‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 302 sur 380 · LIVRE III. — CHAPITRE T · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE T

ses circulent dans les rangs de l'armée ; on accuse les officiers et les gardes; on croit à l'enlèvement^ au meurtre du roi par des traîtres ; la défiance et le découragement s'emparent de tous les cœurs. Parmi les mille soupçons y les mille propos qui se croisait ^ qui se heurtent dans ce désordre général , il n'est qu'une seule pensée peut-être qui ne soit venue à l'esprit de personne j et cette pensée c'est le soupçon du fait dans sa réalité. Âussi^ qu'on juge de lasurprise^ de l'indignation de toute l'armée quand un émissaire d'Hermengarde introduit dans le camp de Rodolphe 9 vint annoncer, au milieu de la fermentation produite par la disparition du roi^ que ce prince s'était, pendant la nuit, rendu de sa personne , et sans aucune suite , dans les murs de Pavie : qu'il y avait fait sa paix avec la princesse et les principaux rebelles ; que, par suite de cette réconciliation, il avait recouvré la royauté de Lombardie; qu'il ordonnait à ses troupes de lever immédiatement le siège; et que si Ton hésitait à exécuter son ordre, il viendrait lui-même attaquer ses propres soldats a la tête de ceux qui la veille étaient armés contre lui (1). Le seing de Rodolphe produit par le

(\) GUMNI. -— Lu THPRA.Mr — MtJUATORI.

parlementaire ne laissait aucun doute sur cette déclaration inattendue.

Liuthprand, qui raconte celte incroyable aventure , ajoute que les partisans italiens de Rodolphe j outrés de la conduite de ce prince , honteux d'avoir pris les armes pour sa cause , se hâtèrent de replier leur tente et se retirèrent pour la plupart à Milan. Les soldats de Bourgogne, plus déconcertés encore, reprirent le chemin de leurs foyers.

La double perfidie de la fille de Berthe n'eut pas assez de ces premiers succès; il fallait à l'habileté d'Hermengarde, pour être satisfiiile, amener les amis de Rodolphe à prononcer eui* mêmes la déchéance de son royal amant , et à appeler au trône celui dont elle préparait l'élévation.

Lambert , archevêque de Milan ^ qui avant tous s'était prononcé pour Rodolphe j révolté de la conduite inexplicable de ce roi j fut le premier à le déclarer indigne du trône; instrument, sans s'en douter^ d'Hermengarde qui avait secrètement fait travailler son esprit, il fut le premier aussi à prononcer le nom de Hugues ; les troupes , venues en ce moment du camp de Ravie, se trouvèrent là tout à propos pour joindro les oxprossions de leur ressentiment aux plaintes

Page 1