LIVRE If. — CHAPITRE IV
Le meurtre de Bérenger fut suivi d'une terrible et prompte vengeance; ce prince avait élevé à sa cour un jeune smgneur qu'il affectionnait, nommé Milon, et à qui l'histoire donne le titre de comte de Vérone. On dit que si l'em* pereur eût écouté les sages avis de ce serviteur dévoué y cette illustre vie n'aurait pas été aussi imprudemment livrée aux poignards des assassins ; mais il est des hommes pour qui , tomber sous les coups imprévus de l'ingratitude et de la trahison est moins cruel que soupçonner d'avance le crime 9 et vivre dans une incessante appréhension des traîtres et des ingrats.
Milon fit saisir et mettre à mort les meurtriers de son maître pendant que l'incendie et le pillage ruinaient Pavie. Cette capitale, qui ne sut ni se défendre ni capituler, fut prise d'assaut par les Hongrois qui la mirent à feu et à sang. Frodoard (t), auteur contemporain, dit que quarante- trois églises furent la proie des flammes ; que l'évéque de la ville et celui de Vercelli périrent dans l'incendie; que jamais
(1) Frodoardus , In chron, , T. u , Rer, Franc. — Dt- CHESNE. — LiUTHPRAND ( Htst. , lib. UJ, cap. l" et suiv. } fixe la date de ce désastre au 12 mars 92/i. La mort de Rérenger, que iMuratori * rapporte au même mois , ne précéda rpie de peu de jours la ruine de Pavie.
* MtT.ATORi, An II, (t'Ital.. T. t, p. 270 ft saiy., aniio92â.
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destruction ne fut plus complète et massacre plus affreux; qu'il ne resta de c^te populatîen si nombreuse que deux cents habitans; et de tant de palais et d'églises , que des monceaux de ruines. Ce récit nous parait d'autant plus exagéré que , selon Liuthprand , on aurait vu y eo peu d'année^ y la ville de Pavie renaître de ses cendres y aussi belle y aussi peuplée que jasuMs; plus riche que Rome elle-même^ à qui elle n'aurait eu à envier, dit le même historien , quekfi reliques précieuses 46s saints apôtres.
Frodoard raconte, en outre, (et Muratori parait admettre cette opinion) que les Hongrois > chargés de butin y au lieu de s'en retourner par le Frioul, comme Ta prétepdu Liuthprand, prirent le chemin de la France par les Alpes; que Rodolphe et le comte Uugttes cherchèrent à rejeter ces hordes vagabondes dans des défilés étroits et périlleux ; mais que les Hongrois eurent l'adresse de s'ouvrir des issues ignorées el se répandirent dans le Languedoc. Rodolphe fil passer par les armes tous ceux de ces barbares qui tombèreni en son pouvoir (1).
Nous avons assisté à l'agonie de la formidable puissance fondée par Charlemagno ; nous avons
fl) MiKAiou, Anmil. dlt./ï. \, p. 272, anm»92V
IJYUE 11. — • CHAPITRE IV. 237
consacré quelques pages au souvenir d'un de ses plus glorirax descendant en Italie; il nous fiiut arriver à ce moment suprême qui vit passer les lambeaux de cette domihation carloviûgienne sur la Péninsule^ des mains indignes dèè derniers dèscôndans itsdîéhs du grand tumune aux mains glorieuses d'Othon-Ie-Grand.
Quelque répugnance qu'on éprouve j il faut montrer, au milieu d'un nouveau chaos d'ambitions rivales y la couronne d'Italie tombant du front de Rodolphe^ faible et iticonséquent jeune homme^ sur le front de ce fameux Hugues, comte de Provence, dont la politique cinique et la vie effrontément débaucbée, souillent les pages déjà si ternies de l'histoire de cette triste époque.
Quatre prétendans, Rodolphe, Hugues, Loi heure, Béretèger, vont tous s'intituler rois de cette pauvre l^mbardie qui ne sait quel souveriiA reconnaître dans ce cimflit d'ambitions di- . verses. C/onséquenoe logique du triomphe de la féodalité dans sa lutte plus que séculaire contre les rois des grandes monarchies. Déplorable désordre qui livre le champ de la lutte à des rivalités tellement subalternes que, p^idant plusieurs années, le diadème impérial est comme oubKé par tous cei avides quêteurs de couronnes. Les annales de l'histoire présentent , pour
238 Deuxième époque.
cette époque , dans la succession de la pourpre des empereurs d'Occident , une lacune de quelques années , comme pour lui éviter de tomber dans la boue. On croirait presque se trouTer à cette honteuse phase de l'histoire ronudne (476) qui vit Odoacre, roi des EruleSy dépouiller le faible Romulus-Augustule de la dignité impériale et dédaigner de prendre le titre de César (1),
Ainsi semblerait avoir lait le roi de Germanie, Henri l'Oiseleur, le seul monarque d'alors capble de toucher au diadème impérial sans le ternir, et qui , pendant tout son règne y refusa ce périlleux honneur. Puis nous verrons enfin venir Othon-le-Grand.... Othon, sentant que la couronne des Césars est à sa mesure, la posera sans crainte sur sa glorieuse tête, qui donnera à c^ diadème plus d'éclat qu'elle n'en aura reçu.
Mais en attendant, le dédain, l'oubli oul'inipuissance^ soit de la Germanie, soit de la France, soit de Constantinople, laissent la Lombardie et la Péninsule entière se précipiter dans une nouvelle crise de désordres et d'anarchie , d'où va surgir le despotisme le plus débouté.
A la mort de Louis IV (912), dernier des des-
(1) PuFFENn., Hùt. imw,, T. v.