , Re7\ ItaL.T. il, art. u. )

(2) Ptiffend., Hist, de l'Unv\, T. v, liv. v, ch. il.

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avec une admirable dextérité, ils d avaient pour armes que des dards et des haches ; ils chargeaient rennemi et se dispersaient aussitôt après, frappant et disparaissant comme la foudre ; toujours à cheval , même dans les haltes , même en tenant conseil. Leur tête était rasée, leur air sombre et leur bouche taciturne. On ne voyait leurs regards farouches s'animer, on n'entendait leurs voix que dans la mêlée des batailles. Leurs femmes n'étaient ni moins intrépides, ni moins féroces : partout l'effroi précédait ces barbares (1), partout ils laissaient, pour traces de leur passage , du sang et des ruines.

Après avoir épuisé l'Allemagne, ces nouveaux envahisseurs fondent sur l'Italie ; sans s'inquiéter des places fortes qu'ils laissent sur leurs derrières, ils dirigent vers Pavie leur course menaçante.

Bérenger, à l'approche du péril, se hâte de réunir une armée qui , grâce à l'assistance de l'archevêque de Milan (2), est bientôt sur un pied formidable; il se porte vivement à la rencontre des Hongrois , et les surprend près de YAdda, au moment où ils le croyaient encore bien éloigné d'eux.

(1) Regin., aniio 889. — Liithprand, lib. v, cap. v.

(2) GiULiNi, lib. IX. — MuRArORi,ann. 889.

180 IIFAIXIÈME ÉPOQUE*

A cette apparition inattendue^ les barbares désespèrent de pouvoilr lutter avec avantage contre Tarmée lombarde ^ trois fois plus nombreuse que leurs bandes sauvages. Rs battent en retraite y ou plutôt ils fuient en désordre, el traversent pendant la nuit T Adda dont les flots en engloutissent un grand nombre y tant leur fuite est tumultueuse et précipitée. Bérenger les poursuit à outrance jusqu'à la Brenta. Dam cette extrémité , les Hongrois envoient des émissaires au roi de Lombardie pour traiter de b paix. Ils proposent de rendre tous les prisonniers tombés dans leurs mains , .de s'engager à ne plus remettre les pieds dans la Péninsule, et de donner leurs enfans pour otages y demandant seulement qu'il leur soit loisible de rentrer sains et saufs en Hongrie.

Bérenger qu'enhardit le succès de son entreprise, repousse toute proposition d'accommodement. Ce prince, dit Muratori , ne savait probablement pas le proverbe :

a A NEMICO CHE FUGGE , FAGIJ I PONTI DORO.

» Fais des ponts d'or à l'ennemi qui fuit{\\ >• Le retour des envoyés et la réponse dont ik

(1) Muratori, Ann. d'It.^ T. v, p. 2i8^imio900.

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