‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 296 sur 380 · LIVRE 11. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE 11. — CHAPITRE IV

Telle fut la triste fin d'un prince dont le règne de plus d'un tiers de siècle opposa une puissante digue à l'esprit d'anarchie qui, se bissant sur son cadavre et promenant sa face hideuse sur toute la Péninsule italique , s'empara de cette ère déplorable que Muratori appelle ^ecolo di ferro, secolo jÀeno d'iniquità.

Ce fut uqe grande et belle vie que la vie de Bérenger, £|i traversée de misères et de gloire y de bonheur et d'adversités; toujours noble et calme à travers les périls et les complots semés sur ses pas; toujours rayonnante de piété en face des débordemens 0e Rome elle-même ; toujours sublime de clémence au milieu des plus noires ingratitudes.

On a blâmé amèren^ent ce prince d'avoir appelé d'indignes auxiliaires. Nous avons , nous aussi, exprimé le regret do rencontrer cette triste page dans l'histoire d'un tel monarque; dison8-\e toutefois , ou plutôt rappelons qu'en Espagne, en France, en Italie, en Germanie, plusieurs princes de la chrétienté avaient avant lui commis la même faute. Funeste exemple que Bérenger suivit pcut-élre dans la prévision que les maux préparés à l'Italie par la versatilité et l'inquiète ambilion des grands , dépasseraient ceu\ qu'on pouvait redouter de la

part des Hongrois qu'il se flattait de pouvoir diriger et contenir.

La mort de ce prince fut pleurée» Liuthprand raconte (1) que de son temps on montrait devant une église y à Vérone y une pierre qu'on disait teinte du sang de Bérenger, et que rieo encore n'avait pu effacer cette tache.

Le temps ^ tôt ou tard j fait disparaître ces ti-aces de folie et de crime sur nos places^ sur les dalles et les seuils épouvantés des édifices publics ; mais l'histoire est là y et son burin aostère a d'impérissables stygmates pour le meurtre et la trahison».» Quelquefois on voit chez un peuple des monumens élevés par une génération repentante en expiation d'un grand crime, brisés par la génération qui vient après , comme importuns, comme accusateurs d'un passé qu'on ose ne plus déplorer... Hommes insensés! que n'effacent-ils le crime en effaçant les traces du repentir} Mais le crime reste ^ il reste pour jamais cloué au pilori de l'inflexible histoire, el leur slupide brutalité ne fait qu'imposer à Thislorien la triste tâche d'enregistrer deux crimeb de plus, la profanation et l'appel à de nouveaux attentats !

^l) LiUTHr. , Hht., lib. Il, rap. x\.

Page 1