LIVRE II. — CHAPITRE IV
la main bienfaitrice de celui qu'elle frappe.
L'empereur prévenu du complot 9 et imperturbable dans sa sérénité comme dans sa clémence^ fait venir le coupable, lui représente avec bonté Tinfamie d'un crime qui outrage tous les sentimens et qui rompt les liens les plus respectés parmi les hommes. Puis , lui offrant un vase d'or : <c Acceptez, » dit-il, « cette » coupe : qu'elle soit entre nous le gage de l'ou- » bli de votre faute et de votre retour à la vertu. » Vous avez déjà reçu de moi bien des faveurs, » rendez-vous digne d'en recevoir de nouvelles. » Votre empereur se souviendra toujours qu'il » est le parrain de votre fils. »
Le cœur s'émeut à la pensée que cette magnanimité, que ce noble langage ne firent qu'irriter le ressentiment de l'infâme qui avait juré la perte de son bienfeiteur»
La clémence accroît la haine quand elle ne la désarme pas.
La même nuit (t), le cœur satisfait, et plus confiant que jamais dans les effets de sa bonté inépuisable, Bérenger, au lieu de se renfermer dans son palais , alla coucher sans garde selon
(1) LiUTHP., Hist,, lib. Ji, cap. viii et suiv. — MURA- TORi , Ann. fi'It., T. v, p. 270 — Gii'LiNi , T. )J, anno 1)2 'i.
son hatHtude, dans un petit pavillon de son jardin, non loiq d'une église où sa piété le conduisait à minuit pour assister aux offices.
Au son de la cloche qui appelle aux prières nocturnes, Tempereur se lève et g^acbemineseul vers le saint lieu ; le bruit inusité de qudqœs pas furtifs vient le tirer de sa pieuse rêverie; il écoute, et son regard aperçoit dans Vombrc des hommes s'approchant en silence; bi^atôt le monarque croit reconnaître Flambert parmi eux, Flambert qu'il a aimé, qu'il aime, qu'il a comblé de biens ; Flambert dont il a le matin même coavert l'odieuse faute sous le voile d'une suMime clémence ; calme, sans soupçon, il ra|q[ieUe pour s'assurer que c'est bien lui , le père de son filleul, qui vient le chercher dans sa retraite; bientôt n'en doutant plus, « Flambert, pluidil*il en lui tendant la main , « quel motif t'amène à » cette heure auprès de ton roi , de Um ami? »
Flambert s'approchant sans répondre, écarte tout à coup la main que lui tend Bérenger, et plonge un poignard dans le sein de son bienfai' teur : l'infortuné monarque se sentant fra[^i pousse un cri moins de douleur peut-être que de surprise , il chancelle , il tombe ; les autres conjurés se jettent sur la royale victime H l'achèvent à coups d'épce.