LIVRE m. — CHAPITRE l
» à se conlenter d'un seul ép<*ron, et à ne che- » vaucher que sur des cavales (1). »
Ces propos et d'autres de même nature parvinrent aux oreilles de l'archevêque de Milan.
Or, Burcard était le beau-père de Rodolphe. Il avait franchi les Alpes avec un corps d'avantgarde pour aider ce prince à reconquérir la couronne de Lombardie.
Burcard, après la mort de Conrad, s'était emparé de la Suève où il commettait mille iniquités. Oublieux des torts récens de son gendre qui , malgré les liens qui Tunissaient à sa famille , avait publiquement entretenu des relations criminelles avec Hermengarde, Burcard s'était fait le champion de la querelle de Rodolphe : et non content de l'appuyer par ses armes , il avait voulu être son ambassadeur auprès des indociles Lombards.
Diplomate fanfaron à voix haute et à courte vue , grotesque trancheur de nœuds gordiens , ne connaissant pas d'autre argument que la menace et le sabre , cet étrange médiateur fut introduit auprès de l'archevêque de Milan qui ,
(1) S'egU non insegtmva a tutti gl'Italicmi a contentarsi di un solo spcrone e di cavalcar délie cavalle , egli noit era Bmcardo, (Gu UNI, T. i, ann. 925. — J^Iokatori , T. V, p. 276.)
254 bËUXIËME ÉPOQUE.
s'entendanl avec Rome et les enfans de Bertke, était devenu , comme nous venons de le voir, un des partisans les plus prononcés du marquis de Provence.
Ces sortes d'ambassadeurs, outres enflées de bruit et de vent, matamores de thé&tre, ne sont que des jouets et des dupes pour ThcNOune que ne sauraient intimider les éclats de leur voix el le vain bruit de leur cotte d'arme. L'archevêque fit au duc de Suève l'accueil le plus pompeux ; il éblouit sa vanité par les hommages qu'il lui fit rendre ; flatta son orgueil par des paroles de soumission j et lui accorda une faveur dont il était fort avare, en le laissant poursuivre et tuer un cerf dans ses forêts (1).
Mais pendant qu'il enivrait son hdte par la splendeur de ses fêtes et la pompe de ses festins, Lambert envoyait de secrets émissaires aax principaux seigneurs italiens pour les engager à se délivrer de ce brutal ennemi, disons mieux, disons-le à la honte de cette triste époque, pour conseiller un lâche assassinat sur un ennemi sans défense, et revêtu du caractère inviolable de négociateur.
Fier du prétendu succès de son ambassade,
(1) LiUTHPRANl) , cité par Muratori, T. v, p. 276. — GiLLiNi, T. II, ann. 925.